Suite à sa tribune de novembre 2010 publiée dans l’e-bb, nous retrouvons Dorothée Pineau, conseillère municipale UPBB, pour parler de l’île Seguin.

La révision du PLU et le changement de projet

e-bb : Le débat sur l’île Seguin alimente la vie politique boulonnaise depuis des années. Depuis juillet 2010 et la présentation à la presse du travail des ateliers Nouvel, ce débat connaît un regain et pourtant, la population se fait toujours attendre : environ 1900 visiteurs se sont rendus à l’exposition tenue à l’Hôtel de Ville du 21 septembre au 2 novembre, une centaine de personnes ont assisté au conseil municipal extraordinaire, 650 personnes en tout auront assisté aux deux réunions publiques…
Alors que la Ville lance une enquête publique pour la modification du PLU, pourquoi ce projet devrait-il intéresser les Boulonnais ?

Dorothée Pineau devant la passerelle Barani en construction en 2007

Dorothée Pineau : Je ne pense pas que le projet intéresse tant que cela les Boulonnais. On s’en était rendu compte lorsque nous avions lancé une première révision du PLU en 2004. Quand on parlait du reste de la ville, il y avait un peu plus de participants aux enquêtes publiques, mais pour l’île, il y avait surtout les deux associations Boulogne Environnement et AEBB, et deux-trois associations partielles. Jamais nous n’avons réussi à intéresser le reste de la population de Boulogne Billancourt à l’Ile Seguin.
Alors pourquoi ? sans doute parce que c’est loin du centre ville, parce que les gens ne passent devant l’Ile Seguin que pour prendre le pont de Sèvres ou le Pont de St Cloud, ils ont l’impression que cela ne va pas les toucher dans leur vie quotidienne et du coup ils s’y intéressent peu. Il faut savoir que la moitié des habitants de Boulogne Billancourt n’y travaillent pas. Ils partent le matin et y reviennent le soir, ils ne savent pas très bien non plus ce qui se passe dans la ville, et du coup ils s’en désintéressent.

e-bb : Quelle concertation souhaitez-vous dans ce cadre ?

D. P. : Eh bien justement nous, sous le précédent mandat, ce que nous avions mis en place pour l’aménagement des terrains Renault, c’est que nous en avions parlé à chaque réunion de quartier et pas uniquement à la réunion du quartier désormais dit « Billancourt-Rives de Seine. »
A l’époque, nous organisions une réunion de quartier annuelle par quartier et chaque année, un des sujets à l’ordre du jour était l’aménagement des terrains Renault pour impliquer l’ensemble de la population dans ce projet.
Le Maire actuel limite la concertation à l’enquête publique. La concertation que je souhaiterais consisterait à venir à la population au lieu de laisser la population venir à nous. Parce que la population ne viendra pas, parce que lorsqu’elle rentre le soir, elle a autre chose à faire avec le travail et la maison.

e-bb : A présent que l’usine a été rasée, qu’est-ce qui fait de l’île Seguin ce territoire extraordinaire qui fait qu’on bloque 20 ans sur un projet d’aménagement de 11 hectares, quand les 60 hectares du Trapèze ne posent pas de problème ?

D. P. : Ce qui pose la spécificité de l’Ile Seguin, c’est son imaginaire. Quand j’ai été élue en 1995, il y avait déjà eu 10 années de consultation architecturale sur l’Ile Seguin. D’ailleurs Renault possède une salle entière consacrée à ces maquettes. A l’époque c’était la maquette Renzo Piano, la maquette de Paul Chemetov, la maquette de Robert Reichen. Parce que c’est une île, l’île nourrit l’imaginaire des architectes. Et comme les architectes sont de très grands relais d’opinion, on a laissé entendre que l’aménagement de l’Ile Seguin était quelque chose d’exceptionnel.
En fait l’aménagement de l’Ile Seguin, ce n’est pas forcément exceptionnel ; ce qui est exceptionnel c’est que c’était une Ile habitée par une usine. Le vrai visionnaire de l’Ile Seguin était Louis Renault, qui a imaginé de construire des voitures, des 4cv, sur une île, des voitures qui partaient ensuite par barges alimenter la France et l’Afrique du Nord. Ce n’est pas aujourd’hui, alors que c’est un terrain vague de 11 hectares, qu’elle est extraordinaire. Elle est extraordinaire par sa vue mais pas vraiment par sa spécificité.

e-bb : Le projet de Jean Nouvel suscite des commentaires relativement opposés, pourquoi à votre avis ?

La maquette du projet actuel de l'île Seguin - CR SAEM Rives de Seine

D. P. : Parce que personne n’ose vraiment s’attaquer à Jean Nouvel. En fait Jean Nouvel c’est la très grande conscience architecturale. Dire que l’on désapprouve le projet de Jean Nouvel, de même que l’on désapprouve le fait que son opéra à Lyon se casse la figure, et que sa cité à Nîmes est inhabitable, ce n’est pas politiquement correct. Et c’est pour cela que les gens hésitent entre attaquer frontalement Jean Nouvel, sachant qu’ils vont être traités de rétrogrades, et le fait que le projet qu’il présente n’est pas adapté à l’Ile Seguin.

e-bb : Est-ce la raison pour laquelle le Maire, lors d’un récent conseil municipal a dit que Jean Nouvel avait reçu l’équivalent du prix Nobel d’architecture ?

D. P. : Oui, c’est vrai que Jean Nouvel a reçu le prix Pritzker, le prix Nobel d’architecture, mais ce n’est pas pour ça que cela en fait un bon projet pour l’Ile Seguin.

e-bb : Sa faisabilité en termes de financement et de délai est-elle réaliste ?

D. P. : En fait, le Maire ne nous a jamais vraiment parlé de délai ni d’ailleurs de financement. Ce que je sais c’est qu’en l’état actuel des choses rien ne débutera avant 2014.

e-bb : Pourquoi si la révision du PADD et du PLU sont adoptés au printemps prochain, dites-vous que rien ne sera construit sur l’Ile Seguin avant 2014 ?

D. P. : Parce que la moindre étude d’un permis de construire c’est un an avec une délivrance, le délai de recours 6 mois et ensuite 2 ans et demi de construction. Donc quand je dis 2014, je suis vraiment très très gentille. Ce n’est vraisemblablement pas avant 2015, si aucun recours n’est déposé contre le PLU.
C’est là où je ne comprends pas le Maire actuel : lorsqu’il a été élu en 2008, il aurait pu continuer notre projet. Nous avions délivré des permis de construire dont le délai de recours avait expiré. 2008 plus 3 ans, cela fait 2011 : aujourd’hui il serait en train d’inaugurer. Sa décision est inexplicable.

e-bb : Vous nous dites qu’en 2008, six permis de construire avaient été délivrés et étaient devenus définitifs. Qu’est-ce que cela signifie ?

D. P. : Cela signifie que si le Maire était arrivé en disant « Je n’ai pas été élu pour ce projet mais finalement je vais laisser faire  », aujourd’hui nous aurions l’Université américaine avec 1.200 étudiants, nous aurions une salle de musique de 3.000 m², nous aurions un hôtel, l’Institut du Cancer, nous aurions le musée des enfants et nous aurions la résidence pour chercheurs et artistes.

e-bb : Vous redoutez une île fermée, alors que Gauthier Mougin insiste sur son caractère ouvert et accessible. Comment expliquer cette divergence de point de vue ?

D. P. : Gauthier Mougin ne sait pas ce qu’est l’urbanisme, donc c’est normal. Pour que l’Ile soit ouverte, il faut que les gens aient des choses à y faire. Et si c’est des bureaux, et qu’il y a des gens qui y travaillent et pas vous, si vous avez un jardin couvert avec aucun équipement public pour emmener vos enfants, alors je ne vois pas pourquoi vous iriez sur l’Ile Seguin.

e-bb : Tous les groupes du conseil municipal ont salué le concept d’île durable. Qu’entendez-vous par « île durable » ?

D. P. : Quand nous avons mis en place le concept d’île durable, on entendait notamment par là une île où l’accès aux voitures serait particulièrement limité et qui serait un modèle en termes de récupération d’eau. Le jardin que nous avions imaginé avec Michel Desvigne était auto-alimenté par son eau, les immeubles étaient à énergie négative, donc c’était une île qui pouvait fonctionner par elle-même. Mais le point fort, c’était l’idée d’une île sans voiture.

e-bb : Pour ma culture l’énergie négative, cela veut-il bien dire que le bâtiment produit plus d’énergie qu’il n’en a besoin ?

D. P. : Tout à fait. Cela étant, comme on ne va pas construire une station à côté, il recrache son énergie dans l’air ou est utilisable par d’autres bâtiments à double peau. Le spécialiste de cela était Jacques Ferrier.

e-bb : Le caractère durable voulu ne risque-t-il pas d’être mis à mal par les désidérata des uns et des autres notamment par les parkings sur l’Ile Seguin, les navettes pour venir des différents parkings du Trapèze, des transports publics etc. ?

la circulation sur l'île Seguin version 2, par Flavie Solignac

D. P. : C’est évident et c’est là où réside une vraie contradiction du Maire actuel. Il nous explique qu’il veut faire une île durable mais il fait une île avec 4 tours de bureaux et il nous explique ensuite que les bureaux n’auront pas de parking. C’est juste incohérent et contradictoire. On ne peut pas construire de tours de bureaux sur l’Ile Seguin sans parkings, mais on ne peut pas aménager des parkings, compte-tenu de la spécificité de l’Ile qui a été une Ile construite. En fait, au départ, c’était une île naturelle bien évidemment mais ensuite elle a été reconstruite par un socle. Ce socle est indémolissable, c’est pour cela que Renault l’y a laissé. On ne peut pas installer de parking dans le socle de l’Ile Seguin.
C’est un concept irréalisable, mais évidemment le Maire ne le dit pas.

e-bb : Qu’est ce qui empêche dans le projet actuel de mettre des parkings en altitude ?

D. P. : Parce que c’est laid. Parce que ce n’est plus l’aménagement moderne. C’est faisable bien sûr. C’est ce qui a été fait pour le quartier du Pont de Sèvres. Le RDC et le 1er étage sont des parkings. C’est ce que j’appelle une croûte de parking qui descend jusqu’à la rue. Donc la vie ne descend pas jusqu’à la rue, c’est de l’urbanisme sur dalle, c’est nul. C’est faisable mais c’est nul.

e-bb : De la station de métro Pont de Sèvres jusqu’à la pointe de l’Ile Seguin, pour un piéton il faudra compter combien de temps ?

D. P. : L’île fait 1,5 kilomètre de long, moi je fais du 5 km/h, alors vous n’avez qu’à compter ! ! ! Cela doit faire ¼ d’heure si tout va bien. Cela étant on peut mettre en place des minibus électriques. Il faut reconnaître que ce n’est pas impossible. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons construit le pont Barani.

e-bb : De loin en loin revient la question du « lieu de mémoire des usines Renault » sur l’île : pouvez-vous nous en dire plus ?

D. P. : Dans le projet d’aménagement antérieur – je suis désolée de me retourner toujours sur le passé -, l’île était presque essentiellement tournée vers les équipements publics.
L’un d’eux était le lieu de mémoire des usines Renault, qui aurait été en fait une sorte de double site, musée et lieu de mémoire à la fois, dédié à l’histoire industrielle automobile mais aussi à l’immigration venue d’Afrique du Nord qui a participé à cette histoire et à l’histoire de Boulogne Billancourt. Il devait occuper environ 3.000 m², à l’arrivée du Pont Daydé.
C’était décidé. On allait lancer le concours d’architecture.

e-bb : Autre question récurrente, celle du manque d’équipements publics sur les terrains Renault (Ile et trapèze). Au cours des conseils municipaux d’octobre et de novembre, le Maire a expliqué qu’il ne pouvait en construire compte tenu d’engagements pris en 2003. Qu’en est-il exactement ?

Un terrain de football occupe environ 7 200 m² - CR eag-tv.com

D. P. : Pour une fois, je dois reconnaître que le Maire n’a pas totalement tort.
En 2003, c’est même avant en fait dès 2001, il y a eu un accord tripartite entre la Ville, l’Etat et Renault. Le Préfet de la Région Ile de France a fait ce qu’on appelle un « porté à connaissance » en indiquant quel était le cadre bâti à ne pas dépasser pour l’aménagement des terrains Renault. D’après mes souvenirs, c’était 925.000 m², ou peut-être un million de m².
A l’intérieur de ce porté à connaissance de l’Etat, Renault et la Ville se sont mises d’accord sur un nombre moindre de m² à construire : 825.000 m², avec la moitié de bureaux et la moitié de logements dont 30 % de logements sociaux. Dans ce cadre, il y a eu un accord sur des équipements publics : des équipements scolaires (3 écoles, 1 collège, 1 lycée), ce qui est devenu la médiathèque de quartier, des crèches et 3 gymnases, mais aucun équipement sportif d’ampleur. Il n’y a pas eu non plus d’accord pour un équipement culturel de grande ampleur, parce qu’à l’époque, on attendait la Fondation Pinault. La Fondation Pinault est partie, mais évidemment l’accord sur les 825.000 m² était passé.
Ce que je regrette personnellement, c’est qu’il n’y ait pas eu plus de place faite pour un équipement sportif « de plein air ». Il y a des gymnases et des gymnases adossés à des équipements scolaires, c’est-à-dire ni club de tennis, ni terrain de football ou de rugby. Ces équipements de plein air, assez « dévoreurs d’espace, » auraient évidemment diminué la constructibilité totale du projet, alors que Renault « donnait » déjà 50 % de ses terrains, réservés pour les emprises des voies publiques et le parc.
A l’époque, ce qui a arrêté la municipalité, c’était l’impact financier. Je l’ai toujours regretté : Renault n’aurait sans doute pas « donné » plus de la moitié de ses terrains. Mais nous aurions peut-être pu quand même essayer d’aller plus loin et dire à Renault qu’au lieu de construire 825.000 m², on en construirait 750.000 m². Les promoteurs réunis au sein du consortium DBS participaient au financement du projet en versant une redevance par m² de bureau, logement, équipement construit. Donc moins il y avait de m² construits, moins DBS finançait ; mais il y aurait eu aussi moins besoin d’équipement publics : si vous construisez 300.000 m² de logements au lieu de 400.000, vous avez besoin d’une école de moins. Donc on voit que peut-être on aurait pu faire un peu autrement.

e-bb : Vous avez parlé de la Fondation Pinault, quelle est la raison réelle pour laquelle Monsieur Pinault n’a pas attendu de pouvoir construire son bâtiment ?

D. P. : En fait on aurait dû l’inaugurer en 2007, donc vous imaginez ! Il décide de partir le 8 mai 2005, d’après mes souvenirs.

e-bb : Pour quelle raison ?

Robert Rauschenberg, l'un des artistes collectionnés par Pinault - CR De Vorzon Gallery

D. P. : Je pense qu’il y a eu 2 raisons. Plus exactement la Ville lui a fourni une raison et il avait sa propre raison.
La Fondation Pinault devait faire 50.000 m² et 45 mètres de haut, donc ce n’était pas totalement neutre. Je pense que certaines personnes lui ont dit qu’en fait, 50.000 m², c’était beaucoup trop pour abriter une collection d’art contemporain, même la sienne, et qu’elle risquait de s’y perdre. Il s’en est malheureusement rendu compte un peu tard.
Deuxièmement on était à l’époque des périodes noires sur les fondations et il a pris conscience que, s’il créait une fondation de droit français, il ne pourrait plus vendre certaines de ses œuvres. Au musée d’Art Moderne de la ville de New York par exemple, dans le grand hall d’entrée, vous avez un magnifique Rauschenberg qui a été acheté 10 millions de dollars à François Pinault. Toute la vocation de François Pinault c’est de découvrir Jeff Koons, de le faire monter, de vendre Jeff Koons quant il est au plus haut, de racheter un autre artiste, de le faire découvrir, de le faire monter et de le vendre. Dans une Fondation de droit français, ce n’était plus possible. Donc là on va dire qu’il y avait une raison vraiment culturelle.
Ensuite il y a la raison financière. A l’époque, je vous rappelle qu’on était au milieu de l’affaire Executive Life. Construire ce bâtiment qui coûtait à peu près 100 millions d’euros avec un coût de fonctionnement qui n’était pas totalement neutre non plus, il a dû y réfléchir. En décembre 2004, Jean-Jacques Aillagon lui a présenté l’occasion du Palais Grassi à Venise. Il m’en avait lui-même parlé et c’est vrai qu’à l’époque j’avais rigolé et dit à Jean-Jacques Aillagon : « Mais cela n’a rien à voir ! Le Palais Grassi c’est 2.000 m² et la Fondation Pinault c’est 50.000 m². » Il m’avait répondu « Vous verrez bien« . C’était 4 mois avant que François Pinault parte. Finalement il est très heureux aujourd’hui entre le Palais Grassi et la Laguna. La Fondation Pinault à Venise occupe 8.000 m² en tout et, à l’époque, nous parlions de 50.000 m².
Enfin nous, bien malgré nous, lui avons fourni le prétexte. Le plan local d’urbanisme adopté l’été 2004, attaqué en décembre 2004 par un actuel conseiller municipal de Monsieur Baguet, Raphaël Labrunye, et par AEBB, une association à l’époque proche de Monsieur Baguet. L’accord de désistement a beaucoup tardé puisque nous ne l’avons obtenu qu’en avril 2005. Cela a donné l’occasion à Monsieur Pinault de partir.

Le financement et la gouvernance

e-bb : Vous attendez-vous à des recours sur le projet actuel et si ou venant de qui et sur quels sujets ?

D. P. : C’est difficile à dire : peut-être que Raphaël Labrunye et Béatrice Belliard feront des émules, peut-être certains suivront-ils le modèle de l’association de Madame Belliard qui s’appelait « Vivre à Boulogne Billancourt » et qui avait attaqué le PLU en 2004 ? Tout le monde oublie tout cela. On va voir. Peut-être que les associations d’environnement de Boulogne et/ou une association de riverains du Trapèze vont attaquer le nouveau PLU.

e-bb  : Comment fonctionne le fonds de concours versé par GPSO à la ville de Boulogne Billancourt ?

D. P. : Je ne sais pas. Mais je vais me renseigner et vous communiquerai ma réponse ultérieurement.

e-bb : Comment est composé aujourd’hui le conseil d’administration de la SAEM ? Toutes les parties-prenantes du projet siègent-elles à la SAEM ?

D. P. : Ce qui est assez choquant dans le conseil d’administration de la SAEM c’est qu’il n’y a que des représentants de l’actuelle majorité de Boulogne Billancourt , 1 ou 2 élus de la Communauté d’agglomération GPSO et du conseil général, 2 administrateurs indépendants, et des représentants de Dexia et de la Caisse d’Epargne. Alors que, sous le précédent mandat, Pierre Gaborit, leader de l’opposition de gauche au conseil municipal, y siégeait. Aujourd’hui, il n’y a aucun représentant de l’opposition au conseil d’administration de la SAEM.
Et aucun représentant de l’opposition ne participe aux jurys du choix des architectes alors que sous le mandat précédent Marie-Hélène Vouette en faisait partie. Quand nous étions aux affaires il y avait un représentant de l’opposition dans tous les choix de projets d’architecture.

e-bb : Quel serait l’intérêt de disposer d’une telle représentation ?

D. P. : Le contrôle, le choix, la possibilité de s’opposer à des projets même si l’on ne dispose que d’une voix minoritaire. En l’occurrence, cela ne serait pas la gauche avec le groupe @lternance qui aurait le siège, mais le groupe Unis pour Boulogne Billancourt qui a, je vous le rappelle, presque deux fois plus de représentants que la gauche au conseil municipal.

e-bb : Toutes les parties prenantes du projet, siègent-elles à la SAEM ?

D. P. : Il y a la Ville de Boulogne, GPSO, les représentants du Conseil Général et les banquiers. Je ne crois pas qu’il y ait de représentants de l’Etat, alors que Monsieur Baguet n’arrête pas de dire qu’il y en a. Sauf à considérer que la Caisse des Dépôts et Consignations, actionnaire à hauteur de 15 %, est un représentant de l’Etat, ce qui n’est quand même pas exactement la même chose.

e-bb : A combien s’élève l’investissement, direct et indirect, de la Ville pour l’aménagement de l’île ?

D. P. : Il n’arrête pas de changer, je me renseigne et vous communiquerai la réponse ultérieurement.

e-bb : D’après vous, dans quelles conditions et comment la ville de Boulogne Billancourt retrouvera-t-elle les fonds qu’elle a engagés via la SAEM et dont elle continue de payer les intérêts ?

D. P. : C’est impossible de répondre tant que nous n’avons pas de vision sur le projet puisqu’on ne sait pas s’il va y avoir des visiteurs publics, on ne sait quelles vont être les rentrées, on ne sait pas quel est le montage financier. En tout cas moi je ne sais pas. Et le projet n’est pas vraiment arrêté.

L’intégration de l’île dans son environnement

e-bb : A combien évaluez-vous le nombre de visiteurs moyen par jour sur l’île Seguin toutes activités confondues ?

D. P. : C’est impossible de répondre aujourd’hui, là encore parce que je n’ai aucune idée des équipements qui vont s’installer sur l’Ile Seguin. Pour notre projet, je pouvais répondre. La fondation Pinault visait 100.000 visiteurs par an, le musée des enfants 50.000 visites par an, la salle de musique 100 jeunes par jour en semaine et 1.000 jeunes le WE. Pour les étudiants, on savait qu’ils seraient 1.200. La résidence des artistes et des chercheurs, environ 100 personnes. Aujourd’hui personne n’est capable de dire qui va aller sur l’Ile et pour y faire quoi.

e-bb : Comment envisagez-vous le partage des tours entre activités privées et accès public aux terrasses ?

Les toits-terrasses devraient être en grande partie accessibles au public - CR Ateliers Jean Nouvel

D. P. : Je pense qu’il n’y aura jamais d’accès public aux terrasses. Si le Maire arrive effectivement à convaincre de la construction de bureaux sans parking, ce que je ne crois pas, alors il n’y aura aucun accès public. Je vous rappelle la polémique pendant la campagne municipale où on nous accusait de vouloir faire construire sur l’Ile des bureaux alors qu’il n’y avait qu’un immeuble de bureaux avec l’Institut du Cancer, tout le reste de l’île étant ouvert aux visiteurs.
Aujourd’hui, on prévoit 4 tours de bureaux, avec à mon avis zéro visiteur. Le désintérêt des Boulonnais pour l’Ile sera encore pire qu’avant.

e-bb : L’accès à l’île est une question récurrente, indépendante d’ailleurs du projet. Pour que l’île vive, cette question de l’accès et des transports doit être résolue, quelles sont vos propositions ?

D. P. : Aujourd’hui, ce n’est même plus une de mes propositions. Cela fait partie de l’accord sur le Grand Paris. Il n’y aura pas évidemment pas de station de métro sur l’Ile Seguin. Je l’avais déjà dit lors du conseil municipal du mois d’octobre.
Nous, nous avions un projet de tramway en site propre qui venait de Meudon et permettait donc de relier le T2 au métro Marcel Sembat. Ce projet, je sais que le Maire actuel l’a laissé tomber. Je suppose qu’il le remplacera par des minibus électriques, mais cela n’aura pas la même vocation de maillage avec les transports en commun existants.

e-bb : Au-delà de l’île Seguin, c’est l’aménagement de l’ensemble des terrains Renault, et sa concordance avec le reste de Boulogne Billancourt qui est en jeu. Jean Nouvel explique que l’aménagement de quartiers de plusieurs hectares est un problème qui se pose dans le monde entier, et qui n’a pas encore trouvé de solution satisfaisante.
Comment le projet Nouvel s’intègre t-il dans l’urbanisme d’ensemble ? Comment comprenez-vous sa notion de « ville dans la ville » ? Est-ce cohérent et quels équipements publics selon vous sont nécessaires sur l’Ile Seguin ?

la vue actuelle depuis la rive boulonnaise de la Seine, face à l'île Seguin

D. P. : Justement le concept de ville dans la ville n’est pas cohérent.
En fait je sais bien ce que veut faire Jean Nouvel. Il veut faire de l’Ile Seguin un morceau de ville comme les autres. Cela fait partie des projets que l’on trouve dans les cartons de Renault depuis 1989. Tous les architectes ont voulu mettre sur l’Ile Seguin des bureaux, des logements, des écoles, et des crèches en disant c’est une ville comme une autre. Sauf que ce n’est pas vraiment une ville comme une autre, d’abord parce que de l’autre côté n’avez pas de vie, vous avez la ligne du T2 puis après la forêt. Ce n’est pas comme dans l’îIe Saint Louis avec la ville de Paris de part et d’autre. D’autre part, à partir du moment où on fait des logements, il faut effectivement prévoir des équipements publics. Cela me semble tout à fait irréaliste sur l’Ile Seguin. D’ailleurs l’un des projets du maire actuel que je combats le plus, c’est de déménager le conservatoire sur l’île Seguin.
Moi je suis pour faire des équipements publics à proximité de là où les gens habitent, et pour faire de l’Ile Seguin ce qu’on a fait à Baltimore ou à San Francisco, c’est-à-dire un lieu d’équipements publics extraordinaires et non pas une école et une crèche. C’est pour cela que j’ai toujours plaidé pour que sur l’île Seguin il y ait ce musée des enfants, cette salle de musique, la galerie d’art contemporain, une université etc.… et non pas de la vie quotidienne. Il fallait que les gens aient envie de venir sur l’île Seguin alors qu’il n’y a pas de métro, alors que c’est un peu loin.
Je pense donc que le concept de Jean Nouvel, qui reprend un certain nombre d’idées de ses prédécesseurs, de faire un morceau de ville, n’est pas cohérent avec la spécificité de l’île.

e-bb : Comment voyez-vous l’articulation de ces nouveaux quartiers avec la ville actuelle. Que faudrait-il envisager ?

D. P. : Je m’y promène beaucoup dans ces nouveaux quartiers, je regarde les immeubles pousser. Je trouve que la greffe a assez bien pris. Certes il y a encore des rues en chantier. Je trouve que le cours de l’Ile Seguin avec son parking au bout, ses contres allées, sa piste cyclable, se relie assez bien à l’avenue Emile Zola. Bien sûr le métro n’est pas là, mais les stations Billancourt et Pont de Sèvres ne sont pas très loin, et de l’autre côté il est à Marcel Sembat. Certes il n’y a pas de métro sur le quai proprement dit, mais je pense que cela va fonctionner. La greffe prend bien.
La vraie question, c’est celle de l’Ile. Je trouve que les terrains actuels sont relativement bien pourvus en équipements de proximité : vous avez la médiathèque, des salles d’association, des gymnases, des écoles. Ce qui manque, c’est un terrain de sport qui aurait profité au reste de la ville.

e-bb : Au delà de l’ile Seguin, vous étiez adjointe à l’urbanisme lorsque l’aménagement du trapèze a été lancé. Reste-t-il encore sur le trapèze des zones à l’aménagement non défini ? Comment expliquez-vous l’absence d’équipements sportifs et culturels dans ce nouveau quartier de 15.000 habitants ?

D. P. : D’abord, il reste à aménager toute la partie du trapèze est.
On l’a évoqué plus haut, il n’y a pas d’équipements culturels, parce qu’à l’époque, lorsqu’on a fait le plan d’aménagement, il y avait la fondation Pinault qui en plus devait entraîner la venue d’un certain nombre de galeries d’art contemporain, qui auraient créé sur le trapèze et sur l’île un projet commun. C’est pourquoi nous avions prévu la construction d’une résidence pour chercheurs et artistes, dont le permis de construire était devenu définitif
Au tout début, on avait un projet de grand équipement sportif sur le Pont de Sèvres, au-dessus de la station de métro, au-dessus de la place. Le projet ne s’est pas fait, parce que nous voulions un gestionnaire et parce que ce n’est pas la ville qui va commencer à gérer un zénith sportif ou un POPB. A l’époque on n’a pas trouvé, ou pas suffisamment cherché.
Je ne suis pas favorable à des grands équipements. Pierre-Christophe Baguet veut faire un grand Zénith sur l’Ile Seguin. Moi je trouve que notre projet de salle de musique de 3.000 m2 à destination des petits orchestres de jeunes était beaucoup plus adapté à une ville comme Boulogne Billancourt. Je regrette cependant que nous n’ayons pas réalisé plus d’équipements sportifs de proximité.

e-bb : Pour vous personnellement et le groupe que vous représentez, quel est l’élément le plus important qui doit être pris en compte sur le projet de l’Ile Seguin ?

D. P. : Le plus important pour l’Ile Seguin c’est de la traiter en exception et non pas d’en faire absolument un quartier comme un autre. Et je regrette beaucoup effectivement qu’on ait renoncé à l’Université américaine. Cela aurait apporté des habitants nouveaux, un public nouveau, qui aurait tranché avec le reste de l’aménagement.
Je pense que le nouveau Maire fait complètement fausse route : un jardin sous verre, des tours de bureaux c’est exactement ce qu’il ne fallait pas faire.