Une soirée totalement jubilatoire !
Feydeau, c’est tellement entendu qu’on y va un peu comme à la piscine, on fait ses longueurs, on sort la conscience tranquille mais là, dès le début, on est happé et on se doute que Feydeau nous réserve une délicieuse surprise façon feu d’artifice !
La distribution est parfaite, les personnages sont campés par des comédiens extraordinaires, avec des vraies « gueules de BD « (la soubrette est le sosie d’Aggie), le décor minimaliste est très suffisant, (le détail des chaises fermées et coincées dans les 2 premiers actes et largement ouverte et richement décorées dans le 3 ème !), la mise en scène brillante, un bouquet d’idées géniales ! Le rire est au rendez-vous, et il fuse presque à chaque réplique si joliment servie par chacun des 11 comédiens.

Anne Girouard la Cocotte, Romain Dutheil, le Bourgeon et Sylvie Debrun la Comtesse, trio irrésistible

Anne Girouard la Cocotte, Romain Dutheil, le Bourgeon et Sylvie Debrun la Comtesse, trio irrésistible

Le jeune Maurice, est écartelé entre une mère très catholique qui dispute le diplôme de la mère abusive à toutes les mères juives de la terre, un amour immodéré, du moins le croit-il, pour le Seigneur et ses habits sacerdotaux et …la sève du bourgeon qui ne demande qu’à crever !
Cette pièce très subversive et anticléricale, nous donne une idée de ce que les conventions de classe ont fait comme dégâts dans certains milieux. Le sexe est tabou, Satan le symbolise, ce qui n’est pas chose aisée pour un jeune homme dont les pulsions bien naturelles font figure de péché absolu.

Il lutte pourtant le pauvre Maurice, il en perd connaissance et en devient souffreteux tant il se contient ! Sa mère ne supporte même pas l’idée qu’il perde sa « chasteté » tant ses ambitions pour lui sont immuables, il doit devenir prêtre ! Un hilarant tango improvisé avec le curé nous laisse envisager qu’il s’ouvre d’autres horizons pour son futur clérical, fausse route ! Une jolie cocotte s’avise de se noyer ou presque sous les yeux de Maurice, baigneur au grand cœur, qui sauve la belle et embrase son cœur dans la foulée. Mais dès qu’elle l’aperçoit en soutane noire de séminariste elle ne conçoit plus que chasteté et amour spirituel avec celui qui l’a « sauvée » de la noyade et d’un enfer programmé ! La mère implacable mais soucieuse de la santé de son rejeton avant tout, tente de monnayer les charmes de la belle Etiennette pour sauver son fils… une scène délicieuse où la raison semble gagner tous les personnages et les conforter dans l’amour désincarné de Jésus, à se demander comment la mère a conçu Maurice !

Jeux de mots, quiproquos, portes imaginaires qui claquent, tout Feydeau en plus subtil encore ! Plus révolutionnaire, plus anticlérical jusqu’au blasphème, mais ouf ! Après l’entracte nous retrouvons notre Maurice enfin guéri et purgé de son excès de sève, bien décidé à affronter l’ire maternelle pour lui annoncer la bonne nouvelle : il veut épouser la Cocotte ! Toute charité chrétienne mise à part, il se heurte à la fronde familiale, même celle de son vieil oncle libéral, et accepte dans un renoncement que l’ on trouve un peu facile, de se commettre dans un mariage dit-de raison, où probablement, comme ses pairs l’ont toujours fait, il ira très vite se distraire dans le Joli boudoir des Cocottes où retourne, très philosophe, la belle Étiennette !
Une fort belle soirée ! ! !

Merci Mme Nathalie Grauwin et sa jolie bande !

Créé, après un mois de résidence, au TOP de Boulogne-Billancourt, représentations du 20 au 22 novembre 2014.