Accueillir le chœur Accentus et son chef emblématique constitue sans conteste un évènement qu’un amateur de beau chant ne saurait manquer. Grâce soit rendu au service culturel de la Mairie qui m’a si gentiment invité.

Accentus

Accentus comportait, ce soir là, 31 chanteurs dont 16 femmes et 19 hommes. Étrange me direz vous, pas tant que ça, car trois hommes chantaient avec les alti. Tout de noir vêtus, ils sont répartis en deux chœurs pour la première partie du concert.

Laurence Equilbey

Laurence Equiley, leur chef, est fidèle à son image dans son maintien, sa direction et sa tenue qui rallonge encore sa silhouette. Une gestique précise qui utilise jusqu’aux doigts, une expressivité maitrisée, sans excès, en bref un chef comme tous les chanteurs aimeraient en avoir. Pour la première partie un continuo (orgue positif, violoncelle et contrebasse) assuré par l’ensemble, Les Nouveaux Caractères qui joue sur instruments anciens avait rejoint Accentus sur la scène.

Jean Sébastien Bach, hormis peut-être la pièce de Ligety sur lequel nous reviendrons, projetait son ombre tutélaire sur la programmation, réunie autour de la religiosité et de la musique au service du texte. Le premier motet, à double chœurs, est de l’oncle, Johann Christoph Bach (1642-1703). Une œuvre encore marquée par  Schütz et Buxtehude qui ne peut rivaliser avec le génie de son neveu ; intéressante entrée en matière néanmoins.

Suivaient des motets  à double chœurs du Cantor dont le premier, Ich lasse dich nicht, n’est probablement pas de lui. Que dire des trois motets suivants, Lobet den Herrn ; Komm, Jesu komm et surtout Singet dem herrn ein neues lied, sinon qu’ils figurent parmi les sommets de la musique chorale.

Jean Seastien Bach (1685-1750)

Jean Seastien Bach (1685-1750)

Intelligence de la mise en musique des textes qui avaient  pour Bach  tant d’importance et dont la traduction était projetée sur le mur de scène, contrepoints savant et limpidité des fugues constituent autant de marches vers les sommets musicaux.

Après l’entracte le programme proposait une rupture complète avec le Lux aeterna de Gyorgy Ligeti (1923-2006), compositeur d’origine Hongroise qui a travaillé avec Stockhausen et côtoyé notamment Boulez. Le Lux aeterna à 16 voix a été composé en 1966 et nous plonge dans un univers onirique dont la complexité harmonique (de nombreux chanteurs utilisaient d’ailleurs leurs diapasons électroniques) et la délicatesse des timbres avait déjà séduit Stanley Kubrick pour  2001 Odyssée de l’espace.

Felix Mendelsohn (1809-1847)

Le concert trouvait une conclusion assez logique avec  Felix Mendelsohn Bartholdy, redécouvreur de Bach et Haendel, dont les œuvres vocales sont marquées par l’héritage du premier. Le style est là résolument romantique et la beauté de l’écriture ne peut laisser indifférent. Tout comme chez Bach la mise en musique du texte  et la qualité de la composition pour les voix solistes, quatuors et chœur complet sont de la meilleure veine. Ces partitions sont, comme celles de Schubert et Brahms au 19ème siècle, pure plénitude sonore et plaisirs vocaux.

Pour l’exécution, on ne peut qu’apprécier la mise place des détails que les doigts de Laurence Equilbey expriment si subtilement. L’ensemble est presque parfait dans les meilleurs passages, même si on peut regretter quelques démarrages décalés, des fugues pas toujours en place et un Ligeti qui n’est pas tout à fait en place. A titre personnel j’ai trouvé Accentus bien meilleur dans  les Mendelsohn,  Bach m’a semblé moins abouti ; il lui manque peut-être cette pulsation qui fait tout le sel des interprétations des meilleurs baroqueux. Il ne suffit pas d’un la 415 ou d’instruments anciens pour sublimer cette musique si longtemps desservie par une « pâte sonore » héritée du romantisme.

Au total une soirée réussie et un public comblé que deux bis ont à peine rassasié. Bravo au carré Bellefeuille d’avoir invité un ensemble de cette qualité.

 

 

 

 

The following two tabs change content below.

steph

Boulonnais depuis bientôt 35 ans, j'y ai fait venir ma femme qui ne quitterait plus la ville pour un empire. Avec elle nous avons déménagé deux fois à BB et donné le jour à deux enfants, eux aussi boulonnais. et nous venons d'y prendre notre retraite. Conseiller de mon quartier depuis 2003, j'essaye de participer le plus possible à la vie de BB. La rencontre avec mes complices de l'e-bb me permet de vous faire bénéficier de tous nos bons plans et de notre passion pour cette ville. Si vous croisez un homme aux cheveux blancs tiré par un chien encore plus blanc, il y a de forte chance pour que ce soit moi.