La chronique de Marine : 

Fait du hasard ou effet de l’inconscient collectif, dans ma famille, depuis trois générations, quand on est mère, à un moment ou un autre, on l’est à Boulogne. Boulogne constituant donc dans ma vie un centre maternel indéniable, je décidais récemment d’investiguer.

Boulogne a trois visages. Par construction, elle a aussi trois mères : la Mère du Nord, la Mère Intérieure et la Mère du Sud.

La Mère du Nord habite dans les rues proches du Bois, reconnaissables à leurs réverbères chics. La Mère du Nord a la quarantaine chic. Ses enfants vont au Parchamp ou à Dupanloup. Le samedi, elle sort sa Mini couleur taupe pour aller faire ses courses. Le dimanche, elle va au Polo, ou au Racing. La Mère du Nord travaille ou ne travaille pas. Mais si elle ne travaille pas, elle travaille quand même.

Réverbère "chic" à Boulogne

Ainsi, elle milite pour des causes importantes comme la non-suppression du stade Jean Bouin. Mais elle ne met pas de petit drapeau aux fenêtres, car son architecture d’extérieur le lui a interdit. Ou alors, elle assiste aux cours de décoration de stuc à la chaux de chez Bineau. Au mois de mai, elle va à Roland Garros. Etonnamment, elle n’a jamais été au Parc des Princes. Quand ses amies étrangères sont en ville, elle fait avec elles le Parcours des années 30. Ou elle leur fait visiter le Musée des Années 30, qu’elle appelle le MA-30, ce qui fait si new-yorkais. En tout état de cause, elles font quelque chose en liaison avec les Années 30. De temps en temps, la Mère du Nord a un léger pincement au cœur de ne pas habiter Neuilly. Mais elle se reprend rapidement en se disant qu’elle, au moins, est près de l’entrée de l’A13, ce qui lui permet d’aller plus vite à Deauville que la quasi-totalité de ses congénères du 92.

La Mère Intérieure est par définition une mère « cool ». Cela se voit au fait qu’elle porte des Converse, comme sa fille, voire son fils. La Mère Intérieure n’a pas de voiture, ou alors c’est la nouvelle Fiat, qu’elle a prise en rouge. Elle habite au centre de Boulogne, donc au centre du monde. Contrairement à la Mère du Nord, la Mère Intérieure peut faire ses courses à pied. Si nécessaire, elle prend un Velib’. Et en cas de catastrophe absolue, le 123. Le week-end, la Mère Intérieure vit sur la Grand Place de Boulogne. Elle passe la plupart du temps chez Lina’s, et dissémine ses troupes de manière névralgique : sa fille au Starbucks, son fils au Pathé, son mari à la Fnac, son petit dernier au manège, sa mère à la Verrière ou chez Marionnaud. Tout ce petit monde est équipé d’un IPhone 4 (ou d’un BlackBerry) et s’envoie des messages en fonction des évènements de la journée, généralement liés à l’arrivée d’une autre Mère Intérieure et de sa tribu dans le périmètre de la Grand Place. De temps en temps, la Mère Intérieure a un léger pincement au cœur de ne pas habiter le Nord de Boulogne. Mais elle se reprend rapidement en se disant, qu’elle, au moins, est près de l’entrée de la N118, ce qui lui permet d’aller plus vite dans la vallée de la Chevreuse que la quasi-totalité de ses congénères du 92.

La Mère du Sud habite de l’autre côté de l’Océan. L’Océan, c’est l’avenue Edouard Vaillant. La Mère du Sud est légèrement plus bronzée que la Mère du Nord et la Mère Intérieure. C’est normal, c’est le climat. Elle a une collection de foulards très légèrement supérieure à celle de ses congénères et cela lui permet de lui tenir chaud aux oreilles, y compris l’été. La Mère du Sud n’a pas de voiture. Elle n’utilise pas le Vélib’. Son moyen de transport préféré, c’est le 123.

Jeu de couleurs au Multi Marques

En matière de shopping, et contrairement à la Mère du Nord et la Mère Intérieure qui doivent se balader de boutiques en boutiques, la Mère du Sud bénéficie d’un avantage concurrentiel : le magasin multi-marques discount. En effet, dans sa partie du Boulevard Jean-Jaurès fleurissent les Mega Lots, Troifoirien, Avenir des Marques et autres bazars. Grâce à eux, la Mère du Sud trouve de jolis cadeaux, des décorations de Noel et plein d’autres choses. De temps en temps, elle un léger pincement au cœur de ne pas habiter le centre de Boulogne. Mais elle se reprend rapidement en se disant qu’elle, au moins, elle n’a qu’à traverser la Seine pour se rendre à l’Ile Saint Germain plus rapidement que la quasi-totalité de ses congénères du 92.

Boulogne a trois visages, donc 3 Mères.

Constance, ma fille, seras-tu mère à Boulogne-Billancourt ?