Quarante ans déjà… C’est l’âge de la bijouterie Hamel que les Boulonnais connaissent bien. Y officie maintenant Krikor, qui a pris la succession de son père. Mais ce que l’on ne sait peut-être pas, c’est que créer des bijoux n’est pas le seul talent de cet artiste formé aux Beaux-Arts ; en effet, Krikor Hamel est également connu dans le milieu du cinéma, entre autre comme l’un de ceux qui œuvrent à la promotion du cinéma indien, beaucoup plus riche et diversifié que la représentation « bollywoodienne  » et limitée que nous en avons. Pour en savoir plus sur son autre vie, je suis donc allée l’interviewer, dans son atelier de la rue des Menus.

Ken Loach et Krikor Hamel au Festival de Cannes

Ken Loach et Krikor Hamel au Festival de Cannes

e-bb.- Comment a débuté votre implication dans le 7ème art ?

Krikor Hamel.- Ayant fait les Beaux-Arts, je suis devenu dessinateur de dessin animé. À l’époque, il n’y avait pas de création par ordinateur (CAO), et l’on dessinait les images en utilisant les techniques de la gouache, de l’acrylique ou du dessin au crayon. J’ai participé par exemple, dans les années 85, à l’élaboration de trois longs métrages pour la Gaumont : « Astérix et la surprise de César », « Astérix chez les Bretons » et « Le coup du menhir » (Ndlr : sur le site de l’Internet Movie Database, on trouve le nom de tous ceux qui ont participé à l’élaboration de ces films). Nous étions 200 artistes à travailler à l’animation et pour la première fois, le délai imposé, très court, a été tenu. Puis ma production cinématographique s’est diversifiée : dessins animés publicitaires, pour Perrier ou Wilkinson (les lames de rasoir), en un temps où nous étions à peine deux cents personnes à travailler dans cette spécialité, documentaires : j’ai par exemple coproduit, réalisé et distribué un long métrage, un film sur la chute du mur de Berlin, un autre sur le cinéma artistique soviétique. À cette occasion, j’ai rencontré Serge Paradjanov, un très grand réalisateur russe, auteur des « Chevaux de Feu », qui s’est heurté au pouvoir, a été emprisonné et a été réhabilité par Gorbatchev, au moment de la chute de l’URSS.

e-bb.- Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser au cinéma indien ?

K.H.- Je connaissais bien le cinéma des pays de l’Est et je m’intéressais aux différentes cultures, cela s’est donc fait tout naturellement. Il faut savoir que la production cinématographique indienne est la plus riche du monde. En France, nous ne connaissons que Bollywood avec ses comédies musicales et populaires, tournées en hindi, mais l’Inde est une fédération de 29 États et 7 territoires où chaque État a son cinéma. Il y a par exemple, Kollywood en langue tamoul, dont les films sont tournés dans les studios de Kodambakkam à Chennai, l’ancienne Madras ; Tollywood en bengali et télougou ; Sandalwood, en kannada, Mollywood en malayalam, et bien d’autres. Tous ces noms correspondent à une capitale qui abrite les studios de production. Il y a également de nombreux festivals, celui de Goa étant le plus important. Pour vous donner un exemple de la richesse et de l’importance du cinéma indien, en 2013 on a célébré le centième anniversaire de la première projection d’un film indien qui a eu lieu le 21 avril 1913.

e-bb.- Où peut-on découvrir la richesse de ce cinéma et voir autre chose que des productions « bollywoodiennes » ?

K.H.- En 2013, un festival « Extravagant India » a été justement organisé à Paris dans cet objectif. J’en suis membre actif et je m’occupe de sa promotion. Sa deuxième édition aura Affiche-Indelieu en mars 2015, avec, comme partenaire, le Gaumont Champs Élysées ; la programmation sera fixée en janvier mais je peux déjà vous dire qu’il y aura un seul film Bollywood, car le festival est centré sur la promotion du cinéma d’auteur.

e-bb.- Nous comptons donc sur vous en janvier,  pour avoir tous les détails concernant cette manifestation. Et qui sait, organiser un festival du cinéma indien à Boulogne ?

K.H.- Avec plaisir, si les boulonnais le souhaitent, ce serait merveilleux ! Cette première édition a eu la chance de réunir une très bonne programmation de films, dont plusieurs ont trouvé des distributeurs en France, des invités de choix, tel qu’Irrfan Khan (célèbre acteur indien, connu également pour ses rôles dans des productions internationales comme « Slumdog Millionnaire ») ainsi que des partenaires prestigieux, français et indiens ! La seconde édition s’annonce donc sous un bon jour. Merci à vous, Véra, et à l’e-bb, pour cette agréable rencontre.

e-bb.- Merci à vous, de nous apporter toutes ces informations sur une autre patrie du 7ème Art.

 

site du festival : http://www.extravagantindia.fr/