Le dossier visant la mise en compatibilité du PLU (Plan Local d’Urbanisme) pour le secteur de l’Ile Seguin avec le résultat de la consultation de décembre 2012 est soumis à enquête publique jusqu’au premier juin. C’est pourquoi un commissaire enquêteur attend de pied ferme les Boulonnais depuis le 29 avril pour enregistrer leurs observations sur ce nouveau projet.

Force est de constater que ce sujet n’intéresse pas ou plus nos concitoyens, puisqu’à l’issue de la 4ème et avant-dernière permanence, seulement six commentaires ont été enregistrés par le commissaire enquêteur. Que le temps doit être long pendant ces 12 heures de permanence déjà effectuées à raison de trois heures par séance (lundi 29 avril, mardi 7 mai, mercredi 15 mai, jeudi 23 mai) !

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler l’objet et l’enjeu de cette nouvelle enquête. Comme le maire l’écrit à propos, c’est face aux multiples contestations de la première mouture de son projet, validée par une révision partielle du PLU en juin 2011, qu’il a décidé d’organiser la consultation de cet hiver. Celle-ci visait essentiellement à réduire la constructibilité de l’île et le nombre de tours programmées. Les 17 000 votants boulonnais ont opté en majorité pour un passage de 310 000 à 255 000 m², avec une seule tour.
Pour tenir compte de ce résultat, la Ville a alors décidé de déposer une « déclaration de projet » (cf. le conseil municipal de février 2013). C’est celle-ci qui fait aujourd’hui l’objet d’une enquête publique.

Le principe de la déclaration de projet

La déclaration de projet est une procédure juridique instaurée en 2002, qui concerne des projets publics susceptibles d’affecter l’environnement, et plus largement, les projets publics d’aménagement.

Maquette du nouveau projet, exposée à l'Hôtel de Ville

Maquette du nouveau projet, exposée à l’Hôtel de Ville

D’après Emmanuelle Gillet Lorenzi, Maître de conférences de droit public et aménagement à l’Institut d’aménagement du territoire et d’environnement de l’université de Reims, cette procédure constitue « une véritable réponse à un souci de démocratie et de transparence. »* En effet, contrairement à la déclaration d’intérêt public, quelque peu autoritaire, la déclaration de projet implique une enquête publique pour la reconnaissance d’une qualité fondamentale : l’intérêt général.
C’est sur cette notion d’intérêt général que les Boulonnais et personnes concernées par le projet sont principalement amenés à se prononcer sur le registre du commissaire-enquêteur. L’autre dimension de l’enquête porte sur la reconnaissance du fait que la Ville a pris en compte l’avis des habitants et le traduit par la mise en conformité du PLU voté en juin 2011 avec leur choix de décembre 2012.
*Pour en savoir plus sur la procédure en tant que telle, consultez l’excellente fiche rédigée par Emmanuelle Gillet-Lorenzi sur le site du CERTU.

Vous avez dit intérêt général ?

Dans cette logique, la déclaration de projet s’accompagne d’un plaidoyer pro domo mettant en évidence l’intérêt général du projet. On se souvient qu’au conseil municipal de février, Gauthier Mougin, maire-adjoint à l’Urbanisme, avait déclaré que « l’intérêt général transpire par tous les pores de notre volonté. » Une sensible profession de foi qu’il s’agit d’étayer concrètement.

La mise en conformité implique une adaptation du PLU

La mise en conformité implique une adaptation du PLU

Le dossier de l’enquête publique est très complet à ce sujet, et par conséquent très épais. Serviables, les services de l’Urbanisme en ont résumé les principaux points sur des panneaux faciles à lire, dans l’espace d’exposition.
En résumé, donc, la Ville fait valoir l’intérêt général par les points suivants :

  • La concentration d’activités urbaines (économie, hébergement, loisirs) qui devraient impulser une dynamique profitable à tous, ce que l’on appelle communément un « pôle de destinations » ;
  • L’accent mis sur la part de surface accordée à « la culture » (84 000m² partagés entre Natural Le Coultre, le cirque Bouglione, les cinémas Pathé et la cité musicale – à noter qu’à première vue, il s’agit essentiellement d’intérêts privés. Seule la cité musicale est portée par une collectivité publique et a fait l’objet d’un appel à candidature. Prévue quel que soit le programme retenu, elle ne peut plaider en faveur de l’intérêt général de la déclaration de projet) ;
  • La mise en avant d’un équipement sportif de 4 500m², soit 1,7 % du programme total ;
  • Une offre de transports publics obtenue par la grâce dudit projet, en sus d’une « desserte performante dès aujourd’hui » : l’aménagement à terme au Pont de Sèvres d’une station du Grand Paris Express, et la mise en circulation, un jour, d’un transport en site propre ;
  • L’inscription du projet dans les documents de planification supra-communaux ;
  • Un marquage architectural fort ;
  • Une implication dans le développement durable, l’aménagement de l’île se voulant « un laboratoire d’une mise en œuvre de la densité urbaine » avec une attention particulière portée à la consommation énergétique et à l’installation de « nouveaux écosystèmes, » et un espace vert central de 12 000m² (soit moins de 5 % de l’ensemble).

 

Ce que l’on attend donc de vous, hypothétiques contributeurs à l’enquête publique, est de confirmer ou d’infirmer l’intérêt général d’un tel projet.

Focus sur la maquette

Bien que les masses architecturales ne fassent par partie de l’enquête publique cette fois-ci, si ce n’est par la reconnaissance assez indiscutable d’une prise en compte de la consultation de décembre, une immense et superbe maquette est exposée au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Ville devant l’accueil. Personne ne peut la rater. On y découvrira une représentation de la ville, et chacun pourra y reconnaître son quartier. On observera cette maquette géante et chacun pourra constater que la vue sur les coteaux de Meudon est préservée.

Vue aérienne de la maquette ; les nouveaux bâtiments sont presque indiscernables !

Vue aérienne de la maquette ; les nouveaux bâtiments sont presque indiscernables !

Pourtant, en y regardant de beaucoup plus près, on découvre avec stupeur que nombre des futurs bâtiments sur l’Ile Seguin sont représentés dans une matière parfaitement translucide, qui tranche avec l’environnement bâti. Il faut donc arriver à discerner ces bâtiments, demander à notre lobe cervical de transposer ces blocs transparents en une matière proche de celle utilisée pour les autres bâtiments pour obtenir une représentation réaliste de ce que serait ce nouveau projet, une fois les constructions sur l’Ile achevées.

Cette maquette a fait couler beaucoup d’encre, ou, de manière plus moderne, mobilisé beaucoup de pixels. Le collectif des riverains de l’île Seguin, à la pointe de la contestation du projet, en propose sur son site une version 3D, et une autre teinte en noir.

Il vous reste quelques jours pour l’admirer. Mais, concentrant les critiques ou les éloges, il ne faudrait pas qu’elle vous détourne du véritable objet de l’enquête publique. Celle-ci sera close le 1er juin à 12h, le commissaire-enquêteur tiendra une dernière permanence de même 1er juin de 8h45 à 11h45. Rappelons qu’il est possible de déposer ses remarques sur le registre en l’absence du commissaire. Pour ce faire, rendez-vous aux horaires d’ouverture de la mairie au 2ème étage de l’Hôtel de Ville, au service de l’Urbanisme. Le registre et le document complet de l’enquête vous attendent au bureau 12.