Il se donne actuellement au TOP « Il faut je ne veux pas », étrangeté théâtrale, qui, présentée comme une double déclinaison autour du thème du mariage, va au-delà de ce sujet pour proposer deux fragments du discours amoureux.

Il faut, je ne veux pas

Premier contact avec la pièce : son titre, qui ne semble rien dire. Dépourvu donc d’une lecture logique, l’enchainement des mots, au demeurant mélodieux, est néanmoins porteur de la construction même du spectacle. Celui-ci n’est en effet pas simplement une pièce, mais deux : « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée », d’Alfred de Musset, et « Je ne veux pas me marier » de Jean-Marie Besset. Mis en scène par ce dernier, il s’agit d’un diptyque autour du thème du mariage, porté par deux couples que deux cent ans séparent.

Alfred de Musset

La première partie du spectacle est une courte pièce de Musset, structurée autour d’une Marquise qui refuse farouchement la cour que lui fait son ami le Comte. La raison de ce refus est simple : ce n’est pas tant l’amour qu’elle rejette, mais plutôt cette figure imposée de « cour » qui fait perdre leur intelligence et leur esprit aux hommes et, ce faisant, leur fait ignorer celui des femmes pour ne s’attacher qu’à leur apparence physique. Le refus de la Marquise s’exprime par un extraordinaire rejet vis-à-vis de son partenaire, d’une telle force qu’elle risque d’en perdre à tout jamais l’amour qui se présente à elle.

Dans ce combat se glissent quelques moments forts, notamment lorsque le Comte, quittant la posture sociale, se révèle en tant qu’homme, tant au sens propre par le fait de se dévêtir, qu’au sens figuré par la déclaration d’amour profond qu’il fait à la Marquise. La langue de Musset, magnifique de simplicité, de précision et de sophistication, souligne l’expression des sentiments, et certaines répliques ne sont pas sans rappeler Shakespeare. Comme ce « si vous nous attaquez, ne nous en veuillez de nous défendre » qui semble faire écho à la tirade de Shylock dans le Marchand de Venise et à son « […] si nous sommes outragés, est-ce que nous ne nous vengeons pas  ? ». La mise en scène est aussi au service des sentiments, notamment au plus fort de l’échange verbal ; la flamme qu’exprime l’homme quitte alors la cheminée du salon de la Marquise, pour être projetée sur le mur tout entier de la pièce, et le bruit de son crépitement est exacerbé pour appuyer la force du propos. Ce passage, le plus beau du spectacle de mon point de vue, tant par le texte de Musset que par la force de l’allégorie de la passion, constitue le point charnière de la pièce, moment où la Marquise accepte de commencer à se laisser porter par ses sentiments.

L’évocation du mariage arrive en toute fin de pièce et est finalement peu développé. Pour un thème annoncé central, il m’a semblé finalement traité de manière limité. Pour moi, ce spectacle est avant tout une déclaration d’amour, la mise à nu d’un homme devant la femme qu’il aime, le combat qu’il mène pour la conquérir et cela en fait un texte profondément touchant.

Jean-Marie Besset

La deuxième pièce met en scène un autre couple, deux cents ans après le précédent, le soir précédent son mariage. Bien sûr, les différences entre les deux histoires sont nombreuses et sont liées tant au couple qu’aux époques dans lesquels elles se situent. Mais des points communs existent aussi. Ainsi chacune des histoires sont construites sur le même point de départ, c’est-à-dire une femme seule visitée par son amoureux. Comme dans la première pièce, on retrouve dans la deuxième des moments de cruauté verbale et de forts sentiments. Les similitudes se retrouvent aussi dans certains jeux de scène, comme les tentatives de départs avortés des personnes masculins, ou dans la construction des textes. Ainsi, les deux citations d’Yves Saint Laurent à la fin de la deuxième pièce semblent-elles faire écho aux deux proverbes de Musset qui clôturent la première. Mais, l’ultime passerelle est probablement l’incursion de l’image de la Marquise dans la deuxième pièce, qui, telle un fantôme, semble venir visiter sa sœur (ou son arrière-arrière-arrière …. petite-fille ?), et lui offrir sa protection.

Au-delà de ces similitudes, la deuxième pièce présente des caractéristiques propres : la langue y est bien sûr contemporaine – et, à ce titre, apparait moins riche que dans la première – et le traitement du sujet y est aussi différent. L’on est ici devant une jeune femme qui doute de son choix de se marier. De mon point de vue, il est difficile de croire totalement au fait que son doute vient du fait qu’elle va devoir assumer ce choix le lendemain. Sa grossesse ne joue-t-elle pas aussi un rôle dans les états d’humeur qu’elle traverse ? Ceci étant, le tumulte de la soirée m’a fait me demander si, comparativement au premier couple, celui-ci saurait traverser les années. Le choix qu’il fait à la fin de la pièce d’un « non-mariage » est peut-être effectivement le bon. Il n’est pas sans rappeler la demande du même nom de George Brassens. Tout dépendra pour ce couple de l’impact et de l’éventuelle trace laissée par la violence et la brutalité de certaines des paroles échangées pendant la soirée.

Au final donc, un spectacle étonnant par son point d’entrée, sa construction, son contenu, et touchant aussi par son propos à l’aune duquel il est impossible de ne pas se mesurer…
DU VENDREDI 20 AU MERCREDI 25 JANVIER 2012
Du mardi au samedi à 20h30 – Dimanche à 16h
THÉÂTRE DE L’OUEST PARISIEN – BOULOGNE-BILLANCOURT
1 Place Bernard Palissy (face au 87 av. J. B. Clément) 92100 Boulogne-Billancourt

Réservations www.top-bb.fr ou 01 46 03 60 44

Une représentation  sera donné le 28 janvier au Théâtre Alary de Carcassonne

Dernière minute

Il faut je ne veux pas » est repris à partir du 14 février au Théâtre de l’Oeuvre : 55, rue de Clichy – 75009 PARIS