Lundi 4 avril, la presse nationale s’est fait l’écho d’un projet de fusion entre Boulogne-Billancourt et Issy-les-Moulineaux. En attendant l’article sérieux que ce sujet mérite, la rédaction vous propose, à la manière d’un hebdomadaire satirique bien connu, l’interview « presque imaginaire » d’un tenant du projet.

Un maillage à toute épreuve

e-bb : Où habitez vous ?
Promoteur du projet de fusion : A Boulogne-les Moulineaux.

e-bb : On ne connait pas cette commune, c’est en France ?
Promoteur du projet de fusion : Oui, c’est la fusion de deux communes qui elles-mêmes appartiennent à l’EPT GPSO, une des composantes de la « Métropole du Grand Paris. » Elles font partie du département des Hauts de Seine et de la Région Ile de France.

e-bb : Elle est compliquée votre carte territoriale. Comment faites vous pour savoir qui fait quoi et pour qui ?

Fusion

En rose, Boulogne-les-Moulineaux, composante du T3 GPSO de la MGP en Ile de France

Promoteur du projet de fusion : C’est fait justement pour mieux harmoniser les rapports entre entités territoriales et renforcer le poids de Boulogne-Billancourt et Issy-les-Moulineaux, qui étaient déjà le résultat de regroupements antérieurs de communes. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire inextricable !
Nos élus, ou en tous cas les plus influents, ont décidé de fusionner, pour peser d’un poids plus important, au sein de GPSO, face au « Grand Paris, » sur le département, vis-à-vis de la Région, sans parler de l’État et de l’Europe qui semblent mépriser et spolier les structures restées à échelle humaine.
Désormais les instances supérieures ne sauront plus vraiment qui réglementer, ponctionner et taxer dans cet entrelacs de structures croisées. Un préfet ou un fonctionnaire des impôts ne saura plus qui contrôler, qui aider, qui administrer. Les citoyens non plus d’ailleurs ; mais ils sont tellement habitués à la complexité administrative, qu’un peu plus ou un peu moins…
Autre avantage, cela dilue le montant apparent des impôts locaux, répartis en 7 ou 8 entités différentes. Ça allonge un peu les feuilles d’impôts, mais la somme perçue par chaque entité apparaît ainsi très modeste.

e-bb : Mais comment les administrés font-ils pour savoir à qui s’adresser pour leurs différents besoins de services publics ?
Promoteur du projet de fusion : C’est une problématique très moderne. Mais nos concitoyens sont modernes. Rappelons que la 10ème circonscription embrasse Vanves, Meudon, Issy et Billancourt, et que les habitants de ce dernier secteur se partagent des conseillers départementaux avec Sèvres. D’ailleurs les conseils départementaux du 92 et du 78 sont eux aussi en voie de fusion.
Je préconise donc de tirer parti de nos sociétés hyper communicantes. A cet effet, notre futur blason sera en 3D, pour bien souligner l’identité numérique de l’ensemble.
On va diffuser des publications ; il faudra bien une cinquantaine de pages, des sites internet, des bornes interactives dans les lieux publics, un call center, une application de géolocalisation institutionnelle inédite que nous baptiserons SmartMess, qui expliqueront comment se retrouver dans les couches de ce mille feuilles, sans avoir un CAP de pâtissier.
Cela va donner du travail aux agences de communication, car vous savez que par souci d’économie, nous privilégions les prestataires extérieurs.

Fusion, effusions

e-bb : Pensez vous que ça va vous aider à résorber l’endettement de vos communes ?
Promoteur du projet de fusion  : Pas vraiment, mais ça va permettre de répartir cette dette entre différents niveaux territoriaux dont aucun ne sera vraiment à l’origine des dépenses non financées. Et là, au plan comptable, on y gagnera vraiment : plus question de dette consolidée, elle sera dissipée !

e-bb : Mais y a-t-il une continuité territoriale entre vos villes ?
Promoteur du projet de fusion : Les esprits chagrins diront que la Seine nous sépare. Mais c’est en fait un élément structurant et, outre l’existence de ponts, ce sera l’occasion de créer un nouveau service public, un bac qui rejoindra les deux rives du fleuve et constituera un lien permettant même des rencontres très romantiques entre les populations.
Et puis il y a d’autres marqueurs de continuité : sans parler de la continuité d’actions, saviez-vous que nous étions les deux villes à échanger le plus de vélib’ ?

e-bb : Les citoyens des deux communes ont ils été consultés sur cette décision ?
Promoteur du projet de fusion : Nos maires ont estimé que ce n’était pas possible, car le sujet est beaucoup trop complexe pour l’entendement moyen des citoyens et demanderait une trop grande mobilisation.
On peut toujours organiser un vote pour déterminer le nombre et la hauteur des tours susceptibles d’être bâties dans l’île Seguin, surtout si on sait qu’il n’y en aura aucune. Mais pas sur une fusion de communes qui est vraiment une affaire de professionnels de la politique, et qui ne concerne d’ailleurs même pas la plupart des conseillers municipaux.

e-bb : J’ai rencontré quelqu’un récemment qui se disait habitant d’Issy-Billancourt. Est-ce encore une nouvelle commune ?
Promoteur du projet de fusion : Non, nous n’avons pas encore réussi à nous mettre d’accord sur le nom commun. Et puis cela permet de distinguer dans les derbys de foot les deux équipes  issues des anciennes communes. Pour ma part, en confidence, je vous avoue que je serais pour un toponyme plus évocateur de ce beau mariage, « Folleville » par exemple.

 Propos presque recueillis par la rédaction

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