Par délibération du conseil municipal extraordinaire du 21 novembre, la consultation pour l’aménagement de l’île Seguin a commencé ce samedi 26 novembre et durera jusqu’au 16 décembre. Retour sur les enjeux et les positions.

Comme annoncé la semaine précédente par le maire, les élus de Boulogne-Billancourt ont connu mercredi soir une série de réunions au pas de charge. Au Conseil de GPSO consacré à Paris-Métropole, à 18h30, a succédé à 20h30 l’audition à huis-clos par le Conseil municipal de Jean Nouvel, venu présenter ses trois projets d’aménagement pour l’Ile Seguin. A 21h30 enfin débuta le Conseil municipal extraordinaire par lequel les mêmes élus examinaient le projet de délibération sur la consultation des Boulonnais sur ces mêmes projets.
On s’en doute, cela occasionna un sacré chassé-croisé, entre le départ des élus communautaires, l’arrivée (par derrière) de Jean Nouvel, celle des élus boulonnais, la manifestation des opposants aux tours sur le parvis… Pour faire patienter les curieux jusqu’à l’heure du CM extraordinaire, la mairie avait dressé un petit buffet au pied des marches. Nous avons mis cet intervalle à profit pour interroger les visiteurs sur leurs visions et motivations.

Les attentes des visiteurs
Depuis 18h30, EELV, Val de Seine Vert et le collectif Vue sur l’île Seguin, manifestaient leur mécontentement sur le parvis. Les participants, équipés d’une banderole et d’un mégaphone, rivalisaient d’imagination dans leurs slogans : « Pas d’Nouvel, bonne nouvelle !, » « Non aux tours !,« , « PLU attaqué, la justice doit trancher !, » « Vive le projet Sarkozy !« *

Les derniers manifestants, vers 20h45

Pour Sébastien Scognamiglio, responsable local d’EELV, rien ne convient, ni les modalités de la consultation, ni son contenu : « Le mode de consultation ne nous convient absolument pas ; au minimum, nous aurions souhaité pouvoir approuver – ou réprouver – chacun des trois projets indépendamment, au lieu d’avoir à faire un choix entre les trois, sans recours possible au vote blanc. Au maximum, la consultation aurait pu s’étendre à d’autres projets, tels ceux des associations » explique-t-il. Quant aux projets eux-mêmes, aucun ne convient à EELV : « On ne veut pas d’architecture sur l’île Seguin, si Boulogne-Billancourt n’a pas les moyens d’aménager une île verte, elle peut se tourner vers l’État ou bien faire appel aux impôts des Boulonnais » juge-t-il.
Yves Roa, l’un des animateurs du collectif Vue sur l’île Seguin, qui manifeste derrière la même banderole, se bat sur un autre terrain, judiciaire celui-là. « Le Collectif a déposé son propre recours, avec son propre avocat, contre le PLU simplifié » raconte-t-il. « Nous avons saisi le tribunal en novembre 2011, la Ville a produit un mémoire en défense en août 2012 auquel nous sommes en train de répondre. Notre principal argument a trait à l’impact de cet aménagement sur l’environnement : le projet Nouvel, quel qu’il soit, avec sa densité, ses hauteurs, sa circulation, aura des conséquences sur le voisinage, ce qui aurait justifié une révision générale du PLU. Mais une révision générale implique la consultation des communes avoisinantes, hostiles au projet. Voilà pourquoi la mairie a opté pour un PLU simplifié » estime-t-il. Monsieur Roa, dont la célèbre demeure, Les Érables, domine l’île, conteste également la consultation sur la forme (un calendrier trop court, trois modalités de vote différentes) et sur le fond (aucun des trois projets ne lui convient). Il souhaite un retour au PLU de 2006, qui limitait la constructibilité de l’île à 175 000m².

"Le projet 1", connu depuis le CRACL de février

De son côté, Julien Dufour, responsable FN, était très remonté et dressait un véritable réquisitoire contre les responsables locaux : « C’est un véritable déni de démocratie, on a le choix entre Jean Nouvel, Jean Nouvel ou Jean Nouvel, du béton moche, du béton moche ou du béton moche, et sans vote blanc ! » s’insurge-t-il. Lui qui rappelle avoir appartenu à AEBB du temps du premier PLU témoigne : « Nous avons deux factions à droite qui se neutralisent depuis 30 ans. Pour l’île Seguin, Baguet a anéanti le projet de Fourcade, et aujourd’hui c’est son projet qui est anéanti par le Conseil Général, puisque Devedjian a bloqué la possibilité d’une cinquième tour. Et comme par hasard, Solère est vice-président du Conseil Général… » interprète-t-il, avant de souligner que « le compteur tourne » et qu’à « aucun moment les Boulonnais n’ont été consultés. » Renvoyant dos à dos le maire et le député – « Baguet et Solère sont congénitaux » – il dénonce la responsabilité collective du conseil municipal et préconise d’attendre les élections de 2014 pour la tenue d’un véritable référendum sur le projet.
Plus mesuré, Jean-Louis Tourlière, le président de Boulogne Environnement explique sa présence par sa quête d’information : « Boulogne Environnement est une association agréée, membre de la commission ad hoc Seguin Rives-de-Seine qui ne s’est pourtant pas réunie sur le sujet. La SAEM aurait dû la convoquer, ne serait-ce que par courtoisie » explique-t-il. A présent, il est là pour recueillir toutes les informations sur l’objet et les modalités de la consultation, et préparera sa réaction en conséquence. « Nous ferons en sorte que les Boulonnais aient toutes les informations pour se décider en connaissance de cause » promet-il.
On croise enfin un conseiller communautaire de Meudon qui s’éclipse par le parvis et confie : « On aurait bien aimé rester pour l’audition de Nouvel, car nous sommes intéressés, mais ça n’a pas été possible. »

*Alors président de la République, en 2008, Nicolas Sarkozy avait laissé rêver Georges-Marc Benamou à une île aménagée en jardin de sculptures monumentales, ndlr.

La teneur de la délibération

Plan-masse des trois projets, 1 à 3 de haut en bas

Lorsque les visiteurs ont été autorisés à entrer dans la salle, la délibération était en train d’être présentée aux élus.
Les projets
Les Boulonnais sont donc appelés à choisir entre trois projets d’aménagement de l’île :
– Le « projet 1 » à 310 000m² construits, comportant 4 tours et un jardin public de 13 300 m² en longueur
– Le « projet 2 » à 255 000m² construits, avec une seule tour et un jardin public de 12 000 m² en longueur
– Le « projet 3 » à 232 000m² construits, sans tour et un jardin public de 6 200 m² en longueur
Les tours n’excéderont pas 110m de haut, la hauteur moyenne plafonnera à 18m, les immeubles comporteront dans tous les cas des terrasses privées plantées (sur le modèle de la Tour Horizon ?), et le jardin, quelle que soit sa longueur, ne fera pas plus de 35 mètres de large. Ce jardin est d’ailleurs le grand sacrifié des nouveaux projets, puisqu’il devait à l’origine mesurer 45 000m². Michel Desvigne est-il toujours en charge de son aménagement ? Le reste des mètres carrés se ventilera entre culture (R4, cirque, cinémas, CUBE), commerces (entre 10 000 et 14 000 m², soit encore moins que le CC des Passages, l’un des plus petits de France), bureaux (selon le nombre de tours, de 94 000 à 137 000 m²), hébergement temporaire (hôtel, résidences pour chercheurs et artistes plus ou moins attachées aux activités culturelles) et, nouveauté, 4 500m² de surface sportive (soit 4 terrains de hand ou 6 terrains de basket).
La consultation
Les Boulonnais vont tous recevoir dans les prochains jours un document présentant les projets, base de réflexion pour leur vote. Celui-ci pourra prendre trois formes :
– Le vote par correspondance ;
– Le vote électronique à partir de samedi 26 novembre 2012 à 10h
– Le vote par machine à voter dans un bureau de vote, le 16 décembre prochain. Pour cette option, la ville va ouvrir 16 points de vote (et non bureaux), ce qui est à peu près conforme au nombre habituel en cas de vote.
Les votants n’auront que la possibilité de choisir entre les trois projets, il n’est pas possible de voter blanc, de voter pour une autre option, ou de voter contre les projets présentés.
Après que le maire a présenté le projet de délibération, Marie-Hélène Vouette (@lternance) a demandé une suspension de séance de 10 minutes afin de se concerter avec les élus de son groupe. Elle a également exigé que tous les élus se voient communiquer en séance, avant le vote, le document destiné aux Boulonnais, avertissant que dans le cas contraire, son groupe voterait contre. Le faux suspense était engagé.

A suivre : la réaction des élus.