Sur le Périph

Petit tour de Périph'

Y’a un petit rigolo à la Voirie de Paris. Ou alors une petite marrante. Ou alors un qui s’ennuie ferme. Ou une qui s’emmerde sérieusement. En tout cas, y en a un (ou une…) qui est bloqué dans un bureau à Paris et qui a la nostalgie de la Savoie.

Je m’explique.

Samedi matin. J’ai sport. Club à Levallois-Perret. Cours à 10:00. Pas  de temps à perdre. Pantalon de survêt’, T-shirt, chaussures de sport, voiture (trop froid pour la bicyclette). Sortie de Boulogne, direction le Périph’, entrée par la Porte St Cloud, XVIème arrondissement à droite, station Total à gauche, Parc des Princes devant. Descente de la bretelle d’accès. Arrivée dans le tunnel en travaux. Attention… Eclairage limité. Double marquage au sol. Le blanc, permanent, actuellement remplacé par le jaune, temporaire. Les couleurs et les voies s’entrecroisent. Pas clair. Attention, attention… Dégagement immédiat vers la deuxième voie car d’autres bretelles d’accès ne sont pas loin. Dégagement réussi. Tout va bien. Dans 20 minutes, début du cours de sport. Porte Maillot indiquée à 12 minutes. Pas de problème. Rien à signaler. Tout va bien. Musique.

J’arrive au deuxième tunnel. Sur la droite, mon regard est attiré par un panneau. Une espèce de tunnel stylisé, qui effectivement indique l’entrée de l’un d’entre eux. Mais pas seulement. Une distance aussi : 580 m. Et surtout, un nom : « Tunnel Lac Supérieur ».

WOOOOOOOUSH ! D’un coup, je suis propulsée hors de la voiture, comme muée par la force du siège éjectable d’un avion à réaction. J’atterris à quelques 500 kms de là, au beau milieu des pâturages savoyards. Les montagnes m’encerclent, les prés m’entourent, les fleurs des montagnes m’enlacent. Et, au milieu de ce paysage idyllique, trône le maitre de ces lieux : le Lac Supérieur. Etendue bleue autour duquel quelques vaches Abondances sont venues paitre calmement.

Mais…  que fait donc ce lac au milieu du Périphérique parisien ?

Je réfléchis quelques secondes et, très rapidement, la raison s’impose à moi : le Lac Supérieur auquel il est fait référence, c’est celui du Bois de Boulogne ! Rien à avoir avec les Alpes. Alors, bien sûr, je scrute le tunnel suivant. Il s’approche déjà. Comment a-t-il été baptisé ? J’imagine le plus simple : Tunnel Lac Inférieur. Vite, vite. A 80 kms/h, j’ai hâte de mettre fin au suspense. Mais là, stupeur : rien. Pas de petit panneau stylisé, pas de distance, et surtout… pas de nom. Allons bon ! Aurai-je plus de chance avec le suivant ? Non, toujours rien. Et cela continue jusqu’à la Porte d’Asnières. 8 tunnels, pas un de baptisé. Quel élitisme !

Mon cours de sport fini, je repars vers Boulogne. Bien sûr, cette fois-ci à nouveau, je scrute l’existence éventuelle des petits panneaux. Et, bien sûr, rien avant de n’arriver à proximité du Bois. Là, victoire ! Non seulement je retrouve mon très cher « Tunnel Lac Supérieur », mais en plus il est suivi par un autre, nommé « Tunnel de la Butte Mortemart » !

Je rentre à la maison et fais part de ma phénoménale découverte à mari et enfants. J’émets l’hypothèse d’un tour du Périphérique comme destination de promenade dominicale. « A la Recherche des Tunnels nommés ». On me rétorque que, même si les stations services ne sont plus en grève depuis quelque temps, c’est un peu dommage de dépenser du carburant dans une entreprise aussi peu passionnante. Je me rabats sur une cartographie de mes amies parisiennes pour leur demander de couvrir une section de Périphérique à l’occasion de leurs futurs déplacements. Je finis en tapant « Tunnel Lac Supérieur » sur Internet. Avec un peu de chance vais-je peut-être tomber sur le site du Ministère de l’Equipement qui va m’indiquer par quel extraordinaire processus il a été décidé un jour d’attribuer des noms à certains tunnels du Périphérique.

Je fais chou blanc, mais tombe quand même sur un site spécialisé dans … les tunnels routiers en France, dont la page d’introduction porte la mention : « pour ceux qui n’aiment pas passer sous les tunnels (il y en a, j’en connais), consultez la liste et le lieu des tunnels en France et essayez de les éviter ».

"Périph" by night

Périph' by night

Je stoppe net mes recherches. Entre mon voyage alpin éclair et ma découverte du site pour les gens qui n’aiment pas les tunnels, je me dis qu’il faut arrêter de chercher de la logique dans cette histoire. La nomination des tunnels du Périphérique fait partie de la poésie urbaine, elle doit garder son mystère et c’est très bien comme cela.