Après Abdel, nous avons eu un entretien avec un autre épicier de quartier qui nous a confié sa vie tout en souhaitant rester anonyme.

C’est l’un des épiciers qui se sont installés depuis vingt à trente ans à Boulogne-Billancourt après une autre vie, et qui ont observé l’évolution de cette ville du fond de leur magasin.

Faute de pouvoir représenter son étal, soulignons qu'il fut le premier à proposer des fruits exotiques.

Faute de pouvoir représenter son étal, soulignons qu’il fut le premier à proposer des fruits exotiques.

Son quartier a de moins en moins de petits commerces depuis la fermeture de l’usine Renault.
Il se souvient, à l’époque, qu’il existait dans la ville des usines de confiture, des blanchisseries, etc*. Il a lui-même travaillé dans une usine de confiture.
Il prendra sa retraite dans un an et demi, et comme les autres épiciers de sa génération, ne voit pas du tout d’avenir pour son métier. Après avoir travaillé comme peintre en bâtiment, il a acheté et tenu son propre magasin ailleurs dans notre ville avant d’ouvrir son épicerie actuelle en tant que locataire. C’est lui qui a introduit le premier – devançant les grandes surfaces et les chaînes de superettes -, dans les rayons de fruits et légumes, ces fruits exotiques comme la mangue, le fruit de passion, le kaki etc., qui ajoutent de la couleur sur nos tables et qui nous font voyager.

Habitant dans le quartier, il ouvre sa boutique à 9 h du matin et la ferme vers 23 h ou 23 h 30. Son fils lui donne un coup de main le week-end. Comme certains de ses collègues, il peut garder les clés, les colis des voisins, et il faisait des livraisons dans le temps.
Il témoigne de la baisse continuelle de ses affaires : sa clientèle consiste essentiellement en des gens de passage. Les habitants du quartier ne passent plus à son magasin que pour un « dépannage », et non pour de vraies courses. Un signe : il ne va chercher ses produits chez Métro qu’une fois par semaine maintenant, alors qu’auparavant il s’approvisionnait trois ou quatre fois par semaine.

Nous le remercions pour son témoignage précieux, qu’il nous a livré malgré son amertume.

*Pour mémoire, sur ce modèle, la fabrique de pains d’épices, rue de Billancourt, a été démolie il y a 3 ans déjà…