La dernière conférence de presse de Vivian Leigh de Mercy Lafferty est le deuxième opus du Festival Seules en scène du TOP. Caroline Silhol dirigée par Michel Fagadau nous fait découvrir une Vivian Leigh «  de l’autre côté du miroir »

Dans « la Fille coupée en deux », l’avant-dernier film de Chabrol, Catherine Silhol est Geneviève Gaudens ; grande bourgeoise vêtue de Paule Ka, elle est entourée d’un parfum d’infanticide. Castratrice vis-à-vis de son fils et protectrice de l’honneur de sa famille, telle une Madame de Merteuil lyonnaise et tout en taillant ses rosiers, elle évince une Ludivine Sagnier un peu dépassée par les évènements. Calculatrice et manipulatrice, elle semble toujours mesurer ses mots. Elle ne sourit pas beaucoup.

Catherine Silhol dans la Dernière conférence de presse de Vivian Leigh

Dans « la Dernière conférence de presse de Vivien Leigh », Catherine Silhol est aux antipodes de Geneviève Gaudens. Le principal mot qui vient à l’esprit la concernant est « passion ».
Bien sûr, elle interprète avant tout une actrice ayant participé à une époque prestigieuse du cinéma et du théâtre du XXème siècle. Ce qui est l’occasion d’en rappeler quelques pages importantes, comme le tournage d’ « Autant En Emporte le vent », caractérisé notamment par le long processus de sélection de l’actrice qui jouera Scarlett O’Hara, le poids des bonnes mœurs et de la censure, l’éviction de George Cukor et son remplacement par Victor Fleming. Ou d’évoquer certaines personnalités marquantes de l’époque, comme Sir Laurence Olivier ou Marlon Brando. Et, aussi, comme me l’expliquera Catherine Silhol après la représentation, d’insister sur l’importance du travail dans le métier d’actrice, et plus encore du travail invisible, de celui qui ne se voit pas, mais qui est indispensable, par opposition à une approche fondée sur l’improvisation, à laquelle elle n’adhère pas.

Mais, et en plus d’être une actrice, Catherine Silhol dresse aussi au travers de ce spectacle le portrait d’une femme. Tour à tour gamine, charnelle, séductrice, émotionnelle, amoureuse, elle est pourchassée et peu à peu emportée par ses démons. Comme le dit Catherine Silhol, Vivien Leigh est probablement morte de son amour, plus que de la tuberculose. Souriant souvent, n’hésitant pas à dire des gros mots, ses cheveux platine évoquent parfois ceux de Marylin Monroe, autre actrice tourmentée. Son chignon et sa taille élancée font penser à une Catherine Deneuve jeune, celle des films de Jacques Demy et de François Truffaut.

A la fin de la représentation, Catherine Silhol vient saluer son public. Elle a déjà joué son spectacle de nombreuses fois et doit donc en connaître les moindres recoins émotionnels. Néanmoins, elle semble bouleversée lorsqu’elle vient saluer. Je le lui fais remarquer après la représentation, et reviens notamment sur cette double facette femme et actrice, en lui demandant si l’une d’entre elles l’a plus attirée que l’autre. Elle m’explique qu’elle a été extrêmement fusionnelle avec « sa » Vivien ; elle me raconte que quitter le personnage à la fin du spectacle demande un petit temps d’adaptation, et que son mari lui dit toujours de « sourire ». J’en conclus donc, et elle en convient, que c’est l’imbrication de la femme et de l’actrice qui l’a attirée. Quand elle évoque qu’elle va bientôt aller vers d’autres projets, peut-être plus joviaux, je me dis que c’est probablement un spectacle qu’il faut savoir arrêter ? Un rire léger est sa réponse.
On dit souvent qu’Isabelle Adjani est une actrice extrêmement sensible, dont la carrière est marquée par des rôles « border-line » qui ont fait sans nul doute sa renommée et ont assis son talent. Au travers de Geneviève Gaudens et de Vivien Leigh, Catherine Silhol a su aussi démontrer sa capacité à interpréter plusieurs visages de la folie.
C’est à n’en pas douter la marque de fabrique des très grandes actrices.