Le Théâtre de l’Ouest Parisien propose cette année quatre audacieuses créations au cœur d’un programme en tous points remarquable. Olivier Meyer, le directeur du TOP, nous explique quelle place occupent ces pièces parmi la trentaine représentées durant la saison.

16h30, mardi 18 septembre. Sur le parvis de la place Bernard Palissy, des volées de gamins s’ébattent sous l’œil vigilant des nounous. Les balles en mousse rebondissent, les trottinettes crissent, les rires et les exclamations fusent… La vie.
Pendant ce temps, au TOP, on s’affaire aussi. Ce soir-là a lieu la dernière présentation du programme de la saison, en présence des metteurs en scène et comédiens qui marqueront l’année. On dispose les programmes et leurs modèles réduits, on achève les essais lumière, on se cherche, on se relaie… La vie.

La maison d'os, l'une des quatre créations du TOP cette année, avec Les mystères de Paris, le Journal d'une femme de Chambre, et L'importance d'être sérieux

La maison d’os, l’une des quatre créations du TOP cette année, avec Les mystères de Paris, le Journal d’une femme de Chambre, et L’importance d’être sérieux

C’est au foyer du théâtre, encore calme à cette heure, qu’Olivier Meyer nous reçoit pour nous parler des créations montées au TOP cette saison, en cinq questions.e-bb : Que représentent les créations pour le TOP ?
Olivier Meyer  : Les créations représentent pas mal de choses !

Olivier Meyer, directeur du Théâtre de l’Ouest Parisien, ©Jean-Baptiste MillotQobuz.com

Au plan artistique, ce sont les créations qui donnent son identité au TOP. Nous ne sommes pas seulement un théâtre d’accueil, nous participons de la surprise et de l’imagination consubstantielles à notre métier en faisant exister de nouvelles productions ici, au TOP. Il est merveilleux de pouvoir proposer de nouvelles façons de donner une œuvre, ou, encore mieux, de donner à voir une œuvre montée pour la première fois.
Au plan financier, les créations représentent un engagement. Sans être forcément co-producteur, nous mettons à disposition le lieu, et les équipes de personnels. On peut également apporter un soutien directement financier, ce qui nous arrive régulièrement.
Enfin, c’est une aventure humaine : des gens qui ne se connaissaient pas se rassemblent pour former une équipe, son harmonie, sa cohésion et son élan, tout le temps de la création.

e-bb : Combien de temps ces troupes de création occupent-elles le TOP ?
Olivier Meyer : C’est variable, mais il faut compter en moyenne six semaines de répétitions. Tout ne se passe pas sur la scène, nous avons un studio de répétition rue de Clamart qui accueille les équipes durant cette période. Nous accueillons également les artistes en mini-résidence sur quelques jours à l’occasion des reprises, lorsqu’ils n’ont pas joué la pièce depuis longtemps.

e-bb  : D’une manière générale, comment opérez-vous vos choix ?
Olivier Meyer : Comment vous expliquer… C’est la résultante complexe, parfois irrationnelle, d’une expérience, de connaissances, de rencontres, de réseaux, de volonté et de conviction. Je compose quelque chose qui me paraît être adapté à ce que je crois nécessaire pour divertir, plaire, faire réfléchir aussi, donner conscience au public du TOP. J’ai le lieu en tête, l’outil technique – avec ses spécificités -, les contraintes financières… Parfois cela me préoccupe : que vais-je faire la saison prochaine ? Mais, étrangement, dans l’océan de propositions qui s’offrent aux théâtres, je connais rarement des dilemmes.

e-bb  : Se sont constituées, avec le temps, de profondes fidélités : on voit des metteurs en scène revenir, comme Jean-Marie Besset ou Joël Pommerat, mais aussi des comédiens, comme Denis Podalydès
Olivier Meyer : Oui, bien sûr, il y a des fidélités à des interprètes et à des metteurs en scène, mais aussi à des auteurs.

Naples Millionnaire, à partir du 21 novembre au TOP

Je pense à Feydeau par exemple, puisque nous représentons en octobre le Système Ribadier. Feydeau, c’est amusant, c’est aussi un auteur contemporain de la construction du TOP, à la toute fin du XIXème siècle. Feydeau, c’est toute une époque, et ça colle bien avec Boulogne ! C’est un génie, il exploite la lâcheté masculine pour nous conduire au délire total, Feydeau, c’est terrible ! cet engrenage grotesque parti d’une accumulation de mensonges, c’est terrible !
On peut aussi citer De Filippo, c’est la troisième fois que nous représentons une de ses pièces.
La troupe de Naples Millionnaire ! est jeune, nombreuse, pleine d’entrain, elle a remporté un fort succès et le TOP est son unique lieu de représentation à Paris cette saison. Nous avons très envie de les soutenir, la situation géographique du théâtre me fait espérer que de nombreux programmateurs et professionnels seront présents. Le public, en tout cas, est acquis ; nous venons d’ajouter une date de représentation supplémentaire !*

e-bb : Cette année, parmi les quatre créations du TOP, on dénombre deux adaptations d’un texte narratif : Les Mystères de Paris et Le journal d’une femme de chambre. Pourquoi ?
Olivier Meyer : Comme toujours, c’est la rencontre d’un texte et d’une personnalité.

Natacha Amal sera femme de chambre au TOP

Pour les Mystères, c’est une idée de William Mesguich que j’ai trouvée amusante : parler de ce Paris du début du XIXème, avec son argot, ses personnages hauts en couleur… Ce texte recèle quelque chose qui a disparu, loin de notre monde aseptisé. Là on a des personnalités qui n’avaient pas peur de vivre et d’exister différemment. Ce que je retiens d’Eugène Sue, c’est la vie, et c’est par la vie que l’on bascule du feuilleton au théâtre. C’est ça qui m’a donné envie de donner sa chance à Mesguich. Je l’aide sur ce spectacle que je co-produis. C’est un spectacle qui lui ressemble, et je sais que ça va pétarader sur le plateau et qu’on va s’amuser !
Quant au Journal, je l’ai pris pour deux raisons : tout d’abord, pour le titre, bien sûr. Ce texte de Mirbeau a souvent été représenté sur scène et il le mérite : il faut continuer à le donner à voir, ça reste un texte d’actualité, ce quasi-esclavage d’une domestique par des gens soi-disant honnêtes. Je l’ai pris aussi pour Jean-Marie Villégier, un metteur en scène que j’apprécie et admire beaucoup. Cette fois-ci, il est collaborateur artistique, aux côtés de Jonathan Duverger. Ils ont choisi Natacha Amal, qui a déjà travaillé avec Villégier, pour faire vivre cette femme du peuple. Villégier est un savant, très talentueux, qui a pour une partie de la profession le tort d’être vieux.

e-bb : Cette réaction, cette réponse aux coteries n’est-elle pas aussi une façon de guider vos choix ?
Olivier Meyer : J’agis surtout par liberté. J’aime par-dessus tout la liberté d’entreprendre et la liberté de choisir. Je la mets au-dessus de tout. Encore faut-il bien sûr en avoir la possibilité. C’est mon cas, et je suis arrivé à un moment où j’ai envie d’être de plus en plus libre.

*Naples Millionnaire !, représentation supplémentaire le mercredi 21 novembre à 20h30. Les autres dates sont pratiquement pleines, dépêchez-vous de réserver !