Du 15 septembre au 8 octobre, la galerie Exit art contemporain fête ses dix ans, avec une exposition anniversaire réunissant 22 artistes et… 15 fauteuils.

Exit art

En rouge vif, Exit, comme une issue au quotidien

Exit… Le mot de l’urgence, du bon débarras, étonnamment accolé depuis dix ans maintenant au nom d’une galerie d’art boulonnaise où règne un remarquable esprit d’ouverture, Exit art. Florence Provost, la cofondatrice du lieu avec Maria Giovanna Gilotta, en sourit paisiblement. « Le nom fait référence à un tableau de Philippe Huart, avec toute la polysémie que l’on devine. Pour nous, il exprime l’urgence à sortir de chez soi pour se confronter à l’art. »

Sortir pour mieux entrer

Exit est donc une invitation à entrer. Et le visiteur qui passe la porte de la galerie, installée au 2 place Denfert Rochereau, fait l’expérience de cette re-présentation du monde chère à l’une des artistes maison. Exit art alterne les expositions monographiques et collectives qui mêlent tous types de pratiques et de supports. Les thèmes, très ouverts, comme le Rouge, ou dernièrement la Forêt, ouvrent sur de véritables problématiques. « Cela explique le succès d’une exposition comme Forêts, » analyse Florence Provost. « La forêt dans l’imaginaire est un espace de paix, mais elle entretient aussi un lien avec l’actualité et la marche du monde » ajoute-t-elle. L’impression est si forte que l’exposition va être reconduite et enrichie de plus grands formats dans un nouvel espace, à la Celle-Saint-Cloud dans quelques semaines.

Exit art

Christine Jean, Chambre d’écho 3, 130X227, l’un des grands formats sur le thème de la forêt

De gauche à droite : Mary-Christine Jaladon (artiste), Maria-Giovanna Gilotta (Carré sur Seine), Florence Provost (Carré sur Seine), Rémi Chapeaublanc (artiste), Ivane Thieullent (Carré sur Seine), Camille Vignaud (artiste), Isabelle Lefort (Carré sur Seine), Didier Fournet (artiste), Zuhkra Sharipova (artiste), Valérie Bacques (Carré sur Seine).

De gauche à droite : Mary-Christine Jaladon (artiste), Maria-Giovanna Gilotta (Carré sur Seine), Florence Provost (Carré sur Seine), Rémi Chapeaublanc (artiste), Ivane Thieullent (Carré sur Seine), Camille Vignaud (artiste), Isabelle Lefort (Carré sur Seine), Didier Fournet (artiste), Zuhkra Sharipova (artiste), Valérie Bacques (Carré sur Seine).

Exit art, de cap en cap

Car avec le temps, la galerie Exit art a acquis une solide réputation, et développé des partenariats en conséquence. Née de l’amour pour l’art de deux amies aux parcours complémentaires (musique et communication pour l’une, droit pour l’autre), Exit art a passé avec succès les caps initiatiques de ce type d’entreprises. Des débuts sans espace d’exposition, ce qui conduisait à de fructueuses coopérations hors les murs. Et ces moments où la foi en un artiste n’était pas toujours consacrée par le retour du public. Déterminante sans doute fut la rencontre avec d’autres passionnées boulonnaises, Isabelle Lefort, de Mondapart, Valérie Lauzon-Bacques de Green Flowers, et Ivane Thieullent, de la Voz’Galerie. Toutes ensemble, elles ont fondé Carré sur Seine, une dynamique association d’amateurs d’art à Boulogne. Carré sur Seine vient de tourner son premier spot, diffusé au cinéma Landowski à partir de cette semaine.

Une galerie qui rayonne

Florence Provost (à gauche) et Arthur Djoroukhian lors du vernissage de 100% Djoroukhian

Florence Provost (à gauche) et Arthur Djoroukhian lors du vernissage de 100 % Djoroukhian

Aujourd’hui, la galerie a changé d’envergure, avec un espace bien à elle – mais toujours en partage avec sa jumelle Green Flowers – et un équilibre commercial qui lui permettent de démultiplier les projets.
« On s’imagine souvent que le travail du galeriste consiste à attendre à sa table, un livre à la main » s’amuse Florence Provost. Loin du cliché, les galeristes sont toujours en action. Dans les ateliers d’artistes, bien sûr, dont elles suivent le travail, parfois depuis l’origine. Sur les foires, nationales et internationales, lors des Cartes blanches organisées par la ville de Boulogne à l’espace Landowski, au SEL de Sèvres, devenu un partenaire privilégié… « Ça nous fait du bien d’aller ailleurs, et de rencontrer un public et un fonctionnement différents » explique la galeriste.

Le suivi des artistes

C’est au SEL que, l’an dernier, Florence Provost et Maria Giovanna Gilotta ont organisé une vaste rétrospective consacrée à Arthur Djoroukhian, qu’elles accompagnent depuis dix ans. « Nous avons vocation à suivre les artistes sur la durée, et c’est bien sûr aussi intéressant pour le public. Entre les artistes eux-mêmes naît une forme d’émulation : ils se connaissent, se reconnaissent, et élargissent le cercle. Il n’est pas rare de les voir à des vernissages qui ne les concernent pas. »

Pascal Frament, Enversée

Pascal Frament, Enversée

Suivre un artiste. L’encourager à chercher, discuter, l’orienter, l’aider. Avec une devise : « Le sens passe par le temps. » Le galeriste apparaît comme un interlocuteur privilégié, avec qui se tissent des liens de confiance.

Les anecdotes sont multiples, on retient celle de l’entrée de Pascal Frament dans le cercle. « Par une nuit d’hiver, il avait neigé et nous avions rendez-vous chez un collectionneur pour un accrochage. Celui-ci nous avait averties qu’un vidéaste serait présent pour filmer l’arrivée de l’œuvre. Mais les intempéries l’ont retardé. Quand nous nous sommes présentées, l’artiste n’était pas là, mais dans l’entrée du collectionneur, il y avait une installation vidéo saisissante. Elle était l’œuvre de ce vidéaste, Pascal Frament. » Lorsque ce dernier arrive, la conversation s’engage. Il a toujours rêvé de se mettre à la peinture, tout en redoutant de s’y absorber. Elles vont l’y encourager. Et un jour, au bout d’un an, lui dire : « Ça y est Pascal, tu es prêt ! On t’expose. »

Les surprises de l’expo anniversaire

Fernando Cometto, No perdere la silla

Fernando Cometto, No perdere la silla

Pour l’exposition anniversaire, 22 artistes contribuent avec des œuvres emblématiques. Des historiques, comme Katrin Bremermann et ses papiers collés, ou Christophe Goutal est ses installations un rien provocatrices. Et des retrouvailles, à l’instar de Fernando Cometto, dont les multitudes sud-américaines marquent l’entrée de l’exposition. Avec l’audace qui les caractérise, les galeristes ont décidé de faire dialoguer ces œuvres avec… des fauteuils design. Moins incongru qu’il n’y paraît. « Nous avons organisé notre première exposition chez Camille Burgi, un antiquaire spécialisé en mobilier XVIIIème, près de Drouot. Il était ravi, lançant ‘On voit enfin mes commodes !’ » L’idée, dix ans plus tard, est un peu la même. « Un fauteuil, c’est un meuble de la maison. On s’y assoit pour regarder, une étape essentielle lorsque une œuvre arrive chez soi. » Pierre-Christophe Prot, de l’agence Pise, a ainsi sélectionné 15 fauteuils design qui jalonnent l’espace, en écho aux œuvres.

Ces fauteuils sont aussi le fruit de l’observation des galeristes : « Les gens ont plaisir à passer du temps ici. Plus les temps sont durs, plus l’art est nécessaire. Nos artistes traitent de l’actualité à leur façon, c’est évident. Mais ce faisant, ils nous permettent de rester en lien avec la beauté. Quand on ressort de la galerie, on a la tête remplie d’autre chose. » Exit…

Nos premiers 10 ans, jusqu’au 8 octobre à la galerie.