La chronique de Marine
A Mathieu

Récemment, ils ont dit à la télévision que les Français écoutaient en moyenne 1h10 de musique par jour. Pendant une semaine, j’ai compté combien j’en écoutais. Je suis arrivée à près de 3h quotidiennes.

Donc, quand mes écouteurs m’ont lâchée, j’ai décidé de franchir le pas et de faire l’acquisition d’un casque.

Les caractéristiques sociologiques du porteur de casque sont les suivantes : dans la rue, l’âge moyen est de 20 ans, tous sexes confondus. Dans mon environnement professionnel, il tend vers la trentaine, voire plus, mais devient exclusivement masculin. Dit autrement, mes 39 ans féminins ne sont pas dans la cible.

Mais, désespérée de ne plus emporter de musique avec moi, je décide de franchir le pas. Fi des conventions ! Je libérerai la ménagère de moins de 50 ans des écouteurs intra-auriculaires !

Un samedi après-midi, je me présente donc devant le présentoir idoine de la Fnac de Boulogne. Premier sujet : la taille et la couleur. Quitte à avoir des macarons autour des oreilles, faisons discret. Je choisis deux modèles, un gris et un noir avec des écouteurs un peu plus larges. Je branche mon Iphone et m’envole vers une autre planète. De temps en temps, je vois bien des ombres (poussières d’étoile ?) me tourner autour pour essayer de tester les modèles que j’avais sélectionnés, mais je tiens bon. Hors de question de lâcher ces trésors qui me font redécouvrir cette musique que je croyais connaitre par cœur. Les basses me frappent comme des coups donnés sur des tambours japonais, les aigus me soulèvent telle une Fée Clochette…. C’est l’Eden musical.

Daft punkette boulonnaise 1

A l’issue d’un intense débat intérieur, je finalise mon choix, paye et sors avec le Graal. Plus question de reculer : quitte à lancer une tendance, autant y aller. Je m’enferme dans les toilettes du Passage et sors le casque de son emballage. Première déconvenue : l’embout ne rentre pas dans la prise de l’Iphone ! Heureusement, je me rends compte qu’il ne s’agit que d’un adaptateur et l’enlève. Deuxième surprise : le fil est 4 fois plus long que celui de mes écouteurs précédents. Ça va être coton dans le sac à main… Tant pis. J’émerge casquée. Coup d’œil au miroir : rien à dire – c’est affreux. J’entends déjà mes enfants ricaner quand ils me verront. Pas grave. La musique est partout et c’est ce qui compte. Je sors.

Je marche dans la rue et regarde furtivement autour de moi. Je croise quelques regards, mais difficile de d’identifier la raison hormis pour celui d’une petite fille dont il ne fait aucun doute qu’elle me prend pour une folle. Pfff ! Cette petite sotte devrait plutôt me remercier –je suis quand même en plein acte de libération de la femme ! J’entre chez Monoprix. Objectif : test de casque en milieu marchand. Je me rends compte qu’il va falloir changer quelques habitudes. D’abord, avec le casque, on n’entend rien. Quand les écouteurs disaient déjà « je suis dans mon monde », le casque crie « tout homme est une île » ! Donc il faut l’enlever à la caisse. Ce faisant, si, comme moi, on n’a pas encore pris le bon geste, on court le risque qu’un des écouteurs se plie, que le fils s’entortille autour du cou et qu’on s’étouffe bêtement avant de pouvoir taper son code secret. Autre constatation : le casque tient chaud aux oreilles, voire très chaud. En hiver, ce n’est pas un problème. En plein été, je me demande si cela déclenche ce phénomène probablement très rare qu’est la transpiration auriculaire. A suivre…

Daft punkette boulonnaise 2

Mes courses finies, je rentre à la maison. J’enlève mon casque. Puis finalement, je le remets. Je ne peux pas me détacher du son.  Mon mari rentre. Il s’esclaffe et m’explique que la meilleure manière de le porter, c’est sur une capuche. On essaie. Puis, il me dit que, quand même, si je n’en veux plus, il veut bien le récupérer. Mes enfants rentrent. Ils s’esclaffent et m’expliquent qu’il ne faut le mettre que sur une oreille et laisser pendouiller l’autre écouteur, secouer la tête de bas en haut, le tout avec une capuche. On essaie à nouveau.  Puis ma fille me dit que, quand même, elle veut bien le même pour son anniversaire.

Je souris à tout ce petit monde, je chausse mon casque comme un heaume, je m’enroule dans le fil comme dans une étole, je sélectionne un album, et, dans la nuit boulonnaise, je m’envole à nouveau.