Alors que les célébrations du Centenaire de la première guerre mondiale battent leur plein partout en Europe, Boulogne-Billancourt reste désespérément à la traîne. Mais les compagnons boulangers se mobilisent et défendent une idée intéressante : se pencher sur le pain dans la guerre.

Thierry Meunier devant ses baguettes craquantes et pains auvergnats. Hors champ, les "soft breads"

Thierry Meunier devant ses baguettes craquantes et pains auvergnats. Hors champ, les « soft breads »

« Tout est parti d’un article paru sur le site du CREBESC, le centre de recherche et d’étude de la boulangerie » raconte Thierry Meunier, Meilleur ouvrier de France et boulanger Place Jules Guesde depuis un an.

« Un de nos historiens, Laurent Bourcier, s’est penché sur l’histoire d’une jeune fille de 15 ans, Madeleine Deniau, qui a pris la relève de son père boulanger, mobilisé en 1915. Madeleine et son frère ont fait tourner le pétrin jusqu’à la fin de la guerre, assurant la production quotidienne de pain pour plus de 1200 personnes. Elle a fait la Une de journaux de l’époque, comme « La petite boulangère d’Exoudun. » On saluait son courage, elle était une espèce d’emblème de la ténacité dans un contexte où on essayait de donner du cœur à tout le monde. Après l’armistice, elle a été décorée par Poincaré ! La mairie d’Exoudun, où les murs de la boulangerie existent toujours, s’est intéressée à cette histoire, et c’est ainsi que nous avons conçu cette exposition du pain dans la Grande Guerre. »

Pour l’inauguration de l’exposition le 31 mai, des compagnons boulangers de toute la France, dont Thierry Meunier, vont faire le déplacement.

Cette exposition itinérante a vocation à passer les frontières.

Cette exposition itinérante a vocation à passer les frontières.

C’est qu’il y a à dire, en partant de cet aliment de base (320 kg consommés par personne et par an à l’époque, contre environ 50 aujourd’hui) : la mobilisation met un terme aux moissons, et ce faisant donne naissance au « pain noir. » « C’est après la guerre, et par opposition, qu’est apparue la notion de pain blanc » raconte Thierry Meunier. Plus largement, c’est toute une logistique et toute une économie qui se mettent en place, pour sustenter les soldats comme les civils. Des boulangeries mobiles sont inventées, avec des fours Werner tirés par des chevaux, afin de porter le pain sur le front. La pénurie régnant fait la part belle aux ersatz et aux nouvelles recettes pour produire du pain de guerre. On pense assez naturellement au pain KK, distribué dans les tranchées allemandes, et dont un compagnon a reconstitué la recette, avec une bonne dose de peaux de pommes de terre….

Madeleine Deniau et son frère André deviennent des héros durant la guerre - Gallica (photographie de presse / Agence Meurisse)

Madeleine Deniau et son frère André deviennent des héros durant la guerre – Gallica (photographie de presse / Agence Meurisse)

Thierry Meunier, contributeur régulier du CREBESC, est intarissable sur le sujet. L’exposition Le pain dans la Grande Guerre va tourner tout au long de l’année 2014 en France, mais également à l’étranger, avec un passage par Sarajevo. Et elle ne devrait pas s’en tenir là : « Nous espérons pouvoir la présenter au musée de la Guerre, et rendre hommage à la centaine de compagnons boulangers qui perdirent la vie dans ce conflit » raconte-t-il. Sur le chemin, il aimerait bien que l’exposition fasse halte à Boulogne-Billancourt, et pourquoi pas place Jules Guesde ? « Nous pourrions proposer toute une série d’activités autour de l’exposition, avec des dégustations de pains de l’époque, une démonstration dans un four Werner… » énumère-t-il.

Avis aux édiles, il y aurait de quoi célébrer dignement le Centenaire !