Ca y est ! C’est officiel ! Le doute n’est plus permis : Boulogne est B-R-A-N-C-H-E !

Avant, Boulogne était bourgeois, Billancourt était ouvrier et Boulogne-Billancourt était familial. Maintenant, Boulogne est branché.

Remarquez, les observateurs attentifs de la chose avaient senti le coup venir.

Depuis 2 ou 3 ans déjà, il suffisait de se promener sur le boulevard Jean-Jaurès pour constater que l’évolution capillaire de l’adolescent boulonnais était digne de « LoL », tandis que le goût opticien de son alter ego, l’adolescente boulonnaise, tendait fortement vers celui de Camelia Jordana. Ces signes ne trompent pas.

La branchitude n’avait pourtant pas attendu tout ceci pour frapper aux portes de Boulogne. En 2006, l’ouverture de la Blanchisserie, à la fois galerie d’art et cantine, constituait déjà une percée remarquée vers un monde plus « in ». Pour cause d’absence de cuisine, la partie restauration consistait principalement à servir des radis, du saucisson sec et des conserves de sardine. Cette caractéristique, combinée sans nul doute à la qualité des artistes attendus, avait permis au lieu de bénéficier d’un article dans « Elle ». Si ça, ce n’était pas un signe de branchitude, alors franchement… !

Une fois ceci lancé, les preuves n’ont cessé d’affluer. Ainsi :

Où Zara décide d’ouvrir son premier magasin « Zara Home » en France ? A Boulogne ! Quelle est la seule ville de proche banlieue parisienne qui dispose de son Starbucks (hors la Défense, hors-course pour cause de concurrence déloyale) ? Boulogne ! ! Où se pressent depuis quelques années les réalisateurs français les plus connus pour l’avant-première de leurs films ? A Boulogne ! ! ! Enfin, fin 2009, où s’est déroulée l’une des plus emblématiques expositions de l’année, à savoir celle sur les années Bardot ? A Boulogne encore et toujours ! ! ! !

Pour couronner le tout, le signe ultime est intervenu cette année : car, oui, amis Boulonnais et Boulonnaises, cette année, une boutique « The Kooples » a ouvert boulevard Jean-Jaurès. « The Kooples », la marque qui surfe sur la tendance masculin-féminin en proposant des vêtements quasiment interchangeables. « The Kooples », la marque qui se vend dans les boutiques dont la lumière est expressément si blanche que la notion de « teint de cachet d’aspirine » prend tout son sens (en tout cas pour moi). Bref, « The Kooples » : le quasi-Nirvana de la branchitude !

Au-delà de cela, il n’y a rien. Peut-être un « Apple Store » ou, éventuellement, une boutique « Abercrombie & Fitch ». Compte tenu du fait que nous avons gagné nos galons de branchitude, je pense que nous pouvons dès à présent appeler la direction de cette enseigne pour les persuader… non, leur intimer d’ouvrir leur premier magasin français sur le sol boulonnais !

Donc, oui, Boulogne est branché.

… Mais pas seulement.

Car, au milieu de cette pépinière de signes qui prouvent notre capacité à être dans l’air du temps, existent aussi à Boulogne-Billancourt des zones d’éternité.  Boulevard Jean-Jaurès toujours, la plus extraordinaire d’entre elles elle est le magasin « Au bas prix ». Pour ceux qui ne le connaissent pas, sachez qu’il est exactement devant la Grand Place, à un jet de pierre du centre Commercial des Passages, entre « Ekyog », nouvelle enseigne de vêtements écologiques que moi-même je ne connaissais pas (c’est tout dire !) et le restaurant « El Rancho ». Compte tenu de sa localisation, je ne serais pas étonnée qu’il soit situé sur les m2 commerciaux les plus chers du boulevard.

Mais, « Au bas prix », pas de téléphones portables, pas de jeans rouge, pas de talons de 12, pas de coin « nail bar », pas de « petite veste noire cintrée avec des épaulettes qui va bien avec tout, même avec un jean », pas de lumières allumées toute la nuit, et, bien sûr, pas de vente par internet.

"Au bas prix" le jour

Non : des chemises de corps, des pyjamas à rayure vendus dans leurs boites, des blouses pour le ménage (rayon adultes) et pour la peinture (rayon enfants), des pantalons à taille réglable pour les messieurs et des chemises de nuit molletonnées pour les dames. Des rayonnages en bois dans le magasin, des piles de vêtements entreposés dans des emballages en plastique qui montent jusqu’au plafond de la boutique, une vitrine qui, le jour, défie toutes les règles contemporaines de devanture (« moins est plus »), et, la nuit, est entièrement recouverte par un rideau d’acier très probablement destiné à permettre aux chaussettes 4 fils de dormir paisiblement pendant que les téléphones du « The Phonehouse » voisin vont boire des cocktails au restaurant « La Verrière » au plus profond de la nuit !

D’où tient-il sa longévité ? D’après les propriétaires, de sa reconnaissance qui dépasse Boulogne-Billancourt et de la qualité de la marchandise vendue. Sera-t-il un jour remplacé par la branche boulonnaise d’une nouvelle enseigne internationale ? Peut-être ; apparemment, les prétendants ne manqueraient pas.

En attendant, il est là. Les Justin Bieber boulonnais enlacés aux Kirsten Stewart boulonnaises déambulent sans fin devant lui.

« Au bas prix » est hors du temps, ce qui fait probablement de lui le magasin le plus branché du boulevard Jean-Jaurès, et par là même, de Boulogne, de Billancourt, et de Boulogne-Billancourt.

"Au bas prix" la nuit

A Zoe F.