Au 131ter rue du Château, les Boulonnais ont connu pendant bien des années, la boutique des Laurent, tapissiers puis décorateurs d’intérieur. C’est aujourd’hui la troisième génération qui occupe les lieux, mais n’y cherchez plus galons, embrasses, passepoils ou tissus damassés. C’est maintenant un univers d’ordinateurs, synthétiseurs, tables de mixage, ou caméras… Est-ce à dire que nous sommes passés de la créativité de l’artisanat de luxe à la froideur de la haute technologie ?

Boutique L&A : 131ter rue du Château. Crédit Photo : L&A

Pour en avoir le cœur net, l’e-bb est allé interviewer Frédéric Laurent, représentant de cette troisième génération et PDG de L&A Projets informatiques, implanté dans cette maison familiale où son grand père s’était installé en 1940. Une maison qui a eu beaucoup de chance, puisqu’elle a échappé aux violents bombardements de la Seconde Guerre Mondiale visant des usines proches…

l’e-bb. Frédéric Laurent, pouvez vous présenter votre société en quelques mots ?
F. Laurent. En quelques mots, c’est un peu difficile, car L&A Projets informatiques, (Ndlr. L&A Laurent et Associés), était à la base une société d’informatique traditionnelle, spécialisée dans le secteur de la santé et proposant des services et outils informatiques sur mesure et innovants, plus particulièrement à de grands groupes pharmaceutiques.
Puis l’entreprise a progressivement diversifié son activité, en rajoutant la musique à ses compétences, puisque le multimedia rejoint complètement Internet et que beaucoup de nos salariés jouent et pratiquent des instruments. Moi-même, je fais depuis trente ans de la composition, je joue de la guitare, de la basse, je chante… Il nous a donc été très facile d’inclure la musique dans nos prestations. L&A Projets est devenu alors L&A Projets et L&A studio ; car nous faisons aussi des prestations audio-visuelles avec studio d’enregistrement à l’appui ; nous offrons par exemple des prestations de podcast (Ndlr. À la place de « podcast », les Canadiens francophones disent« balado », ce qui est tellement plus joli…).
Et enfin nous offrons des prestations de spectacles, puisque nous sommes à la fois techniciens et acteurs… Nous avons formé un orchestre, le groupe L&A Music, composé pour moitié de salariés de l’entreprise, avec lequel nous avons déjà donné une bonne dizaine de concerts.
l’e-bb. Je comprends pourquoi ma formule « présenter en quelques mots » vous a semblé inadéquate pour parler de votre entreprise ! Mais je crois que vous avez aussi un lien très particulier avec le Japon ?
F. Laurent. Oui, en novembre 2010, nous y avions fait une tournée et nous avions reçu un

Tokyo Opera City, concert du 21 Nov 2010. Crédit photo : NAKAJIMA San

accueil très chaleureux ; nous avions entre autres, joué à Sendai (Ndlr. La ville fut touchée de plein fouet, le 11 mars 2011, par le séisme et le tsunami qui s’en suivit. Une vague de 10 mètres de hauteur s’abattit sur l’aéroport..). Nous avions en projet une deuxième tournée en avril 2011, qui a été annulée en raison de ces circonstances dramatiques, et remplacée par des concerts caritatifs et une démarche engagée pour soutenir ce pays qui nous avait accueilli avec tant de
chaleur.
l’e-bb. Quelle est l’origine de ce lien ?
F. Laurent. C’est la passion pour ce pays, née parce qu’un de mes meilleurs amis est japonais et que je suis très lié avec la communauté japonaise de Boulogne. Depuis une vingtaine d’années, nous nous disions qu’il fallait y aller, parce que notre style de musique, variété française classique et moderne, mais aussi musique classique, pourrait plaire. Cela a en effet plu, et notre tournée nous a permis de nous ouvrir à cette culture, et d’avoir des échanges extrêmement constructifs et chaleureux.
Nous devions y repartir pour une deuxième tournée en avril 2011, lorsqu’en partant en studio le 11 mars 2011, pour enregistrer notre deuxième album, j’ai ouvert la radio et entendu
l’épouvantable nouvelle. Notre tournée n’était plus techniquement possible, mais nous avons enregistré cet album et nous l’avons dédié au Japon, avec tous les bénéfices de la vente pour la Croix Rouge japonaise.
e-bb. Où peut-on le trouver et qu’y avez vous enregistré ?
F. Laurent. Cet album « Solidarité Japon » est disponible dans notre boutique, 131ter rue du Château, ainsi que sur toutes les plates-formes numériques, ITunes, Virgin, Fnac.com ; il est également en écoute libre sur Deezer.
Quant au programme, il contient par exemple « La vie en rose » ou « Comment te dire adieu ? ». Les Japonais connaissent très bien ces titres et le programme de l’album est dans la logique de notre spectacle, « Cent ans de chansons d’amour à la française », dans lequel il y a un ensemble de reprises et de créations aussi bien classiques que modernes.
l’e-bb. Qu’en est-il de vos activités musicales en tant que concertistes ?

CinéAqua, concert de soutien du 2 Mai 2011 avec le groupe Yaneka. Crédit Photo : Christian Fournier

F. Laurent. Nous sommes allés faire un concert à Rennes, à la mairie du 13ème à Paris, et l’espace du Trocadéro nous a offert l’Aquarium. À côté de cela, je joue dans l’harmonie de Boulogne et pour la fête de la Musique, nous jouons chaque année sur la Grand Place de Boulogne.
l’e-bb. En quelque sorte, votre entreprise, c’est le mariage de l’Informatique et de la Musique ! Cela m’évoque le film de Steven Spielberg, « Rencontres du Troisième type » et sa fameuse séquence où François Truffaut essaye de communiquer avec les extra terrestres par l’intermédiaire d’un code musical.
F. Laurent. C’est un peu cela en effet et ce n’est pas toujours facile en France ; comme si on ne pouvait pas être présent et compétent dans les deux domaines à la fois… Nous apparaissons comme étranges ; de plus notre groupe musical n’est pas une association à  vocation humanitaire ou caritative. Nous sommes une petite entreprise et nous ne pouvons obtenir ni subvention ni aide, car seules les grandes entreprises sont reconnues dans leurs actions humanitaires. C’est vraiment dommage..
l’e-bb. Il faut espérer que cela changera. Du point de vue de la vie de l’entreprise, comment intégrez vous ces deux aspects ? Et faut-il être musicien pour travailler chez L&A Projets informatiques ?
F. Laurent. Pas du tout ; dans notre projet artistique, il y autre chose que faire la musique. Lors de notre concert à l’Aquarium du Trocadéro, il y avait les salariés sur scène et les salariés gérant la logistique ; c’est tout le groupe qui a permis qu’il ait lieu. Et lorsque nous partons en tournée, le temps des tournées est du temps d’entreprise.
Bien sûr, ce modèle d’entreprise est atypique et suscite la curiosité ; mais au Japon, une fois la curiosité passée, cela nous a aidés ; pour vous donner un exemple, lors de notre tournée de novembre 2010, nous étions en discussion avec un artiste japonais, Kenzo Saeki, qui reprend le répertoire de Serge Gainsbourg, et a participé à une compilation de Claude François ; quand il a appris que nous étions aussi une entreprise, il a éclaté de rire et il nous a demandé tout de suite de revenir pour faire un concert avec lui…
l’e-bb. Une dernière question : quels sont vos projets musicaux ?
F. Laurent. La tournée au Japon est malheureusement ajournée sine die, même si nous avons bon espoir d’y retourner. Par contre, nous avons 32 000 fans grâce à notre page Facebook, entre autres aux Philippines et en Indonésie ; et nous étudions un projet de tournée dans ces pays pour 2012.
Nous avons aussi notre activité de spectacles, avec « Cent ans de chansons d’amour à la française » que nous proposons par exemple à des maisons de retraite, car nos anciens connaissent et apprécient ce répertoire.
Et puis, qui sait ? un concert à Boulogne ?
l’e-bb. C’est évident et j’espère que cela concrétisera en 2012. Ne serait-ce que pour faire mentir le proverbe « Nul n’est prophète en son pays »…