Depuis près de 20 ans, Frédéric Bosser, passionné de bande dessinée, est à la tête des Dossiers de la BD, un mensuel dédié au 9ème art. En 2011, L’Immanquable est venu compléter les dBD, en proposant aux amateurs des pré-publications. Rencontre.

Une passion, des rencontres, le hasard de rencontres…

e-bb – Vous êtes installé à Boulogne ; pourquoi ?

Frédéric Bosser - CR C.Lebédinsky

Frédéric Bosser – CR C. Lebédinsky

Frédéric Bosser – J’habite dans le Nord de Boulogne depuis 15 ans et c’est une ville que je trouve agréable, qui allie ancien et moderne. On trouve par exemple sur le Trapèze, des immeubles superbes ; en même temps, là où je suis, il y a un magnifique parcours des années 30 qu’à l’époque j’avais suivi, avec, comme intervenant Emmanuel Bréon, un grand spécialiste de cette période, qui a monté le Musée des années 30. J’aime bien me balader, regarder toutes les maisons proches du bois de Boulogne ; je me suis aussi beaucoup intéressé aux usines Renault avant leur destruction, car ma fille faisait du cirque à l’île Seguin et j’avais alors l’occasion d’aller là bas, quand il n’y avait encore rien du tout.
Boulogne est une ville passionnante parce qu’elle a un passé industriel et culturel très riche. On y trouve encore plein de petites maisons charmantes, avec, à proximité, la bibliothèque Landowski, le musée Belmondo dont l’extérieur est très bien. Par contre je suis déçu en ce qui concerne le Parc Rothschild : on pourrait faire quelque chose d’intéressant avec le château en ruines…
Et puis il y a toutes les possibilités sportives qu’offre la ville.

e-bb – Comment vous êtes-vous intéressé à la BD ?

Les dernières Unes des DBD

Les dernières Unes des dBD

Frédéric Bosser C’est grâce à mes parents ; ils étaient lecteurs, achetaient Tintin, Spirou, Pilote. Chaque fois que nous venions à Paris, nous allions à la Fnac et je notais les BD que je voulais acheter, Ric Hochet, Tintin… j’avais un budget pour ça.
Après, je suis parti faire mes études à Lyon, et là, j’ai rencontré des auteurs lors de dédicaces et découvert le plaisir de rencontrer des artistes. Plus tard, je suis parti à Paris faire une école d’histoire de l’art, et j’ai eu la chance de rencontrer une personne dont le frère travaillait pour un commissaire priseur, qui m’a introduit à une vente de BD. Et c’est parti… Ensuite, j’ai rencontré quelqu’un qui tenait un fanzine de BD et voulait se professionnaliser ; du coup, en 1998, nous avons lancé ensemble une revue, dBD, qui existe toujours…
Une passion, des rencontres, le hasard de rencontres… je n’étais pas du tout dans l’édition, j’adore les revues puisque j’en lis beaucoup, mais je n’avais aucune expérience là dedans… En fait j’ai rencontré les bonnes personnes qui m’ont aidé à faire une maquette, à réfléchir sur un contenu et voilà !

Deux magazines au service d’une passion

e-bb – Comment concevez-vous la maquette d’un numéro ?

Au sommaire du dernier numéro de l'Immanquable : 4 interviews (Tardi & Legrand, WIlly Lambil, Brunschwig & Armand et Sergeef & Xavier), 3 BD en prépublication (Bob Morane renaissance, L'épervier et Undertaker) et toute l'actu du mois

Au sommaire du dernier numéro de l’Immanquable : 4 interviews (Tardi & Legrand, WIlly Lambil, Brunschwig & Armand et Sergeef & Xavier), 3 BD en prépublication (Bob Morane renaissance, L’épervier et Undertaker) et toute l’actu du mois

Frédéric Bosser La première étape consiste à demander tous les programmes aux éditeurs ; ensuite, il faut faire une sélection. Nous essayons de privilégier des séries qui débutent ou des auteurs pour lesquels nous allons faire une grande interview, des gens qui ont une carrière et qui sortent une nouveauté ; il y aussi les coups de cœur. Un numéro se construit de manière un peu empirique. L’équipe dans son ensemble comprend une dizaine de personnes : deux voire trois pour faire des interviews, cinq à six pour travailler sur les critiques de BD.

e-bb – Où en est la BD actuellement ?
Frédéric Bosser C’est plutôt un art en expansion ; mais le problème réside dans la multitude de parutions, entre 2 500 et 3 000 nouveautés par an, et, avec les rééditions, on arrive à presque 5 000.
Les auteurs ont donc du mal se faire connaître. Le nerf de la guerre, c’est si un auteur peut vivre de sa production ; or une BD demande une à une année et demie de travail, contrairement à la littérature où beaucoup de gens exercent un métier dans la journée, et écrivent le soir après leur autre boulot. Avec la BD, vous n’avez pas le choix et si votre album ne dépasse pas les mille exemplaires, vous ne pouvez pas en vivre ; du coup, pas mal de jeunes abandonnent.
La création de qualité n’a jamais été aussi importante mais, en même temps, les jeunes risquent de se détourner vers d’autres métiers. Avec Internet, certains se posent aussi la question du mode de diffusion ; il y a aussi en ce moment un débat au niveau des droits d’éditeur que l’on veut supprimer au niveau européen. Les auteurs sont aujourd’hui les parents pauvres de la BD…

e-bb – Justement, pourquoi la BD est-elle peu diffusée sur internet ?
Frédéric Bosser Lire sur un écran n’est pas très agréable ; on lit une fois un livre et on ne le relira plus ; la BD, ce n’est pas la même chose, ça se passe souvent entre père et fils ou fille, on a encore plaisir à regarder des vieux Astérix et à les partager avec ses enfants

e-bb – Père et fils… ! ! ? ?
Frédéric Bosser
Je voulais dire parents et enfants… Mais le monde de la BD est encore un monde masculin, faite par des hommes pour des hommes. Actuellement il y a une cinquantaine d’auteurs femmes qui s’insurgent contre cette situation et réclament que l’on arrête de faire du sexisme, mais c’est encore un monde masculin…

BD et Manga, une affaire de génération ?

e-bb – Quelle est la différence entre BD et manga ?

TIteuf - le héros de Zep continue à s'adresser à tous les publics. Récemment, l'auteur a placé ses héros en situation de guerre civile, en écho à l'actualité internationale. Un choc énorme dans l'opinion publique, qui explique l'article de l'Immanquable "TIteuf réveille les consciences", et la reprise des planches de Zep dans le dernier dBD.

Titeuf – le héros de Zep continue à s’adresser à tous les publics. Récemment, l’auteur a placé ses héros en situation de guerre civile, en écho à l’actualité internationale. Un choc énorme dans l’opinion publique, qui explique l’article de l’Immanquable « Titeuf réveille les consciences », et la reprise des planches de Zep dans le dernier dBD.

Frédéric Bosser La BD avec les auteurs européens des années Pilote, est passée à l’âge adulte ; ils ont commencé à dire que la BD c’était sérieux, qu’ils sortaient des Beaux Arts, qu’on parlait à des adultes…
La BD est devenue adulte, on y a mis du sexe et on a oublié ce côté tout public qui caractérisait Spirou, Iznogoud, Lucky Luke, Alix et tout ça… Du coup, la BD tout public n’est pas arrivée à se renouveler aussi vite que la génération Franquin, Hergé, Jacobs et compagnie.
Certains continuent à s’adresser à tous les publics comme Titeuf, et puis il y a les vieilles séries comme Largo Winch, mais le créneau jeunesse a été oublié et les mangas ont rempli ce vide. Avec les mangas, les jeunes lisent quelque chose que les parents ne lisent pas, c’est le côté rebelle de l’enfance. Il y a aussi le côté « on lit à l’envers, » donc c’est compliqué. La manga a complétement envahi le secteur jeunesse et tout public en France, et, en 20 ans, a pris beaucoup de parts de marché en remplissant le rôle d’anciens journaux comme Spirou et Tintin.
Mais BD et manga ne sont pas concurrents car ils ne s’adressent pas au même public.

e-bb – Y a-t-il des auteurs de mangas qui ne soient pas japonais ?

A la Une du dernier dBD, le ténébreux Corto Maltese, un hommage à Coyote, une rencontre avec Manuele Fior...

A la Une du dernier dBD, le ténébreux Corto Maltese, un hommage à Coyote, une rencontre avec Manuele Fior…

Frédéric Bosser – La France est le premier marché étranger pour les mangas et il y a quelques auteurs français qui se mettent au manga, mais aucun n’a été couronné de succès. C’est un art à part et ça reste japonais. Là-bas la production est énorme, 3 à 400 albums par mois. Le lectorat japonais est cependant en baisse, les gens ont moins le temps de lire.
Il y a 20 ans, quand je suis allé au Japon, il y avait huit personnes sur dix qui lisaient des mangas dans le métro ; la dernière fois que j’y suis retourné, les huit personnes sur dix jouaient aux jeux vidéo. Là-bas c’est une véritable industrie, avec souvent un auteur principal et une dizaine d’autres qui bossent autour ; ce sont de vrais studios, nous n’avons pas cette culture là.

dBD se trouve en kiosque mais il en existe une version numérique. Un site et un blog complètent la publication mensuelle de cette revue de référence… Bonne lecture !