Pion & Click  deuxième exposition  du Centre national du jeu dans ses nouvelles installations du Trapèze  a pour thème les liens, pas si évidents à première vue entre le jeu de société et le jeu vidéo. Pourtant ces deux  supports s’entendent si bien qu’ils sont à l’origine d’une nouvelle génération de jeux et d’une nouvelle ère dont cette exposition montre les prémices.

Quelques minutes avant l’inauguration de l’exposition par le maire, la directrice du CNJ, Marine Granger et le chargé de la communication, Yoshiaki Mimura, nous ont ouvert les portes de l’exposition en avant-première pour e-bb.fr.

Des jeux de plateau devenus jeux vidéos

Des jeux de plateau devenus jeux vidéos

Personnellement, quand je pense « jeu vidéo », j’imagine un joueur solitaire devant un écran affrontant via sa manette des adversaires plus ou moins belliqueux dans des mondes plus ou moins fantastiques. Que les adversaires soient des fantômes (Pacman), des serpents (Q Bert), des astéroïdes (Minestorm) ou des pilotes de bolides de l’air, de mer ou de terre, c’est avant tout à lui-même que le joueur se mesure.

Le jeu de société, par définition, c’est pour jouer en société, à savoir en famille ou entre amis ! A mon avis, si le jeu de société était inventé aujourd’hui, il s’appellerait « jeu multijoueur ». Et pas besoin d’électricité pour le faire fonctionner, ou alors juste pour éclairer les joueurs car pour certains jeux, les parties peuvent durer bien au-delà du coucher du soleil…

Bref des jeux en carton multijoueur d’un côté et des jeux électroniques pour jouer en solitaire. Qu’est-ce qui pourrait bien les rapprocher ?

Et bien si, il existe des ponts, et depuis l’aube du jeu vidéo, nous apprend Yoshiaki !

Dès 1982, à peine 3 ans après sa sortie en salle de jeux, une version carton multijoueur de Pac man était proposée. Depuis, Q-Bert, Tetris, Doom, Tomb Raider et bien d’autres ont suivi ; des adaptations que l’exposition nous propose justement de découvrir.

Ces jeux sont-ils vraiment de qualité ? Ne misent-ils pas avant tout sur la notoriété du jeu vidéo dont ils sont issus pour se vendre ? « En général,

Dooml’adaptation d’un jeu vidéo en jeu de société permet d’allonger sa durée de vie » nous dit Yoshiaki, « mais certains jeux parviennent à transcender une licence pour se positionner en véritable complément du produit original ». Et comment adapter un jeu comme « DOOM », où le joueur est plongé dans un monde 3D terrifiant mais plus vrai que nature dont il doit trouver la sortie à grands coups de poing, pistolet ou bazooka car des hordes de monstres tapis dans l’obscurité ont juré sa perte ? « L’adaptation en jeu de plateau de DOOM s’est attachée à retranscrire son ambiance » nous répond Yoshiaki, « cependant, le jeu de tir (difficilement adaptable en support jeu de société) est remplacé par un jeu de stratégie, avec des mécanismes propres ».

Certains jeux de société ont fait le chemin inverse. Des jeux de rôle ou de figurines comme « Donjons & Dragons » se sont ainsi retrouvés derrière le petit écran (d’ordinateur) par le biais de jeux de grande qualité.

Il y a aussi des ponts insoupçonnés entretenus par les « game designers » qui élaborent des jeux vidéo et des jeux de société et ont contribué à rapprocher les 2 genres. Conséquences : davantage

Pierre-Christophe Baguet et Antoine Sarrazin suivent la progression de Méline

Pierre-Christophe Baguet et Antoine Sarrazin suivent la progression de Méline

de jeux de société qui peuvent se jouer tout seul (Agricola, Le Havre, Onirim, Vendredi) et surtout davantage de jeux vidéo qui se jouent à 2, parfois davantage comme en témoignent les  10 joueurs s’affrontant sur Bomberman dans la grande salle du CNJ. Et c’est bien sûr sans compter les MMORPG, les jeux de rôle en ligne massivement multijoueur, où plusieurs milliers de personnes peuvent être connectées en même temps pour jouer ensemble.

Une nouvelle étape a été franchie avec l’arrivée des tablettes. Le côté tactile permet de transposer tels quels des jeux de société. Avantages, les joueurs n’ont plus besoin d’affronter l’apprentissage parfois fastidieux des règles (grâce à des tutoriels particulièrement bien pensés), et le programme se charge de faire respecter les règles du jeu. Les joueurs n’ont même plus besoin d’être côte à côte puisque leurs camarades de jeu peuvent être en réseau. Et on peut jouer seul contre l’ordinateur voire regarder l’ordinateur s’affronter lui-même, ce qui peut être une excellente façon d’apprendre le jeu…

Peut-être allons-nous même être témoin d’une fusion des 2 genres, comme le laisse penser l’apparition de jeux sur tablette faisant appel à des figurines bien réelles qu’on pose dessus tel le jeu Balloon PaperApp des Editions Volumiques ou l’ePawn Arena.

Se peut-il alors que le CNJ accepte de considérer des jeux de société sur tablette dans le Concours International de Créateurs de Jeux de Société de Boulogne-Billancourt ?  Yoshiaki tempère mes audaces, il faut que cela reste un jeu de société. En quelque sorte, pourquoi pas, mais il faut que le jeu puisse être aussi en carton.

C’est maintenant l’heure de l’inauguration. Le président bénévole du CNJ, Antoine Sarrazin, prend la parole et se félicite du développement du centre avec déjà 1150 adhérents 6 mois après l’inauguration (soit plus que ce qui était attendu après 1 an). Il se félicite aussi de son rayonnement en dehors de Boulogne-Billancourt,  d’où viennent 1/4 des adhérents et de sa contribution à la notoriété mondiale de notre ville  avec le Concours International de Créateurs de Jeux.

Il laisse ensuite la parole au maire non sans l’avoir remercié pour la subvention municipale qui permet de payer les 10 salariés de l’association.

Marine Granger,Pierre-Christophe Baguet,Antoine Sarrazin et Marcus

Marine Granger,Pierre-Christophe Baguet,Antoine Sarrazin et Marcus

Après avoir rendu hommage aux bénévoles qui animent l’association et remercié les directrices de la médiathèque Annie Casadeï  et Marine Granger  du CNJ, Pierre-Christophe Baguet se réjouit de ce que le CNJ prenne le relais de Paul Landowski et de Auguste Bartholdi pour assurer le rayonnement international de la ville.

Il évoque ensuite le quartier, encore en train de sortir de terre, qui accueille non seulement le CNJ et la médiathèque mais aussi 4 à 5000 habitants et bientôt 18000. Il ajoute que la médiathèque qui ne désemplit pas et le CNJ avec ses 1150 adhérents et ses expositions contribuent à donner une âme à ce quartier et à combattre égoïsme et isolement, comme en témoignent les 10 joueurs qui s’affrontent en ce moment sur un jeu vidéo (toujours Bomberman). Enfin, il assure le CNJ de son soutien même si « les temps sont durs » et souhaite que ses fabuleuses réserves de jeux de société soient exposées le plus souvent possible et non enfermées dans des boîtes car il s’agit de notre patrimoine commun et les jeunes et moins jeunes générations ont besoin de le connaître.

Puis c’est le tour de Marcus de prendre la parole. Marcus est un testeur de jeux de société et de jeux vidéo. « Quel beau métier », interrompt le maire !

Des jeux, Marcus en a testé beaucoup depuis le début de sa carrière en 1989, beaucoup et même tous nous dit-il depuis le fameux Pong de 1972 ! Marcus est parrain du CNJ et ravi d’être ici avec nous pour inaugurer une exposition qui traite de ses 2 passions, le jeu de société et le jeu vidéo. Avec leurs animations, leurs capacités sonores et graphiques, les jeux vidéo allaient-ils ringardiser à jamais les jeux de société apparus, rappelons-le, depuis l’Antiquité et depuis le milieu du 19ème siècle sous la forme que nous leur connaissons aujourd’hui ? Et bien non nous dit Marcus, ils s’entendent comme larrons en foire et nombreux sont les jeux qui passent d’un monde à l’autre. Ils s’entendent si bien même qu’ils nous ont fait des petits, nous dit-il, grâce aux tablettes et leur interface tactile qui permet d’utiliser des pions dans un jeu vidéo en les posant directement sur la surface de l’écran. Ce sont les prémices  d’une nouvelle ère d’après Marcus.

Ça me laisse rêveur mais ne m’empêche pas de gagner à Tetris Link (le jeu de société) contre ma fille. Contrariée par sa défaite, elle va jouer ailleurs, alors je teste Berzerk (le jeu video) sur

La fascination de Bomberman petit poseur de bombe sympathique et charismatique

La fascination de Bomberman petit poseur de bombe sympathique et charismatique

Vectrex, une console de jeu avec laquelle j’ai joué pour la dernière fois en 1983. C’est grâce à l’association MO5.com que se trouvent ici quelques consoles de jeux « vintage », notamment celle sur laquelle 9 joueurs continuent de s’affronter sur Bomberman – « Tiens il y a une place libre, j’y vais »…

L’exposition dure jusqu’au 15 juin 2013. Ne la manquez pas !

 

Centre National du Jeu

17 allée Robert-Doisneau

92100 Boulogne-Billancourt

Horaires sur le site ou au 01 84 19 40 42

 

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Eric Trochon

Eric Trochon

Boulogne à pied, à vélo, en trottinette et en bateau depuis 2011