Cette semaine, le cinéma Landowski programme L’Art d’aimer, le dernier film d’Emmanuel Mouret. Premier commandement : « Pas d’amour sans musique… »

Emmanuel Mouret s’est fait une spécialité d’explorer la rhétorique du cœur qui trompe autant qu’il se trompe : atermoiements et sentiments, calculs et ingénuité, calculs de l’ingénuité aussi, actes manqués et passages à l’acte, il renoue avec cette fausse légèreté qui fait le succès de Marivaux. Le rapprochement est désormais commun, mais peut-être est-il un peu moins valable dans ce dernier opus où personne n’est laissé pour compte et où tout le monde – loin des prescriptions du dramaturge – a l’air de penser ce qu’il dit.

Sonate pour coeurs temporairement désaccordés

L’art d’aimer, comme les précédents films, se présente comme un récit, narré cette fois-ci par une voix en régie étrangère aux histoires. S’appuyant sur les apophtegmes projetés sur l’écran, elle nous raconte les mésaventures sentimentales de ces personnages qui font aussi la marque du réalisateur : bouquinistes, marchands de tissus ou de photocopies, restaurateurs d’art, compositeurs…
Personnages peu banals, évoluant dans des décors à leur image, dans des costumes sur mesure, incarnés par des acteurs qui, de film en film, leur confèrent la densité des vieilles connaissances : Frédérique Bel vit au milieu des cartons, comme à peine sortie de Changement d’adresse, Ariane Ascaride envoie les œillades qui troublèrent en son temps le professeur de cor, Emmanuel Mouret reprend le rôle qui lui est cher, tandis que Judith Godrèche, en col Claudine, synthétise, dans leur ambiguïté, ces objets du désir que furent, avant elle, Virginie Ledoyen et  Julie Gayet.
Le film foisonne de ces auto-citations plus ou moins appuyées, comme si Emmanuel Mouret reprenait des fils qu’il n’avait pas tirés au bout, pour les tisser autrement, sur un canevas beaucoup plus complexe, démultiplication des intrigues oblige.

Frédérique Bel ou le démon de l'ingénuité

Comment concilier amour, amitié et désir ? C’est la question qui actualise le petit manuel d’Ovide, et à laquelle, une fois n’est pas coutume, le réalisateur répond, en présentant des études de cas : Boris aime Amélie qui demande à Isabelle de se faire passer pour elle le temps d’un curieux protocole expérimental, tandis qu’Achille désespère de sa voisine, un jour surgie dans son salon en déshabillé, cependant qu’Emmanuelle la bien-nommée envisage de quitter son mari qu’elle aime pour ne pas lui faire de peine, alors que de jeunes amoureux perdus cherchent désespérément la solution à leur problème dans un hypothétique code de bonne conduite conjugale. Tourment et douleur passagers se résolvent pour le mieux, sous les réels coups de la foudre.
Peut-être est-ce cela qui manque à ce dernier film, les points de suspension, l’incertitude, la demi-teinte qui concluent tous les précédents, lorsque l’aiguillon fait retour sur lui-même. La ligne de fuite est effleurée, le temps d’une pensée fugitive dans l’esprit d’Amélie, mais sans plus.

L'amitié sur un malentendu

Plusieurs critiques reprochent au film d’être inachevé, laissant le spectateur sur sa faim quant à l’issue des différentes histoires. Il nous semble que c’est exactement le contraire, et que L’art d’aimer est peut-être trop fini. Ce n’est pas une raison pour bouder ces retrouvailles avec la petite musique d’Emmanuel Mouret, d’autant que, plus que jamais, il lui fait place.
La petite musique ici reprend son rôle originel. Incarnée par le romantique personnage de Laurent (Stanislas Mehrar), la musique est l’amour même. De Schubert (dont le portrait géant veillait sur les personnages d’Un baiser s’il vous plaît) à Tchaïkovski en passant par le 3ème mouvement hautement lyrique de la 3ème symphonie de Brahms qui encadre le film à merveille, elle signale, sonne le sentiment informulé, au diapason des tableaux.

EDIT : le film est de nouveau programmé par le cinéma Landowski du 30 novembre au 6 décembre.