Alors que Mondap’Art prolonge Persona jusqu’au 15 novembre, et que Green Flowers investit la rue de Meudon, Exit Art et la Voz’Galerie organisaient jeudi dernier le vernissage de leurs nouvelles expositions, Joséphine et 100 % Djoroukhian.

Lorsque l’enfant paraît, quelle est la place du père ? Joséphine à la Voz’Galerie

Arno Brignon le soir du vernissage

Arno Brignon le soir du vernissage

Le projet Joséphine, mené par Arno Brignon depuis 2009, se définit en une phrase, avancée par le photographe ce soir-là : « Un amour à deux qu’il faut reconstruire à trois. »
Ce numéro trois qui devient prépondérant, c’est l’enfant, qui pousse le nouveau père à se décentrer pour mieux chercher et interroger sa place. Et c’est à travers la photographie qu’il pose sa question. « Les photos de famille sont en général très codifiées, explique-t-il. J’ai pris le parti du quotidien, avec les différentes émotions procurées par la vie de famille. » Sont alors exposées des photos voilées, filtrées, comme des évocations furtives dans des espaces familiers : en noir et blanc, le visage maternel dissimulé par un rideau, avec le nouveau-né à la fenêtre ; plus tard, une course-poursuite en robe de princesse dans un couloir d’hôtel ; en plongée, du lait répandu près de chaussures abandonnées – colère ou fuite après une bêtise ? – ; et puis ce portrait intrigant, de Joséphine auréolée de mousse, avec une expression hiératique qui la ferait presque passer pour une icône.

Arno Brignon a longtemps travaillé comme éducateur spécialisé, une profession qui a aiguisé sa curiosité pour l’autre, et lui a probablement appris à poser son regard, d’un point discret dont il fait le support de sa subjectivité. Dans son travail, en miroir, le regard de la petite fille, interrogatif ou déterminé, pas encore tout à fait conscient de ce qui se joue derrière cet objectif.

Joséphine #6 - CR A. Brignon

Joséphine #6 – CR A. Brignon

Métaphysique du bidon : Arthur Djoroukhian chez Exit Art contemporain

Florence Provost (à gauche) et Arthur Djoroukhian lors du vernissage

Florence Provost (à gauche) et Arthur Djoroukhian lors du vernissage

Pour Exit Art, Arthur Djoroukhian a créé une série spéciale de 10 toiles à la peinture à l’huile et acrylique. Dès la première salle le ton est donné, avec deux barils rouges, l’un horizontal et l’autre vertical, flanquant une spirale bleue débordante qui semble redistribuer les mouvements.
Ce baril, qui accompagne l’artiste depuis tant d’années, connaît de constantes métamorphoses, et atteint cette fois-ci une portée métaphysique : la spirale qui le dessine est-elle auto-suscitée ou en voie d’auto-destruction ? Et que sont les éclats de sa genèse ? Des fragments stellaires ou bien des synapses ? ou tout simplement « des fleurs » comme les titres le suggèrent (blossoms) ? Le bidon, viatique moderne, se dérobe aux réponses univoques. Sous le triple effet du mouvement, de la lumière et de la couleur, appliquée en touches précises et subtiles, on se laisse captiver par ces formes massives ou tourbillonnantes, rouges, bleu pétrole ou noires aux éclats de rouille et d’or. Ici, on inspecte la profondeur de la tôle qui se cambre et s’émousse. Là, on contemple la force mise en question d’un baril rongé à la base et translucide aux bords.
« Djoroukhian est un artiste qui va au bout des choses commente Florence Provost. Il a toujours été bon, mais il arrive à nous surprendre à chaque série ! »
A l’issue de l’exposition, un documentaire, Oil, d’Isabelle Darmengeat, présente au plus près le peintre au travail.

A travers l'exposition

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