C’est le refrain que lit Nouara Naghouche en fin de spectacle. Entre deux refrains, des couplets qui dessinent au scalpel l’intimité dramatiques de femmes ordinaires à la vie ordinairement désespérante. Comme un appel à l’aide qui tombe dans un silence épais et avec lui l’espoir qu’il portait. Le message porte et l’on repart avec une responsabilité que l’on n’avait pas imaginé recevoir en arrivant. Bien joué !

Nouara Naghouche parle pour celles pour qui il ne se passe rien

Et de fait le spectacle lui aussi est bien joué, très bien joué même. Étonnante prestation guidée par une très grande sensibilité : on rit, on est saisi par les drames, on retient son souffle, on applaudit, on bat la mesure, on sourit avec tendresse ; et on partage. Bref, on vit !

Et c’est en cela que ce spectacle est un hommage à ces femmes pour qui rien ne se passe : leur vie silencieuse et intime explose sur la scène.

Zoubira fait le ménage en dansant la Zouk sur un poste radio conquis en cachette sur l’argent des courses – et elle s’éclate ainsi, enfermée dans son appartement pendant que son mari est à la mosquée. Marie-France se dandine en racontant sa vie conjugale faite de coups et de pardon ; glousse en encourageant sa soeur de galère à se libérer et à profiter. Et en trame de fonds défilent des personnages de la cité, en autant se scènes croquées sur le vif qui nous laissent songeurs.Vu à la cité, vécu évidemment partout.

Le cri de Nouara dépasse largement la cité ; il interpelle l’âme humaine et nous demande d’être à la hauteur de ce qu’elle a de plus beau. Et nous appelle à faire en sorte qu’il se passe enfin des choses pour celles pour qui il ne se passait rien . Quand je vous dit que l’on repart avec des responsabilités …

De Nouara Naghouche et Pierre Guilloi

Représentations

•Samedi 12 Mai 2012
•Dimanche 13 Mai 2012