Photo Franck Andersen

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J’ai toujours aimé « faire » le marché. Sans doute mon côté terrien et nourricier. J’aime y aller avec des ami(e)s ou en solitaire. Et j’aime faire des efforts d’élégance pour traverser les allées, parfois à la stupéfaction des citadins en jogging. Jour du Seigneur n’est pas relâche.

Apaisants, les étals jonchés d’asperges du printemps. Apaisantes, les premières fraises.

Fédérante, la foule épanouie dont je fais partie. Souriante, ma gracieuse amie.

Si je suis incapable d’adhérer à des principes platement bourgeois (ou bobos, c’est la même chose), je n’aime pas pour autant la marginalité. Le marché m’attendrit, des colosses qui déchargent les camions aux pères déguisés en rugbymen de luxe accompagnant leur marmaille en trottinette. Ou cette femme drapée dans son manteau informe, traits tirés – je soupçonne un samedi de fête.

Et ce vieil acteur bon pied bon oeil, casquette vissé sur le crâne, enguirlandant comme à l’accoutumée le fruitier : »t’as déjà des tomates ? On n’est pas en juillet, hein, elles sont forcément farineuses ! »

Le café des épaves qui picolent dès 8h, et que je fuis, détestant cette addiction. La librairie où je vais acheter le sacro-saint JDD. Puis je me pose au Lutécia où le patron chinois me sert dans la langue d’Audiard un café serré. Avec toutes les familles abonnées au café serré.

Alors, je me sens heureuse.

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Valérie Pineau-Valencienne

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