Alors que le mandat du directeur arrive à échéance le 30 juin prochain, la menace d’une fermeture pure et simple plane sur le TOP, le théâtre de Boulogne-Billancourt.

Vous allez beaucoup entendre parler du Théâtre de l’Ouest parisien dans les prochains jours, mais moins pour saluer l’excellence de sa programmation que pour confronter les différentes versions aboutissant au même résultat : la fin de cette institution boulonnaise.
Qu’il soit permis à l’e-bb de livrer non pas sa version des faits, mais – et il est très rare que nous nous l’autorisions ! – son parti-pris dans cet événement, si préjudiciable s’il se vérifiait, pour l’attractivité de Boulogne-Billancourt.

Un théâtre en plein essor

Le Théâtre de l’Ouest parisien est une délégation de service public depuis 2002 : la Ville en confie la gestion et l’animation à un délégataire – le directeur du théâtre – pour une durée de cinq ans renouvelable.

Théâtre de l'Ouest Parisien

La salle a ranimé les alentours de la place Bernard Palissy

Lors du conseil municipal du 18 décembre 2013, l’assemblée a acté le calendrier et le montant des travaux de rénovation destinés à « offrir [au théâtre] un outil correspondant à son ambition et à la Ville » d’après les propos en séance du maire, Pierre-Christophe Baguet. Soit une enveloppe de 8,4 millions d’euros TTC, et une année de chantier, de juillet 2015 à l’été 2016.
Lors du même conseil, le principe du renouvellement de la délégation de service public a également été adopté.
Lors du vote du budget le 12 février 2014, une première tranche de crédits de 1,4 million a été votée pour commencer les travaux de réhabilitation.
La même année, le compte administratif révélait un excédent de 22 800 euros pour le budget propre du théâtre.

La condamnation de la salle

Qui aurait pu s’attendre, dès lors, au coup de tonnerre de la semaine dernière ?

En l’espace de 48h, les Boulonnais assommés ont appris : 1) que les travaux ne se feraient pas, reportés sine die ; 2) que sa délégation non plus renouvelée pour cinq ans, mais prolongée d’un an, l’actuel directeur, seul candidat à sa succession, renonçait à sa candidature ; 3) qu’en l’absence d’alternative, le TOP risquait tout bonnement de fermer ses portes à l’été 2015.

Le budget 2015, qui vient d’être adopté, prévoit 11 millions d’euros d’investissement pour le sport, 8 millions pour les crèches, et une quarantaine de millions pour de nouveaux équipements sur le Trapèze. En ces temps de rigueur budgétaire, le théâtre fait les frais d’arbitrages qui ne furent pas discutés en assemblée, et encore moins avec les Boulonnais. Indépendamment du report des travaux, le fait même de substituer une prolongation d’un an à une délégation de cinq ans, pourtant adoptée en conseil, dit assez le dessein de condamner la salle à court terme.

Pourquoi nous soutenons le TOP

Ils ont créé au TOP : Jean-Marie Besset, Clément Hervieu-Léger, William Mesguich, Isabelle Le Nouvel, Yann Da Costa, Julien Sibre, Laurent Laffargue, Emilie Prévosteau, Nathalie Grauwin, Coraly Zahonero...

Ils ont créé au TOP : Jean-Marie Besset, Clément Hervieu-Léger, William Mesguich, Isabelle Le Nouvel, Yann Da Costa, Julien Sibre, Laurent Laffargue, Emilie Prévosteau, Nathalie Grauwin, Coraly Zahonero…

L’e-bb a toujours soutenu le TOP, pour des raisons intrinsèques : attachés depuis l’origine à mettre la ville en valeur, que de belles occasions nous ont été fournies par le théâtre !

Nous ne pouvons que saluer sa programmation éclectique et ambitieuse, qui fait défiler sur la même scène les mânes de Raymond Aron et ceux de Ribadier, qui ose les productions à une dizaine d’acteurs, mais fait aussi bien habiter la salle entière par une comédienne seule en scène. Chaque spectacle a trouvé son public, chaque spectacle était attendu.
L’affinité entre le théâtre et ses spectateurs se vérifie chaque fois que les représentations se prolongent par des échanges avec les comédiens, mais aussi lors des visites guidées et des répétitions publiques, voire autour d’une table, dans l’un des chaleureux bistrots du tour de la place !

Mais plus encore, c’est l’action culturelle du TOP qui nous semble inestimable : sous l’impulsion d’une équipe dynamique et passionnée, les initiatives se sont multipliées.

La pièce de Guillaume Gallienne, créée en TOP en 2009

La pièce de Guillaume Gallienne, créée en TOP en 2009

Chaque année, les Boulonnais ont la fierté d’applaudir une demi-dizaine de créations, souvent produites ou coproduites par le théâtre. La création est l’essence du spectacle vivant. La success story de Les garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne, pourrait en être l’emblème : il faut de ces salles de taille moyenne (400 places), de ces professionnels au goût sûr toujours prêts à soutenir le talent, pour que la création vive et prospère. C’est dans cet esprit que depuis trois ans, le TOP nous a permis de vous faire découvrir en avant-première chacun de ces spectacles. Par le biais d’un entretien avec le dramaturge, le metteur en scène, ou un comédien, se révélait le secret de la création dramatique : le rapport au texte, au rôle et à l’espace bien sûr, mais aussi les aléas et les fortunes qui accompagnent ces aventures.
L’engagement du théâtre est aussi particulièrement prégnant dans la tenue du festival Seules… en scène, où les comédiennes sont reines, maîtresses du temps, du texte et de la scène : Jeanne d’Arc et Molly Bloom, Marilyn et Emma le Clown, la fille de Molière et la Princesse de Montpensier… autant de scènes intenses qui irradient le mois de mai.
Protéiforme, l’action culturelle du TOP passe aussi par les partenariats conclus avec d’autres institutions de renom : les concerts des étudiants du conservatoire, les questions de théâtre avec les universités, les projections aux cinémas Pathé et Landowski, les lectures et débats avec le Forum universitaire, la sélection d’ouvrages fournis pas la librairie Périples 2, l’accueil des membres de Carré sur Seine…

La culture est ouverture. Quel théâtre pourrait davantage se dire ouvert sur la cité ?

La culture est ouverture

D’autres lieux à Boulogne peuvent accueillir des représentations dramatiques et sans doute le feront. Mais la disparition du TOP n’est pas que la disparition d’une salle de spectacle.

Les comédiennes sont reines lors du festival Seules en scène

Les comédiennes sont reines lors du festival Seules en scène

Pour nous, le théâtre est moins sacrifié à la rigueur budgétaire qu’à une crise des valeurs et à une incohérence politique.

Comment peut-on prétendre tenir son rang dans la Vallée de la Culture, rêver de devenir « un festival de pôles de destinations », et fermer le théâtre ?

Comment prononcer son attachement fort à la qualité de vie des Boulonnais, et fermer le théâtre ?
Combien avons-nous vu, nous Boulonnais, énumérer ces dernières années de coûteux concepts néo-culturels déclinés sur papier glacé et sitôt enterrés ? Les promoteurs de cette culture n’ont que le mot à la bouche, mais ils ne produisent rien. La démonstration a été faite de l’inanité de ce dire sans faire, de ce jeu avec des mots-valeurs, au détriment d’une action tangible.

Nous avons au contraire avec le TOP une institution prolifique, inscrite dans la ville, plébiscitée par les habitants, reconnue par les professionnels, au parterre de laquelle, un soir comme un autre, on a vu une actrice oscarisée et un homme d’État venir partager l’émotion du public boulonnais.

Le TOP porte bien son nom, il rayonne bien au-delà de Boulogne pour le profit de tous. Mais la catachrèse joue à double-sens : abattre le TOP, très logiquement, c’est faire tomber sur les Boulonnais un épais rideau d’obscurité.

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