Deux bretonnes en tenue traditionnelles au bord d'une plage Saint-Guénolé(Finistère)1920

Deux bretonnes en tenue traditionnelles au bord d’une plage Saint-Guénolé(Finistère)1920

Au début du siècle dernier la Bretagne, cet éperon à la proue de l’Europe, est encore une Terra Incognita. Une cinquantaine d’années auparavant, profitant de l’avènement du chemin de fer,  les peintres, notamment ceux de l’Ecole de Pont-Aven,  rapportent  images et  légendes . Constituer une mémoire iconographique de ces modes de vie voués à disparaître ne pouvait que tenter  l’ humaniste et mécène Albert Kahn, dont les opérateurs des Archives de la Planète disposent  depuis peu de l’autochrome, ancêtre de la photo couleur,  et ensuite du cinéma.


Ce sont ces archives émouvantes qui font l’objet de cette magnifique exposition  Bretagne : Voyager en couleurs proposée par le Conseil Général des Hauts-de-Seine aux  Musée-Jardins Albert-Kahn de Boulogne-Billancourt jusqu’à la fin du mois d’Août .

Un "autochromiste" en action Photo A.Carbonnet

Un « autochromiste » en action Photo A.Carbonnet

L’élégante scénographie nous emmène d’abord au cœur du procédé  dans une ambiance de  labo photo. On découvre la technique,  le matériel et le procédé industriel breveté par les frères Lumière, qui permet de fixer la couleur et de la mettre à la portée des amateurs. On fait au passage,  la connaissance de quelques autochromistes  réputés.
Le matériel est encombrant, on s’en rend compte dans les vitrines de cette visite ;  les amateurs, les professionnels ou les opérateurs des Archives de la Planète voyagent en chemin de fer, munis des Guides Bleus de l’époque et fréquentent les hôtels qui offrent « une chambre noire » pour réaliser les tirages immédiats. Des images, un peu partout,  permettent de faire le lien entre le matériel et les clichés réalisés.

L’exposition devient ensuite thématique :

Par les champs : les opérateurs découvrent le caractère pittoresque des villages et les folklores, ils peuvent s’adonner à la mise en scène dans une communauté de vision avec les peintres impressionnistes et pointillistes qui les précédèrent.

Groupe de bretonnes devant une église un jour de pardon Vers 1909-1912

Groupe de bretonnes devant une église un jour de pardon Vers 1909-1912

Par les grèves : les itinéraires sont balisés par les guides touristiques.  La lumière, le littoral, les activités quotidiennes et les personnages aux regards qui questionnent  fournissent de passionnants sujets d’études.

Concarneau(Finistère) vers 1920

Concarneau(Finistère) vers 1920

Couleurs du temps présent : à la charnière de deux siècles les vues de  Bretagne portent la marque des transformations de cette période avec la confrontation des archaïsmes et de la modernisation notamment dans les activités portuaires.

La Grande Tromenie de Locronan : un temps fort de cette exposition.  Le cinéma se joint aux archives photographique pour suivre cette procession ancestrale,  qui se déroule tous les six ans pendant six heures éprouvantes  en l’honneur de Saint Ronan. Le film restitue les mouvements de foule, les autochromes restituent les couleurs des costumes, des reposoirs. Une belle complémentarité fascinante pour le visiteur qui, assis dans la pénombre,  se trouve plus que jamais dans un autre monde .
Imaginaire :  « Je vais rapporter de quoi éblouir vos yeux » disait Jules-Gervais Courtellement à son ami Pierre Loti. … Comment raconter le flamboiement d’un coucher de soleil saisi sur un autochrome,  les visions intérieures de chaque artiste découvrant la beauté d’une culture encore primitive et la splendeur de la Bretagne …

Comme il fut éclairé  Albert Kahn de  » saisir et conserver ce qui pouvait l’être, pendant qu’il en était encore temps  »

Et de permettre à chaque visiteur de prolonger sa visite par une promenade dans les quatre hectares de ses merveilleux jardins, dont on sort à regret comme d’un privilège …

Cette exposition est une adaptation de l’exposition
Bretagne Voyager en couleurs conçue par l’Association Mémoires Photographique en Bretagne .

Elle rassemble 143 reproductions d’autochromes dont
– la collection d’autochromes conservée au Musée Albert Khan
– 75  autochromes sont issus des collections du Conseil général des Hauts-de-Seine ainsi que 13 films dont 2 en couleurs
– des autochromes proviennent des Fonds de la Société française de Photographie, de la Cinémathèque Robert-Lyrien, du Musée de Bretagne et du fonds privé Gustave Gain
Exceptionnellement quatre bornes présentent des plaques originales.
Un audioguide est disponible ainsi qu’ un parcours jeu-papier pour enfant, et on peut envoyer par mèl un autochrome souvenir de sa visite .
Pour en savoir plus c’est ici