Le 16 décembre, un incendie s’est déclaré au rez-de-chaussée du foyer Coallia, rue de Meudon. Immédiatement, les réactions officielles et spontanées se sont multipliées, entre tension et émotion.

État des lieux 15 jours après le drame

Une victime décédée, deux autres dans un état grave

Au 30 décembre, le bilan provisoire est déjà dramatique. Deux résidents, pris de panique, ont sauté des étages. L’un d’eux est décédé et va être rapatrié au Mali, l’autre est toujours dans le coma. « Cette réaction de panique absolument affreuse m’a bouleversé » témoigne Franck Calderini, directeur général de Coallia. Il répète que le feu et la fumée ont été cantonnés au rez-de-chaussée, que tous les escaliers de secours étaient fonctionnels et que les détecteurs installés dans chaque chambre ont fonctionné. Des dispositifs malheureusement vains contre la peur panique.
Un autre résident, gravement brûlé, est encore à l’hôpital, tandis qu’un autre a pu sortir. Cependant, afin de faciliter son suivi médical, il a été déplacé dans un autre foyer. D’autres personnes ont été légèrement incommodées. Voilà pour le bilan physique.

Coallia a en outre mis en place au foyer un numéro pour les victimes qui souhaiteraient se faire accompagner psychologiquement. Mais la commotion va bien au-delà, comme les diverses réactions le montrent.

Tensions autour des causes de l’incendie

Foyer Coallia

L’incendie a touché le hall du bâtiment – CR A. Landrain

Si, pour les enquêteurs, l’incendie est d’origine criminelle, cette hypothèse a particulièrement inquiété les esprits.
Il est inacceptable pour les résidents d’envisager que l’incendiaire puisse être issu du foyer. Mais l’émotion a poussé certains représentants à suggérer que c’est le foyer Coallia en tant que tel qui aurait pu être ciblé. Une accusation grave, qui a poussé Coallia, par voie de presse, à réaffirmer le bon fonctionnement de la sécurité, et l’intervention rapide des secours. Le gestionnaire du foyer a par ailleurs déposé plainte contre X pour incendie volontaire.

Plus largement, cet incendie a agi comme le révélateur de tensions anciennes autour de l’existence et du fonctionnement de ce foyer.

Un bâtiment qui dérange

Un fonctionnement à part dans un quartier en mutation

Foyer Coallia

Le communiqué de presse du maire de Boulogne le 16/12. Il y énumère les incidents survenus dans les différents foyers, les actions entreprises et interpelle l’État et Coallia pour la fermeture du foyer.

Édifié il y a une quarantaine d’années, le foyer Coallia détonne dans un quartier en pleine reconversion, où les usines ont laissé place aux résidences de standing. Le mode de vie de ses habitants, le va-et-vient continuel des visiteurs, qui peut expliquer que les résidents aient refusé l’installation d’un Vigik, font l’objet de plaintes régulières de la part des riverains.

Conçu pour accueillir 300 personnes, il en héberge notoirement beaucoup plus, souvent en turn-over sur 24h. Moyennant un loyer de 170 euros par mois, auxquels s’ajoutent 220 euros de charges mensuelles (eau, électricité, chauffage, ménage), les résidents occupent des chambres de moins de 10m², et les vastes espaces communs du rez-de-chaussée, voire les abords de l’immeuble. De nombreux anciens résidents y reviennent également dans la journée, pour y retrouver des amis, boire un thé, regarder la télévision ou jouer aux échecs. Divers services s’étaient installés, tels un salon de coiffure, ou un bar sans alcool proposant également des repas le samedi soir.

Sur la saisine du maire de Boulogne-Billancourt, la coopération départementale des affaires frauduleuses a mis un terme à la plupart de ces activités au printemps dernier. Une mesure inévitable, mais qui ne fut pas acceptée par les résidents. Depuis, la plupart suivent une grève des loyers.

La crainte récurrente de voir le foyer Coallia disparaître

Cette ambiance, et l’apparence du bâtiment, font depuis longtemps redouter une fermeture du foyer Coallia, et la dispersion de ses résidents. Le communiqué de presse du maire de Boulogne-Billancourt Pierre-Christophe Baguet, en date du 16 décembre, qui demande la fermeture immédiate du foyer alors que les causes du drame n’étaient pas connues, repris par le député de la circonscription, André Santini, a beaucoup inquiété.

C’est autant pour manifester leur soutien lors de l’incendie que pour conjurer une telle perspective que des habitants de Boulogne, des associations et des élus de gauche de Paris et Boulogne se sont retrouvés au foyer le 18 décembre dernier. Parmi les présents, Robert Créange, Isabelle Goïtia, Pierre Gaborit et Vincent Guibert.
A l’issue de ce rassemblement, une manifestation de soutien a été décidée. Elle partira du foyer le 10 janvier à 17h pour rejoindre la sous-préfecture, puis l’Hôtel de Ville.

Foyer Coallia

Des centaines de personnes ont manifesté leur soutien aux résidents le 18 décembre. CR V. Guibert

« Ce n’est pas du tout l’intention de la Ville de ne pas renouveler la capacité d’accueil »

Depuis 1997, un plan de réhabilitation des foyers de travailleurs – il en existe 660 à rénover – a été lancé par l’État. C’est à ce titre que le foyer de la rue Yves Kermen, également géré par Coallia, a vu le jour. « L’immeuble de la rue de Meudon a été rénové en 1999, explique Franck Calderini, il n’est pas considéré comme prioritaire par rapport à d’autres foyers. Mais nous nous voyons tous les deux mois avec le maire et le sous-préfet, le dossier est sur la table » assure-t-il.

Foyer Coallia

Rue Yves Kermen, un foyer Coallia a bénéficié du plan de réhabilitation. Si l’on n’y trouve plus de salle commune comme rue de Meudon, il semble y avoir un espace pour les prises de repas en commun.

Outre la réhabilitation proprement dite, c’est également une nouvelle conception qui est en vue : en finir avec ces chambres minuscules et les remplacer par des studios. Ce qui implique, mathématiquement, de disposer de davantage de terrains. « Dans l’idéal, nous disposerions de deux à trois îlots pour répartir les résidents et procéder à une opération à tiroirs » poursuit Franck Calderini.

Le directeur général de Coallia a bon espoir d’aboutir, même si aucune échéance n’est fixée. « Nous avons encore eu une réunion en début de semaine. Le maire de Boulogne a très bien parlé des travailleurs migrants qui ont fait la prospérité de la ville. Il est très soucieux de la qualité sociale des logements. Ce n’est pas du tout l’intention de la Ville de ne pas renouveler la capacité d’accueil » insiste-t-il. Sur le modèle de l’autre foyer, il visualise déjà le projet : « Nous allons gratter jusqu’au béton et en faire quelque chose de beau ! »

Quel financement ?

Reste le nerf de la guerre : ces foyers sont considérés comme des logements sociaux de type PLAI. Ce sont « les plus sociaux, » loués à 6€ du m² non meublés. Ils rapportent donc très peu au bailleur, et requièrent davantage de subventions à la construction. Le plan de réhabilitation prévoit un co-financement de la Caisse des Dépôts et de l’Action logement, mais c’est insuffisant. Monsieur Calderini évalue à 15 millions d’euros la réhabilitation du foyer Coallia de la rue de Meudon. Cela paraît une estimation un peu basse. Pour la construction d’un ou deux autres ensembles, il faudrait en plus acquérir des terrains dans une ville soumise à une forte tension foncière, ce qui n’a rien d’évident, sans compter bien sûr la construction en elle-même.

Qui va financer ? Peut-on espérer que l’émotion du chef de l’État après l’incendie fasse remonter le foyer de la rue de Meudon sur le haut de la pile des bâtiments à réhabiliter ? Que Boulogne, qui s’astreint chaque année à combler son retard en matière de logements sociaux (on en est actuellement à 14,5 %, ndlr) mais donne la priorité aux logements familiaux, saisisse cette occasion d’accroître son pourcentage à surface égale ? En effet, T1 ou T5, tous les logements sociaux sont décomptés à égalité.

Opérations de soutien

Une pétition de soutien

En attendant, en plus de la manifestation du 10 janvier, les résidents du foyer Coallia ont lancé une pétition auprès de la population. Ils s’y présentent ainsi :

Foyer Coallia

Officiellement, 320 personnes logent dans les petites chambres du foyer rue de Meudon. Elles seraient en réalité bien plus nombreuses.

« La plupart d’entre nous résident dans ces foyers depuis de nombreuses années et sont retraités ou salariés dans le bâtiment, le nettoyage, la restauration, l’hôtellerie, l’industrie, les services publics de Boulogne-Billancourt ou des villes environnantes avec des conditions de travail difficiles et des salaires modestes. 60 résidents sont employés par GPSO. Certains jeunes habitants, hébergés par une personne de leur famille n’ont pas de papiers, c’est exact. Ils essaient de les obtenir par la recherche ou la pratique d’un emploi. De nombreuses entreprises utilisent cette situation pour arrondir leurs bénéfices. (…) Des anciens, qui doivent pointer en France pour garder leurs retraites, sont également hébergés. »

De manière inédite, ils tiendront une permanence au 29 rue Nationale pour accueillir les Boulonnais qui souhaitent les soutenir, les samedis 7 et 14 janvier de 10h à 12h30, et de 17h30 à 19h.
Ils demandent l’ouverture d’une enquête par un juge d’instruction, l’ouverture de négociations avec Coallia pour la maintenance quotidienne du foyer, et l’étude d’un projet de réhabilitation du bâtiment.

La nécessité de restaurer la confiance

De nouveau, on ressent la tension entre les résidents et leur gestionnaire.
Franck Calderini reconnaît que des réserves sont faites pour la maintenance, et des provisions constituées pour les travaux de rénovation. Mais il tient à faire savoir que les résidents ne jouent pas toujours le jeu : des portes palières coupe-feu attendraient ainsi depuis plus d’un an d’être posées pour chaque chambre. Quant à la négociation, elle n’est pas acquise compte-tenu de la défiance entre le gestionnaire et les résidents : « Nous avons convié le délégué à la réunion en mairie suite à l’incendie, il n’est pas venu. »

Gilbert et Anne-Sophie

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