Nous l’avions annoncé – prématurément – le 3 février dernier mais la nouvelle vient d’être confirmée en conseil municipal. Dans peu de temps, la Librairie des Passages laissera la place à une enseigne vestimentaire. C’est la quatrième qui ferme en 2 ans.

La Librairie des Passages était aussi vieille que le Centre-Ville, c’est-à-dire pas si vieille que ça, 11 ans à peine… C’était un commerce très important du Centre, avec un flux considérable de clients venus chercher le journal, un bloc-notes ou le dernier livre à la mode. Mais voilà, en dépit de cette chalandise certaine sur emplacement n°1, elle ferme. Et cède le pas à une enseigne vestimentaire de plus.

C’est ce que vient de confirmer en conseil municipal Jehan Coquebert de Neuville, adjoint au Commerce, à Rosaline Laureau, élue indépendante.

Une série noire à l’image de la situation nationale

Lorsque nous avions fait le tour des libraires en décembre 2010, nous en avions recensé 13 sur la ville, de la librairie stricto sensu comme Malet, qui ne vend pas de presse, au marchand de presse qui vend éventuellement quelques livres de poche, comme feu celui de la rue Escudier, en passant par les librairies spécialisées (La Procure, boulevard Jean Jaurès, et France Loisirs, avenue Morizet).
En 2 ans, 3 de ces établissements ont fermé : Des souris et des livres, boulevard Jean Jaurès, la petite librairie-presse de la rue Escudier, et celle de l’avenue Victor Hugo. Celle des Passages sera la quatrième. Dans le même temps, la librairie-presse du rond-point Rhin et Danube a rouvert ses portes, à la fin des lourds travaux de l’avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny. Un ratio loin d’être positif !

La Librairie des Passages, enseigne phare du centre commercial, va fermer.

La Librairie des Passages, enseigne phare du centre commercial, va fermer.

« C’est une tendance lourde » s’inquiète Gérard Bénady, le patron de Périples 2, avenue Jean-Baptiste Clément : « Les libraires ont de plus en plus besoin de la presse pour survivre face à la vente en ligne, car cela assure du flux continu et une clientèle régulière et fidèle, mais le distributeur de presse, de son côté, se repose sur nous pour entretenir sa trésorerie. » En cause, d’après lui, la fin de la possibilité des « modifications de service, » qui permettaient aux libraires d’ajuster leurs commandes de presse à la demande de leur clientèle. Le nombre d’exemplaires de chaque journal est désormais fixé en amont, et peu importe que la demande soit supérieure ou inférieure à ce chiffre. S’il est parfois possible de commander plus, il est impossible de commander moins. Résultat, le coût du service presse est trop important par rapport aux recettes.

Une analyse partagée ce soir par Monsieur de Neuville qui y ajoute, pour la presse même, la concurrence des gratuits et d’Internet.

La conjugaison des problèmes de distribution et du niveau des loyers

Gérard Bénady de la librairie Périples2, partenaire du Salon du Livre

Gérard Bénady de la librairie Périples2, partenaire du Salon du Livre

Autre dommage : le délai de remboursement. Les librairies paient d’avance toute la presse, qu’elles écoulent leurs exemplaires ou non. Il faut ensuite retourner les invendus et c’est bien souvent trois mois plus tard qu’elles sont remboursées de leur avance.
« Nous nous engageons dans un cercle vicieux » décrit Gérard Bénady : « les points de vente ferment, ce qui pousse le distributeur à recourir à des points de vente inadaptés tels que les commerces de bouche, ou bien à faire pression sur les communes pour l’ouverture de kiosques en gestion directe. Il a été question d’ouvrir un kiosque sur la Place des écoles, mais il n’y en aura finalement pas. On pense aussi à en installer un vers l’avenue Victor Hugo, puisque les points presse de cette avenue et de la Route de la Reine ont fermé. » Ce phénomène n’est pas propre à Boulogne-Billancourt, loin de là.
« Le précédent gouvernement a institué un système incitatif pour que les points presse s’équipent d’un logiciel de commande pour alléger les frais du distributeur et par là assurer une meilleure remise aux libraires. Malheureusement, ses clauses sont trop contraignantes pour les petites enseignes, notamment parce qu’elles exigent une surface linéaire pour l’exposition des titres impossible à installer dans de petites boutiques. » Le coût du foncier et le faible rendement de cette activité ne sont pas de nature à pousser les libraires à allonger leurs rayons.

Sur la Grand Place c’est un cas d’école : en dépit de l’absence de concurrence à des centaines de mètres à la ronde,la librairie ferme, en raison du coût du loyer. Il y a quelques semaines, Véronique Gouilliard nous l’avait confirmé en personne : alors qu’elle se battait pour maintenir la Librairie des Passages, elle expliquait que le renouvellement du bail se présentait comme une difficulté quasi-insurmontable. 12 ans après l’ouverture du centre, les baux arrivent à échéance. Rançon du succès, comme l’expliquait la libraire, les loyers vont plus que doubler*. Une augmentation impossible à répercuter sur la presse et les livres.
Du côté de l’aménageur, on s’inquiète aussi : « Un centre commercial est une savante alchimie, nous dit-on. Ce commerce était très împortant pour l’équilibre d’ensemble. »
*On ne connaît pas le montant des loyers sur la Grand Place, mais à titre indicatif, une boutique d’une surface un tiers inférieure boulevard Jean Jaurès peut se louer aujourd’hui 8 000€/mois.

Quelles solutions ?

Face à cette disparition progressive de commerces de proximité pas comme les autres, quelles solutions ? « Il est difficile de traiter le problème ponctuellement » estime Gérard Bénady, « puisque de nombreux facteurs, entre les mains de différents acteurs, entrent en ligne de compte : le retour à la modification de service, des clauses moins contraignantes quant aux linéaires, des délais de paiement plus raisonnables, l’instauration sur la commune de nouvelles ZA [zone d’activité, ndlr] réservées aux artisans et aux petites entreprises, pour endiguer le prix des locaux… C’est polymorphe. »
De son côté, la Ville, a confirmé Monsieur de Neuville ce soir, travaille en partenariat avec l’UCABB et Mediakiosques pour installer à proximité des commerces disparus des points presse. Il a également précisé que la Ville veillerait à l’implantation d’un véritable marchand de presse sur le Trapèze.

En attendant, c’est donc une nouvelle librairie qui ferme. Les Gouilliard cèdent mais n’abandonnent pas : ils sont à la recherche d’un local équivalent dans le périmètre, assistés par le manager commercial du Centre-Ville. L’espoir n’est donc pas perdu de voir ouvrir une nouvelle librairie dans le voisinage. Une librairie qui laissera plus de place aux dédicaces, qui manquent à Madame Gouilliard, et mettra en valeur la très belle papeterie qui attirait au centre-ville des clients de tout Boulogne. « Je pourrais vendre n’importe quoi, nous avait confié Madame Gouilliard, mais je suis attachée à mon métier. J’aime les livres et je veux continuer dans la librairie, même si nous sommes les derniers des Mohicans !«