Un jour, j’ai eu 35 ans.

Et, ce jour-là, il m’est apparu comme une évidence qu’il était temps de partir à la Découverte du Monde.

Panneau branché rue Yves Kermen

Panneau branché rue Yves Kermen

La Découverte du Monde ne pouvait s’envisager qu’avec élégance. Qui plus est, elle s’inscrivait dans un processus clairement défini, destiné à accompagner – à défaut de ralentir – une lente, inéluctable, mais non désespérante, évolution vers une importante étape : la quarantaine. La Découverte du Monde ne pouvait s’envisager sans un outil à la hauteur de cette ambition.

Donc, le jour de mes 35 ans, je pris ma voiture… pour aller acheter une bicyclette.

Ma bicyclette vient du Décathlon de la Plaine St Denis. En y repensant, il aurait probablement été plus intelligent de l’acheter au Go Sport de la Porte de Saint Cloud. Cela m’aurait certainement évité de la démantibuler 20 minutes après l’avoir payée pour la faire rentrer dans le coffre de ma voiture. Je suspecte que, depuis lors, le petit couinement que fait l’une des roues à chaque tour résulte de ce malheureux épisode baptismal.

Ma bicyclette a parfois souffert. Comme par exemple, la fois où, sous l’effet combiné d’un déplacement à l’étranger et d’un accès de flemme pour la ranger dans le garage, je l’ai laissée derrière la barrière de notre maison, et me suis fait voler une roue. Ou le jour où, persuadées de dominer le monde, elle et moi fendions l’air à vive allure boulevard Victor Hugo… avant de nous faire dépasser par une mamie qui pédalait probablement depuis 20 ans ; je ne serais pas étonnée qu’elle pédale encore à l’heure où j’écris ces mots.

Ma bicyclette a aussi connu de grands moments, tel le jour où nous avons été jusqu’au Pont National pour voir jusqu’où nous pouvions aller en longeant la Seine (total : 30 kms A/R). Ou quand nous sommes montées à la Terrasse de l’Observatoire de Meudon car on m’avait dit qu’il y avait une très belle vue sur Paris. La première fois, mon mari m’a dit que j’étais folle. La deuxième, il m’a conseillé d’aller au Mont Valérien. Il paraît qu’il y a une très belle vue de là-bas aussi.

Ma bicyclette n’est pas bégueule ; elle a conscience de son statut d’instrument au service de la Découverte du Monde, mais elle est aussi partante pour aller chercher du pain. A Boulogne, elle est ainsi devenue mon moyen de locomotion préféré. Que ce soit pour une course ou pour une balade, elle est à la fois rapide, efficace et toujours disponible.

Le mieux, c’est quand la course se combine à la balade, comme cela a été le cas il y a quelques jours.

La course consistait à aller au Bricorama de l’avenue du Général Leclerc. Bien sûr, j’enfourche ma bicyclette pour m’y rendre. Une fois mes achats faits, je vais pour la récupérer rue Yves Kermen quand mon regard est attiré par un panneau de signalisation au fond de la rue. Avec ses couleurs parme et orange, je n’en ai jamais vu d’aussi branché.

Je pédale dans sa direction, arrive à un carrefour et … découvre le Monde !

Je suis dans le nouveau quartier de l’Ile Seguin. Il fait beau, c’est dimanche, il n’y a quasiment personne. J’ai l’impression d’être dans une nouvelle ville. Rien n’est pareil à ce que je connais déjà à Boulogne. Même les parcmètres, les bancs et les poubelles sont différents !

En fait, ce n’est plus la Découverte du Monde, c’est la Découverte du Nouveau Monde ! D’ailleurs, le nouveau siège social de l’Equipe a des airs de Flatiron Building à New York !

Je prends sur la droite. Au bout, une passerelle montante attire mon attention. A côté de mon escapade à Meudon, c’est de la roupie de sansonnet ! Elle ne me fait pas peur. Je l’avale effectivement en quelques coups de pédales. Le Jardin de l’Ile Seguin apparaît. Je le parcours à pied. Drôle d’endroit, quelque part à mi-chemin entre un micro Parc André Citroën et la terrasse géante d’un restaurant branché. Probablement encore en devenir. Mais, d’ores et déjà, je trouve le ciel et le vent très réussis.

Je reprends ma bicyclette, direction les nouvelles constructions. Je déambule dans les rues embryonnaires, ou se côtoient des immeubles finis et déjà habités, avec d’autres qui n’en sont qu’aux prémisses de la construction. Si Christopher Nolan avait voulu montrer la création du quatrième niveau d’ Inception, celui de Marion Cotillard et de Leonardo diCaprio, nul doute que c’est ici qu’il aurait dû la filmer.

Vieux et nouveau monde

Encore quelques rues et j’arrive à la fin du Nouveau Monde. Retour vers le Boulogne que je connais.

Ma bicyclette a rempli son contrat : nous venons de découvrir un lieu qui vient de naître. Nous reviendrons très prochainement le voir grandir.