Vous avez sûrement croisé sa longue silhouette dans son grand manteau gris, avec, sous son feutre, un regard attentif qui pourtant ne voyait plus le présent mais continuait de scruter l’avenir.

Guidé par sa fine canne blanche, il arpentait Boulogne Billancourt à longues enjambées, pour susciter les questions et inviter à des réponses pour un monde meilleur.

Jean Lecerf et Jean Monnet

Ces réponses, il avait cru en trouver certaines, au siècle dernier, travaillant au plus près de Jean Monnet à l’inlassable quête de chaque pierre pour construire l’Union européenne. Né 6 mois avant l’armistice de 1918, il faisait partie de cette génération pour qui la guerre avait un sens, une couleur, une douleur familière, et pour qui l’impératif de paix en Europe était catégorique.

Voici quelques lignes empruntées au site qu’il avait monté dans sa 90ème année pour poursuivre le dialogue autour d’un monde qu’il sentait s’échapper.
« Ils luttaient les uns contre les autres ; mais cette lutte leur semblait à tous essentielle, même si, de discorde en conflits, en violences, en rancœurs, en haines, elles préparaient des guerres.
Il en allait de même pour ceux qui tenaient la guerre, celle qu’on fait ou celle qu’on prépare, comme une condition incontournable de la survie des peuples. A ces luttes, il fallait être prêt à tout sacrifier, même sa vie et celle des autres. Les héros étaient ceux qui tuaient le plus de gens. Impossible de faire autrement. Et de siècle en siècle, avec des armes de plus en plus ravageuses, cette évidence s’imposait. Le seul moyen d’avoir des intervalles paisibles était d’être le dominateur ou d’accepter la domination. L’histoire le prouvait.
Oui, mais justement, l’histoire récente, la nôtre, a prouvé le contraire.
Alors que la plupart des penseurs et des gens d’expérience le croyaient impossible, quelques visionnaires : Monnet, Schuman, Adenauer, de Gasperi, Spaak,… ont su concevoir, faire accepter, réaliser une union des peuples d’Europe les plus opposés, une union qui a consolidé la paix et attiré des pays de plus en plus nombreux.
Ne peut-il en aller de même en économie ? Des idées fausses ou à revoir ne sont-elles pas parmi les causes du désarroi de tant de jeunes qui n’arrivent pas à trouver l’emploi de leur compétence, a se loger, parmi celles des endettements monstrueux qui sont une menace qu’on ne sait pas maîtriser ?
Dans la chaleureuse préface qui ouvre les trois volumes de mon « Histoire de l’unité européenne » Jean Monnet me compte parmi ceux qui ont préparé les esprits à consentir aux concessions sans lesquelles l’Europe n’aurait pas pu naître.
N’est-il pas temps de chercher, de trouver les moyens de construire une économie paisible, où de saines concurrences, des débats constructifs, ne conduiraient plus à des affrontements dévastateurs ? »

Journaliste économique de formation, ce qui nourrit sa réflexion, Jean Lecerf n’a eu de cesse d’entretenir le contact avec le monde. D’une curiosité sans borne, depuis toujours, pour l’opinion des autres, il cherchait aussi des relais, de nouvelles forces qui partageraient et porteraient ces idées.
Ce souci de partage, cette recherche d’information et de concertation l’ont toujours guidé. Sur son site ECOPAIX, il avait ainsi lancé une consultation sur le sujet suivant : « Pouvons-nous bâtir ensemble une vie sociale moins conflictuelle, plus efficace, et plus juste ? »
Vous pouvez en lire ses développements, mais il souhaitait vos avis, vos contributions, les contributions de ceux qui vont voir la fin de ce nouveau siècle qu’il aura effleuré d’un coup de chapeau.

Respect et amitié.

Bibliographie
La percée de l’économie française, postface de Raymond Aron. Prix de l’académie des Sciences morales et politiques sur présentation de Jacques Rueff. Arthaud 1963.
Histoire de l’unité européenne, préface de Jean Monnet, Gallimard. Collection Idées :
1er volume : 1945-1965
2e volume : La Communauté en péril : 1965-1975
3e Volume : La Communauté face à la crise : 1975- 1981
L’or et les monnaies, histoire d’une crise (1960 – 1969), Gallimard, Collection Idées
Créer l’emploi, 1981, Editions du Hameau.
Chômage, croissance : Comment gagner ? L’Harmattan
Chrétien, pourquoi ? Lettre à nos petits enfants, préface de Mgr Favreau, Editions du Centurion.
Son dernier livre, paru en novembre 2010, s’adressait à ses arrière-petits-enfants, et ceux de leur génération, si éloignée de la sienne : L’Europe racontée à mes arrière-petits-enfants, Books on Demand Editions.

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