Le 12 mai dernier, le conseil municipal a adopté le projet de destruction de l’école Billancourt, face au lycée Jacques Prévert. Cette décision suscite l’émoi, car on s’attendait plutôt à un projet de réhabilitation de ce groupe scolaire presque centenaire.
L’e-bb a demandé à Franck, parent d’élève à l’école, de nous expliquer la situation.

Le groupe scolaire Billancourt est situé entre la rue de Billancourt et la rue Gabriel et Charles-Voisin. Il est composé de plusieurs ensembles de bâtiments : l’école élémentaire Billancourt, l’école maternelle Gabriel et Charles-Voisin, le jardin d’éveil et un gymnase.

L’école élémentaire date de 1916. Elle a été construite entre 1914 et 1916, en pleine guerre. Conçue par l’architecte communal, Loiseau Gabriel, elle est inscrite à l’Inventaire général du patrimoine culturel depuis 1994.
L’école maternelle est de construction récente (moins de 30 ans).
Cependant, l’augmentation de la population a rapidement nécessité l’ouverture de nouvelles classes et un espace plus important pour la cour. Une partie de l’école Élémentaire a été reconvertie à cet usage, créant une symbiose entre la maternelle et l’élémentaire.

Les enfants nous racontent leurs courses éperdues dans la double cour de récréation, et tout ce que l’on peut y faire. Les batailles d’eau, jusqu’à ce que les surveillants interviennent, les matchs de foot dont chaque joueur est le héros, qui nécessitent de couper la cour en deux avec des bancs pour les supporters, le pas des portes des classes, qui servent de refuge à la récréation plus douce des petites filles sages, les plaques d’égout qu’on transforme en terrain de billes, les parties de Pokemon, balles au prisonnier, quatre coins et 1-2-3 soleil… au gré des modes et des saisons.

Les céramiques furent fournies par Gentil et Bourdet, artisans boulonnais

L’école élémentaire par son architecture et son histoire symbolise l’école républicaine, gratuite laïque et obligatoire, issue des lois Ferry. On retrouve ce modèle d’architecture scolaire dans bien d’autres villes : des briques et des pierres blanches sur lesquelles « RF » est gravé, des couloirs circulaires, de hautes fenêtres qui dispensent la lumière du jour sans distraire l’attention… Un détail particulier à l’école Billancourt : la mosaïque du fronton, réalisée par des ateliers boulonnais qui produisirent par la suite, outre des commandes privées, des céramiques pour l’Hôtel de Ville.

Après tant d’années de bons et loyaux services, une réhabilitation commençait à s’imposer.

Le jeudi 7 avril 2011, les représentants de la mairie ont exposé leur projet au corps enseignant et aux représentants des parents d’élèves :

  • La destruction du site : la réhabilitation est abandonnée au profit d’une destruction de l’ensemble du groupe scolaire, mis à part la façade et l’espace de restauration.
  • L’augmentation de la capacité d’accueil : la municipalité prévoit un passage de 16 à 18 classes pour l’élémentaire et de 9 à 10 classes pour la maternelle.
  • Une opération immobilière : une partie de la surface au sol sera vendue pour un usage d’habitation, par conséquent le groupe scolaire devra gagner en hauteur pour conserver une surface suffisante.
  • Le transfert des enfants durant le chantier : le groupe scolaire sera transféré pour toute la durée des travaux (2 ans) sur le site de l’ancien collège du Vieux Pont. Ce bâtiment est en état d’usage. Des travaux y seront effectués afin d’accueillir les enfants dans de bonnes conditions. Les classes CHAM disposeront des locaux nécessaires à l’enseignement musical.

Une école typique de la 3ème République et des lois Ferry

Plusieurs participants se sont étonnés de l’abandon du projet de réhabilitation sans concertation et se sont opposés au principe de vente d’une partie du terrain. En réponse, la municipalité a expliqué qu’une réhabilitation conforme aux règles du Grenelle 2 était plus coûteuse que la destruction de l’école. Quant à la vente du terrain, elle devrait permettre de financer une partie du programme.

A l’école depuis, le sentiment dominant chez les enseignants et les parents est l’incompréhension. Si nous sommes prêts à voir disparaître la partie adossée à l’école maternelle afin de faciliter la réhabilitation de l’ensemble, nous sommes opposés à la destruction de l’école et à la vente d’une partie du terrain. Selon nous, l’Education nationale Française s’inscrit dans une histoire et un service ; cette école, bâtie en pleine Grande Guerre, à un moment où l’Etat aurait pu penser à autre chose, est à la fois un élément du patrimoine culturel local et national, et un lieu de bien-être pour les enfants, tant dans les classes que dans la cour.
Nous sommes sensibles aux difficultés de la municipalité, mais est-ce que c’est bien sur l’espace des enfants que doit empiéter la ville d’aujourd’hui, presque un siècle plus tard ?
Nous espérons que la ville de Boulogne Billancourt aura à cœur de ne pas vendre une école à un promoteur, nous espérons que nos élus prendront conscience de l’importance du site, et que la réhabilitation de l’école, nécessaire, se fera dans le respect du lieu.

Franck

A la suite de la délibération du 12 mai, une pétition a été mise en ligne pour la réhabilitation de l’école, et contre sa destruction.

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