Le triomphe de l'amour

Je l’avoue, je le confesse, je le concède, je m’en excuse et somme toute je l’assume : je ne connaissais pas Marivaux. Je n’avais jamais ni lu ni vu du Marivaux, je ne savais pas même de quel type de théâtre il s’agissait … Rien, inculte, ignarde.

Et voilà que le Top a choisi de mettre « Le triomphe de l’amour » au programme et de commencer la saison par cette pièce.  Et voilà que j’y suis allée, plus confiante dans la sélection du Top que séduite par Marivaux. J’ai même dans mon élan embarqué ma fille cadette en quête d’explorations théâtrales et de constitution de culture littéraire à toutes fins utiles pour une jeune collégienne entendant passer un jour son bac.

Nous avons donc découvert ensemble un tourbillon littéraire, enlevé avec légèreté par des acteurs bataillant en de belles joutes verbales. Car Marivaux c’est tout sauf un sombre auteur du 18ème siècle, triste et pontifiant comme savent l’être certains, au talent néanmoins reconnu pour l’alexandrin. C’est un facétieux qui se joue des convenances, qui s’amuse des tribulations des pauvres humains et qui tisse des intrigues subtiles comme autant de toile d’araignées où viennent se prendre les personnages de la pièce. Et quel talent ! Epoustouflants ces revirements de situation, ces à propos qui viennent comme des évidences enchaîner les actions et faire virevolter les dialogues. Les mots sont bien choisis, les phrases sont belles, le langage du coeur y est bien employé, les intrigues sont fines et cocasses. J’ai véritablement apprécié, aussi étonnant que cela puisse me paraître à moi-même !

L’espace d’une soirée je me suis rêvée au 18ème devisant en de si jolis termes, prenant le temps d’écouter les mots des amours et choisissant à mon tour des formules bien ciselées qui parlent simplement à l’autre des sentiments qui se découvrent. Je me suis sentie enrichie de cette finesse de langage et j’ai tenté de le rendre perceptible à ma cadette. Je n’irai pas jusqu’à affirmer qu’elle a vécu un enchantement, ce serait mentir… mais elle a ressenti la qualité du texte, étudié le jeu des acteurs et intégré l’intemporel des personnages. Ce qui devrait plaire à son professeur de français, si tant est que cela l’eut intéressé …

Que dire enfin des acteurs, de la mise en scène Jacques Osinski ?   J’ai aimé la présence forte de tous les personnages et l’interprétation qui en a été faite. J’ai apprécié le tour de force de la présence continue sur scène de Léonide. J’ai aimé l’esthétique des décors – tout se joue dans un jardin, plutôt zen, qui se dévoile différemment au gré des actes et des scènes. J’ai aimé les costumes, bien choisis et harmonieux.

C’est simple, j’ai passé un bon moment et maintenant je peux me prévaloir d’avoir vu « du » Marivaux ! Reste à faire Triompher l’Amour, mais cela c’est une autre histoire …

C’est au TOP jusqu’au 17 octobre et c’est le Triomphe de l’Amour : http://www.top-bb.fr/