Autant le dire franchement : nous n’avons jamais « fait » les Journées du Patrimoine. Chaque année, nous savons qu’elles sont là et qu’il suffit de peu de chose pour visiter les trésors du patrimoine français. Et cela semble nous satisfaire amplement puisque nous n’avons jamais profité de l’occasion qui nous était offerte pour les visiter. En revanche, nous sommes très forts pour y envoyer notre jeune fille au pair de l’année car son arrivée coïncide généralement avec le week-end où elles ont lieu. Donc, chaque année, le vendredi soir précédent le début des Journées, mon mari explique doctement à la jeune fille en question de quoi il s’agit, et combien c’est une occasion à ne pas manquer. Et deux jours plus tard, effectivement, nous retrouvons la même jeune fille, le reflet des Ors de la République dans les yeux et des ampoules aux pieds nous expliquant les heures de queue faites et les merveilles visitées.

Mais, nous, non, jamais … sauf cette année, où j’ai décidé de déroger à la sacro-sainte règle pour aller visiter un monument exceptionnel, à savoir… la piscine Molitor.

Pour ceux qui ne la connaissent pas, la piscine Molitor est située aux portes de Boulogne-Billancourt, à proximité d’un certain nombre d’institutions du XVIème arrondissement, à savoir le stade Jean Bouin, le Lycée La Fontaine, le Parc des Princes, le Périphérique, et… le Carrefour de la Porte d’Auteuil.

Inaugurée en 1929 par un Johnny Weissmuller au sommet de sa gloire en tant que champion de natation (et non d’interprète de Tarzan, ce qui, parait-il, le rendit totalement fou), elle fut un haut lieu sportif et social pendant de nombreuses années, jusqu’à sa fermeture en 1989. Au cours de cette période, il convient de noter que l’un de ses faits d’arme consista à servir de piscine d’accueil à certains établissements scolaires et notamment à ceux que j’eus l’occasion de fréquenter.

Bien sûr, à cette époque, mes camarades et moi-même étions loin de saisir tout l’honneur qui nous était fait de venir plonger dans les eaux de cette piscine mythique. Le bassin semblait bien petit, surtout comparativement à celui de ses voisines comme la piscine d’Auteuil. Même impression pour les cabines, dont je me demande même en y repensant si nous ne devions pas les partager à deux. Quant à avoir chaud, il ne fallait pas y compter. Ceci étant, la séance se terminait par un vrai petit bonheur, à savoir le sandwich aux rillettes préparé par ma mère et que je mangeais en retournant vers l’école. Mais globalement, et malgré mon amour de la natation, l’impression générale que j’en retiens près de 25 ans plus tard est simple et sans appel : lorsque nous n’étions pas dans l’eau, nous passions notre temps à nous contorsionner et à grelotter.

En 1989 donc, la piscine ferma. Je n’entendis plus alors parler que de déliquescence, de squatt et de possible destruction. Horreur !

Piscine Molitor vue extérieure

Piscine Molitor - vue intérieure

Jusqu’à ce week-end, où, pour la première fois depuis 21 ans, elle a été ré-ouverte au public. Ses deux bassins (l’intérieur et l’extérieur) n’ont plus vu une goutte d’eau depuis de nombreuses années, les plongeoirs ont été enlevés, les cabines n’ont plus de porte, les luminaires sont couverts de rouille et de poussière grasse et la peinture s’écaille partout. A la place, des tags la recouvrent entièrement, des sols aux plafonds. Mais étonnamment, elle dégage ainsi une énergie extraordinaire ; dans ce coin du XVIème arrondissement, à quelques mètres de la zone la plus huppée de Boulogne, on a l’impression de se retrouver à Berlin après la chute du Mur, du côté de Kreutzberg.

J’apprends à l’occasion de ma visite que la piscine a été reprise depuis fin 2008 par un consortium mené par le fonds Colony Capital (dont il n’aura pas échappé aux spécialistes qu’il détient le PSG et est le possible futur propriétaire du Parc des Princes) et que vont bientôt commencer des travaux de remise en état ; en 2012, le bassin intérieur devrait être à nouveau ouvert au public et la partie externe transformée en hôtel/spa.

De retour à la maison, je fais quelques recherches sur la piscine et tombe sur un compte-rendu de la présentation faite par le consortium de Colony en 2008. Il est fait mention qu’une fois ré-ouverte, une des sources de revenus attendue sera l’ouverture de la piscine aux scolaires locaux.

Me voilà rassurée : bientôt, d’autres petits Parisiens et Boulonnais pourront se les geler allègrement après une séance à la piscine Molitor. Et, qui sait : peut-être y en aura-t-il un ou deux qui, parmi eux, mangeront des sandwichs aux rillettes en rentrant chez eux ?