Il y a quelques années, je travaillais pour une très grosse entreprise. Un jour, je reçois un coup de fil. On me propose un nouveau poste : celui de « Dir’ Cab » auprès du nouveau responsable de la principale activité de la société. Le poste est passionnant, la personne à qui il est rattaché encore plus. J’accepte. La nouvelle se répand parmi mes collègues. L’une d’elles me dit : « tu me fais penser à ces femmes dont on décrit la journée dans les magazines, qui travaillent 10 heures par jour, moulinent des soupes bio pour leurs 3 enfants le soir, font un footing tous les matins, et boivent des litres de thé vert ».

Je vois très bien de quelles femmes elle parle. En plus des caractéristiques que ma collègue mentionne, dans mon imaginaire à moi, elles présentent celle d’avoir les ongles faits.

Par chance, je n’ai pas la fâcheuse habitude de me ronger les ongles. Mais je ne fais pas non plus partie de celles qui, chaque dimanche, se les vernissent en regardant la télévision. Pas en blanc nacré. Trop facile. Non ! En vert « khaki », la couleur de la saison chez Chanel !

Bien sûr, il m’est arrivé de céder à la tentation, comme lors de nos vacances d’été aux Etats-Unis. Là-bas, l’ongle est une passion. Chaque ville a ses « nail bars », présentant des alignements de fauteuils sur lesquelles les américaines, plusieurs fois par semaine, se font hydrater, masser, chouchouter et, finalement, peindre les ongles des mains et des pieds. J’ai tenté l’expérience à cette occasion. Riche idée. J’avais fait 10kms à vélo pour aller dans un salon de la ville à-côté de celle où nous résidions et que j’avais repéré. La pose de vernis (3 couches) s’est achevée par 20mins de séchage. Je suis ressortie du salon, me suis cognée la main sur le guidon de mon vélo et ai explosé 45 minutes d’efforts en approximativement 30 secondes.

Bar et ongles made in US

Bar et ongles made in US

A notre retour, j’ai pu constater que la passion avait traversé l’Atlantique avec nous. Après s’être concentrée sur notre peau, nos yeux, notre bouche, nos lèvres, notre ventre, nos cuisses, nos mains, et nos hommes, l’industrie cosmétique avait décidé de s’attaquer à une nouvelle « terra incognita » : nos ongles. Conséquence : les bars à ongles fleurissent à tous les coins de rues.

Boulogne n’échappe pas à la tendance et a maintenant son propre salon. Il est situé rue Georges Sorel, au rez-de-chaussée d’un immeuble. Le local est tout petit, avec une large fenêtre sur les maisons d’en face, et une petite enseigne qui permet d’indiquer sa présence. La couleur dominante est le parme, et la propriétaire a su tirer parti de l’exigüité de la surface. Bien sûr, on est loin des rangées de fauteuils à l’américaine, mais l’ensemble est bien aménagé et accueillant.

Je m’y présente un samedi. Je consulte la liste des prestations et choisis la plus simple, composée d’une manucure et d’un soin des mains. La séance commence : nettoyage des ongles, repoussage des cuticules (aaaarrgh !) heureusement suivi d’un massage de chaque main (aaaahhh !), puis choix du vernis. J’opte pour un rouge sombre, aux antipodes de tout choix antérieur en la matière. Quitte à tenter l’aventure, autant aller jusqu’au bout ! Pendant toute la séance, nous échangeons avec la jeune propriétaire des lieux. Elle m’explique qu’après un début en fanfare, la clientèle s’est un peu tarie. Bien sûr, cela fait sens. Depuis novembre, les mains ont disparu dans les moufles et les pieds dans les chaussettes ! Elle m’apprend aussi que nous Françaises n’allons dans les instituts de beauté que par obligation, et avant tout avec un impératif bien spécifique : l’éradication de notre ennemi juré, à savoir le poil. La notion de plaisir passe après ; je ne peux qu’approuver la justesse de son analyse,  et toute personne qui se sera faite faire un maillot échancré sait de quoi je parle.

Le vernis est posé. Je suis sommée de mettre mes mains sous une soucoupe volante portative, qui vrombit quand je lui présente mes ongles. Magnifique idée de cadeau pour un enfant de 6 ans ! En fait, la soucoupe volante se révèle être un séchoir à mains. Je suis un peu déçue de retomber des étoiles, mais obtempère.

Bar et ongles made in France

Bar et ongles made in France

Je quitte le salon après presque une heure. J’aurais pu rester toute l’après-midi, à me prélasser dans les fauteuils, en sirotant le café offert et en papotant avec la propriétaire.

Quant au résultat ? Et bien, une semaine après, malgré le nettoyage complet du foyer d’une cheminée, 5 jours de travail intensif, une soirée au Centre Pompidou, un aller/retour Paris/Londres, quelques moments passés avec deux enfants, et… plusieurs théières de thé vert, le vernis n’avait toujours pas bougé.

Il ne me reste plus qu’à me remettre au footing, acheter une centrifugeuse et faire un troisième bébé. Mes ongles maintenant faits, nul doute que tout magazine féminin digne de ce nom se jettera sur le passionnant descriptif de mes journées !

A Karine B.

Soucoupe

Soucoupe ou séchoir pour vernis à ongl