Du 24 juin au 31 juillet, le photographe Gérard Hermand expose à la librairie Les mots et les choses. 23 photos de toutes tailles qui illustrent les rendez-vous quotidiens du photographe avec le hasard. Rencontre.

« Il y a dix ans, je n’aurais pas dit que j’étais photographe » confie Gérard Hermand. « Mais depuis, j’ai vu tellement de photos que je me suis rendu compte que les miennes étaient un peu différentes. » Un peu différentes, et bien identifiables : cet ancien enseignant qui a marqué des milliers de collégiens boulonnais a de toute évidence un œil ouvert sur une réalité qui nous échappe au premier abord.

Le Kodak Brownie Starflash des débuts

Le Kodak Brownie Starflash des débuts

Après avoir commencé seul avec un Kodak starflash à l’âge de 15 ans, il a entretenu une passion patiente : les ressorts de l’argentique, dont il développait lui-même les pellicules en noir et blanc, et l’exigence des diapositives, « l’école du cadrage, où il faut être juste car la retouche a posteriori est impossible. » Et s’il lui arrive aujourd’hui de « redresser » ses photos numériques, il a conservé ce souci d’une prise de vue bien cadrée, aux perspectives très maîtrisées. « C’est un gain de temps » estime-t-il, mais pour l’observateur, ça va beaucoup plus loin : il y a quelque chose d’une perfection fragile dans les photos de Gérard Hermand, une harmonie stochastique qui a inspiré à Benjamin Cornet, de la librairie Les mots et les choses, le titre de l’exposition, Sérendipité. « La sérendipité est un concept forgé par Horace Walpole pour désigner le fait de trouver quelque chose d’heureux par hasard » explique le photographe.

Hasard et fantaisie, dans un bassin du Palais de Tokyo - tous droits réservés

Hasard et fantaisie, dans un bassin du Palais de Tokyo – tous droits réservés

Et de fait, il s’applique parfaitement à sa démarche : ses photos sont le fruit de rencontres avec le hasard. Il prend le métro, dans n’importe quelle direction, appareil en bandoulière avec un unique objectif pour ne pas s’encombrer. Il s’arrête à une station quand l’envie lui prend et déambule, l’esprit totalement disponible pour la prise de vue qui se présentera. « Parfois quand j’arrive dans un endroit, je sens que je vais faire une bonne photo. Mais il me faudra peut-être attendre longtemps, c’est pourquoi je revendique la solitude » explique-t-il. Et tout naturellement, la sérendipité se retrouve dans ces hasards photographiques du coin des rues et ces détails qui sortent au grand jour. L’une des photos de l’expo est due à cette obstination : passages et repassages devant la même terrasse du Carreau du Temple, le pressentiment qu’une photo l’attend, sans jamais l’apercevoir… jusqu’à une fermeture imprévue qui la révèle enfin.

Les tours de la BNF - tous droits réservés

Les tours de la BNF – tous droits réservés

On relève quelques lignes de forces dans son travail : un goût pour l’architecture dont il essaie de retrouver le plan, des agencements à la géométrie naturelle, quasi-pythagoricienne dans son principe, les interactions urbaines qui vont sur-imprimer un code à un autre, un message à un autre… et les traces, d’un passage, d’une action, laissées là sans dessein.
Outre leur cadrage, ses photos ont en commun leur caractère intrigant : « J’aime beaucoup qu’on se pose des questions sur mes photos, qu’on ne voie pas tout de suite ce que c’est » explique-t-il.
Quand on évoque ses influences, Gérard Hermand se tourne vers la musique : la musique répétitive et minimaliste, en ses infimes variations, qui correspond à ses captations géométriques, mais aussi – surtout – l’esthétique de Maurice Ravel, et en particulier le 2ème mouvement du concerto en Sol majeur : « Ravel joue en permanence avec la justesse et la dissonance, »décrit-il, un jeu que le photographe pratique également dans son travail. « Quand je parviens à être à la limite de la justesse dans une photo, je suis fou de joie ! »

L’exposition Sérendipité regroupe des photos prises à plusieurs époques, entre Paris et New York, sans ligne directrice. Qui s’en étonnera ? Si certaines ont été popularisées de par le monde par Getty Images, c’est la première fois qu’elles se retrouveront matérialisées sur papier pour leur auteur.

Vernissage le jeudi 26 juin à partir de 19h.

François et Anne-Sophie

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