Faïza Kaddour est Fatou, la troisième femme dans la lumière du festival de théâtre Seules..en scène du TOP. Seule en scène ? Pas tout à fait. Les voix de sa conscience, contrebasse et violoncelle de la musicienne Agnès Doherty, accompagnent le récit de cette savoureuse tranche de vie que Fatou raconte, danse, chante et cuisine, … « comme là-bas, dis ! »

Faïza Kaddour est Fatou ; un régal !

Fatou conteuse orientale tient le public sous le charme de son récit cocasse et décapant. La belle est née femme dans les contes et légendes du bled algérien, elle a grandi dans les dures règles du douar, insoumise mais protégée par son espièglerie et sa curiosité, ce qui lui vaut quelques claques d’une mère traditionnelle qui passe sa vie aux fourneaux. Elle arrive à Paris dans les valises d’un mariage arrangé avec un « Algérien de France » nantie d’une belle-mère odieuse qui lui laisse sa place de femme de ménage dans les locaux du Planning Familial. Fatou, l’oie blanche du djebel va faire le meilleur usage de cette situation. Grâce à Janine et Benoîte, deux passionnarias du planning familial – la conférence de cette dernière sur « l’Orgueusme » est un grand moment -, la belle et sensuelle Fatou trouvera les réponses à ses questions et le chemin vers une nouvelle vie.

La musicienne Agnès Doherty sert le frichti

Sans lâcher son frichti qui cuit tout au long de son récit, embaume le TOP, et donne faim aux spectateurs qui se retrouvent à l’issue du spectacle, assiette en main, avec les acteurs, dégustant les mets après les mots de Fatou dans une ambiance festivalière.
L’auteur Faïza Kaddour est la révélation du festival off d’Avignon en 2009, son Frichti ne cesse de tourner, « 165 représentations depuis l’origine dit-elle, nous sommes allés jusqu’au Liban » avec la mise en scène pétillante et légère de Jean-Francois Toulouse, lui-même comédien et fondateur de la Compagnie Tombés du ciel
Formidable auteur – ce texte a reçu en 2007 le prix du Centre national du Théâtre – et comédienne, Faïza Kaddour est aussi une excellente cuisinière (avant de faire du théâtre, elle voulait ouvrir un restaurant dans le Sud), il était donc inimaginable de ne pas mêler écriture et nourriture dans ce premier spectacle : “Je viens d’une famille où la richesse c’est la nourriture. Fatou vient du peuple, tout comme moi. Son rapport à la matière est très concret..
J’ai été en partie élevée par ma belle-mère, une femme algérienne. Dès que j’ai eu l’âge de porter quelque chose, j’ai aidé en cuisine. Ma belle-mère était l’aînée d’une grande fratrie. Dès ses sept ans, elle faisait à manger pour toute la famille. Elle a toujours cuisiné : c’était à la fois sa prison, son esclavage,son œuvre et sa création. »

Marie Mourgues, Edwige Cabello du TOP - Shookaia Haïdar-Faïza Kaddour- Jean-François Toulouse et Agnès Doherty

Généreuse jusqu’au bout Faïza Kaddour remet ce soir-là le montant d’une soirée de recette de son spectacle à l’Association NEGHAR qui vient en aide aux femmes afghanes, au nom de la Compagnie Tombés du Ciel ..
Le Frichti de Fatou continue sa tournée vers d’autres villes après le festival du TOP dont Faïza Kaddour dit « c’est une bonne idée que les femmes soient dans la lumière, surtout au niveau de la création »

Dis Fatou, si tu reviens au TOP avec ta nouvelle pièce « Le jour où je suis tombée amoureuse de ma mère » pour un prochain festival de Seules… en scène, qu’est-ce que tu nous cuisineras ce soir-là ?