L’orchestre des Hauts de Seine Insula Orchestra vient de faire paraître en triple CD l’opéra de Gluck, Orfeo ed Euridice. Une remarquable version, avec le contreténor Franco Fagioli dans le rôle titre.

C’était un des attendus de la rentrée. Depuis hier, Orfeo ed Euridice, le célèbre opéra de C. W. Gluck, est paru dans une interprétation de l’Insula Orchestra chez Deutsche Gramophon.
Les chanceux avaient pu découvrir la beauté de cette version lors d’un concert au Carré Belle-Feuille en novembre 2013, où l’orchestre est en résidence en attendant l’ouverture de la cité musicale sur l’île Seguin. La salle comble avait alors fait un triomphe aux interprètes, les trois solistes, Franco Fagioli (Orfeo), Malin Hartelius (Euridice) et Emmanuelle de Negri (L’Amour), l’orchestre et le chœur Accentus, fondés et dirigés par Laurence Equilbey.

Une version optimiste

Un triple CD pour l'opéra de Gluck

Un triple CD pour l’opéra de Gluck

En 1762, Gluck s’était associé au librettiste Rainero de Calzabigi pour composer une version optimiste du célèbre mythe, bien à l’image de l’époque.
Orfeo, après avoir perdu Euridice, est incité par l’Amour à aller la chercher aux Enfers. Il parvient par son chant à émouvoir ce peuple d’ombres, qui lui rend Euridice à condition qu’il ne se retourne pas vers elle tant qu’ils n’auront pas rejoint le monde des vivants. Sur le chemin, Euridice se lamente de ce qu’elle prend pour de la froideur. Orfeo n’y tient plus, se retourne le temps de la voir disparaître de nouveau dans « le royaume funeste. » Le mythe tel qu’on le connaît raconte alors le désespoir d’Orfeo, et sa mort plus ou moins atroce après un long deuil bercé de chants élégiaques.
Mais l’esprit du temps n’est plus au drame. Calzabigi imagine alors une version en forme de happy end, qui exploite jusqu’au bout l’irrésistible pouvoir du chant d’Orphée : l’Amour lui-même, touché par ce chant, accomplit le miracle d’une seconde résurrection d’Eurydice, et rend les deux amants à la terre où ils célèbrent son triomphe. Comme il se doit, le livret d’Orfeo ed Euridice est en italien.
Le succès fut tel que, quelques années plus tard, Gluck se vit commander par Marie-Antoinette une version en français, dite « Version de Paris. »

Orfeo ed Euridice servi par un orchestre à sa mesure

Des versions de l’opéra ont fait date, telles celle avec la contralto Kathleen Ferrier en 1951. C’est dans cette grande tradition que s’inscrit ce nouvel opus, en tous points remarquable.

Franco Fagioli et Malin Hartelius dans Orfeo ed Euridice - CR Axel Coeuret

Franco Fagioli, Malin Hartelius et Emmanuelle de Negri dans Orfeo ed Euridice – CR Axel Coeuret

La virtuosité des solistes, la pureté de la voix de Fagioli, l’expressivité d’Emmanuelle de Negri, qui semble sourire en chantant, feront les délices des amateurs de grands airs. La formation de l’orchestre ajoute au charme de l’ensemble : Insula Orchestra joue sur des instruments d’époque, avec la vigueur et les nuances nécessaires à la production du plus beau son.
L’énergique chef d’orchestre Laurence Equilbey, qui est également la directrice artistique du chœur Accentus, possède cette partition serrée et si équilibrée, dont les thèmes se répondent d’un acte à l’autre avec des trésors de variations. L’air où Orfeo tente d’amadouer les ombres concentre toutes les qualités de cette interprétation, le soliste opposé au chœur, la harpe aux basses, jusqu’à ce que la prière aérienne, peu à peu, s’affirme en majeur et monte en puissance, tandis que le chœur funèbre s’atténue.
Le coffret de 3 CD nous offre le luxe d’écouter la version de Vienne en entier, mais également de goûter au florilège de la version de Paris.

Et comme la virtuosité n’exclut pas la fantaisie, Insula Orchestra et Accentus ont tourné, avec la complicité de Culture Box, une web-série pour lancer leur disque… C’est également grâce à Culture Box que l’on peut profiter d’une captation réalisée au Théâtre de Poissy.

Après le Requiem de Mozart en 2014, Orfeo ed Euridice installe l’Insula Orchestra – formé en 2012 avec le concours du Conseil Départemental et hébergé par la Ville de Boulogne – et le chœur Accentus dans le paysage de la grande musique classique. Ne manquez pas leur interprétation de la Petite messe solennelle de Rossini, le 9 février 2016 au Carré Belle-Feuille !