Vendredi 2 décembre, la tour Horizon, inaugurée en novembre, a été distinguée par le prestigieux prix SIMI. Le prix SIMI est décerné par un jury de dix directeurs immobiliers de grandes entreprises, comme Gecina, Air France, Danone ou Saint-Gobin. Le prix est attribué chaque année à un immeuble de bureaux neuf et à un immeuble de bureaux rénové, pour leurs qualités de confort (service aux salariés, confort au travail), de technologie, d’efficacité, d’esthétique, de technique, et de respect de l’environnement.
Les laboratoires Roche ont investi 10 étages de la tour Horizons en novembre dernier. L’e-bb avait pu la visiter en avant-première cet été. Retour.

La terrasse végétalisée

De loin, la gigantesque serre brille et réverbère tous azimuts, tandis que les reliefs inégaux de la partie centrale déstabilisent le regard. À l’abord de la tour, c’est la base qui saisit. Jean Nouvel a fait en sorte que les matériaux de construction accompagnent l’élévation de la tour en trois temps. Près du sol, donc, sur 8 niveaux, la tour est massive, brute, en ciment noir. Au stade intermédiaire, elle s’allège et s’amincit, en un damier corail, noir et blanc. Au sommet enfin, le verre réfléchit le ciel et accentue sa pointe aérienne.

La masse de ciment des premiers niveaux a été obtenue par un procédé innovant : sur un support de latex qui garantit l’isolation, le ciment, préalablement teint en noir, a été projeté couche de quelques centimètres après couche de quelques centimètres, selon la méthode de la berlinoise. Sur la couche extérieure, avant que la matière ne prenne, un homme a sculpté à la truelle les reliefs de la façade. Pas moins de 17 personnes ont été mobilisées pour cette opération.

Des arbustes dangereusement exposés

L’assemblage des niveaux intermédiaires est fait de briques et de céramiques. Là encore, le support en latex assure la base de l’isolation par l’extérieur, tandis que la fixation de céramiques à la verticale relève d’une véritable prouesse technique. La dissymétrie est bien entendu volontaire, pas une fenêtre n’est semblable à une autre. L’ensemble ménage des jeux de lumière aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du bâtiment. C’est à ce niveau que se trouve la première terrasse, plantée de grands arbres que l’on arrose abondamment ces temps-ci pour qu’ils prennent racine.

Les niveaux supérieurs enfin, sont entièrement vitrés. Le verre est traité afin de renvoyer vers l’extérieur les rayons du soleil. Cela nous fait craindre pour la santé des arbustes, plantés contre ces fours solaires. À plus d’un kilomètre de là, place Marcel Sembat, une Boulonnaise nous confie que la réverbération de la tour a décuplé la lumière de son appartement situé au 8ème étage !

Cet aperçu passé, pénétrons dans les lieux.

Obscure clarté du hall

L’intérieur de la tour est également spectaculaire, au point que l’on peut parler de scénographie pour ces 30 000 m² de bureaux. Les couleurs sont celles de Jean Nouvel, rouge et noir, principalement. Le hall, percé de quelques rares fenêtres en hauteur, est plongé dans une obscurité majestueuse, qui évoque un cœur de pyramide. La lumière tamisée émane essentiellement de lampes trapézoïdales dessinées par Nouvel, que le béton ciré du sol reflète à peine. Au plafond, une tôle transparente devait refléter des mouvements d’eau, accentuant le sentiment de vertige. Une nécessaire insonorisation a cassé cet effet. Le hall, très profond, est flanqué d’une salle de sport, d’une salle de danse, et du restaurant inter-entreprises. Les étages de bureaux aménagés dans cette base de ciment n’ont pas encore trouvé preneur.

Au niveau suivant, le sol est rouge, la lumière zénithale pénètre agréablement. Cela permet de s’attarder aux poignées de porte, à la ligne particulièrement élégante : les 800 poignées de porte de la tour ont été dessinées par l’architecte. Détail : elles ont été livrées dans des boîtiers individuels, à l’effigie du créateur.

Comme au fond d'un puits de pétrole

Au dernier niveau, le contraste – voulu – est saisissant : les ascenseurs ouvrent sur un espace à l’ombre oppressante, entretenue par le sol en carreaux noirs brillants, menuiseries noires aux finitions parfaites et miroirs placés pour accroître le sentiment d’enfermement.
La claustrophobie menace, c’est alors que le miracle se produit : derrière une porte, on entre dans un champ de lumière, avec une vue panoramique sur Boulogne Billancourt et Paris d’un côté, et les coteaux arborés de la Seine de l’autre. Au centre, un arbre gigantesque a l’air de se sentir chez lui.

Un des points de vue du haut de la tour

De retour sur terre, comme toujours avec Nouvel, on est perplexe : entre les innovations techniques de l’isolation par l’extérieur, l’audace du créateur quand on songe au ciment sculpté ou aux céramiques verticales, sa patte, reconnaissable, qui s’applique aux jeux d’ombre et de lumière et au contraste bien connu du rouge et du noir, comme à l’opéra de Lyon, la création, incontestablement, est là. Quand on se met à la place des employés qui déjeuneront dans la pénombre, et à la place des arbres exposés aux mille feux d’un soleil décuplé, l’adhésion retombe quelque peu.

Nouvel le revendique, il cultive « une vision » : le quotidien humain n’y a pas tout à fait trouvé  sa place.

 

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