Avant le premier tour, l’e-bb va à la rencontre des candidats aux législatives sur la 9ème et la 10ème circonscriptions des Hauts de Seine. Voici Bertrand Soubelet, candidat indépendant sur la 10ème circonscription, général de gendarmerie nouveau venu en politique.

Servir la France autrement

e-bb : Avez-vous un jour imaginé que votre carrière à la gendarmerie se terminerait ainsi ?

Bertrand Soubelet : Jamais de la vie ! Jamais je n’aurais imaginé que ça se passerait comme ça à l’Assemblée nationale (suite à son audition par la commission d’enquête parlementaire sur la lutte contre l’insécurité en 2013, Bertrand Soubelet a été muté. A la parution de son livre Tout ce qu’il ne faut pas dire en 2016, il a été placé hors cadre, ndlr). Quand on embrasse une carrière comme celle-là, avec une motivation nourrie depuis l’âge de 12 ans, on ne peut pas s’attendre à ça. Mais avec le recul, je me dis que ce n’est peut-être pas plus mal. Peut-être que j’étais arrivé au bout de mon chemin avec la gendarmerie.

e-bb : Vous êtes un homme engagé : pourquoi prendre aujourd’hui la voie parlementaire ?

Bertrand Soubelet

Bertrand Soubelet

Bertrand Soubelet : Il y a un an, si on me l’avait dit, j’aurais éclaté de rire. Je ne pensais pas que je pourrais le faire un jour. Mais durant toute ma carrière, j’ai appliqué des lois pénales dont il m’arrivait, en mon for intérieur, de contester les objectifs mêmes. C’était très compliqué d’un point de vue éthique. A l’Assemblée nationale, on m’a mis dans la peau d’un lanceur d’alerte, et j’ai finalement décidé d’aller au bout. Les attentats survenus en France ont aussi joué dans ma réflexion ; il me semble que les compétences acquises dans la gendarmerie peuvent servir d’une autre manière.
Je suis un produit de la République. Aujourd’hui j’aspire à faire de la politique, mais autrement, en m’appuyant sur mes valeurs. Et il me semble que ça vaut le coup.

Se lancer en politique dans ces conditions est difficile : il faut y croire, avoir un sacré moral, des moyens financiers, et des bras et des jambes derrière vous. En ce moment je sens que la dynamique prend !

e-bb : Le mot « pragmatisme » revient dans votre programme, comment l’entendez-vous ?

Bertrand Soubelet : Et pour cause… Pour moi le pragmatisme, c’est la simplicité et l’utilité. C’est ce qui devrait guider les décisions, et non les calculs politiques ou les idéologies. Pendant toute ma vie, j’ai pourtant l’impression que c’est ainsi que les décisions ont été prises. Pourquoi, par exemple, pendant ces décennies, certains projets emportant l’adhésion de tous n’ont-ils pas été votés par l’opposition ? C’est cette mécanique qui nous a mis dans le mur, on ne peut plus se le permettre.

Pour un gouvernement de projets

e-bb : Vous avez été l’un des experts mis à contribution par le candidat Macron, que lui avez-vous apporté ?

Bertrand Soubelet : Emmanuel Macron, à l’époque, personne n’y croyait. Mais moi je savais qu’il pèserait un jour. Je ne me doutais simplement pas que ce serait si tôt (rires) ! 
Je l’ai aidé à structurer son programme pour la Défense et la sécurité, mais aussi, on le sait moins, pour l’Outre-Mer, qui est un sujet très important. Chaque territoire a ses spécificités, avec parfois des situations explosives, comme à Mayotte, des faits de grande violence, comme à Saint Martin, ou des frontières démesurées, si l’on pense à la Guyane. Il y a des enjeux énormes dans ces territoires, c’est la France, et personne n’en parle.

e-bb : Si vous êtes élu, comment vous positionnerez-vous par rapport au gouvernement issu de la majorité présidentielle ?

Bertrand Soubelet : Très simplement : je vais coopérer avec ce qui me semble conforme aux intérêts de la France.
J’ai pris mes distances avec En Marche alors que le mouvement agréait des ralliements qui ne correspondaient pas à ma définition du renouvellement et du changement. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas cette étiquette aujourd’hui.
Il faudra de toutes façons une majorité pour gouverner : si le président ne l’a pas, on aura des majorités de projets, ce n’est pas plus mal. Comme je ne suis pas un chevalier blanc, je rejoindrai le groupe parlementaire le plus proche de mes convictions, mais je ne souhaite appartenir à aucun parti.

e-bb : Que répondez-vous à ceux pour qui il est nécessaire de maintenir une distinction nette entre droite et gauche ?

Bertrand Soubelet : Je dis que ceux qui défendent le statu quo ont intérêt à le défendre…

Une réforme institutionnelle

e-bb : Dans quelle commission siégerez-vous ?

Bertrand Soubelet : Je choisirai la commission des lois car c’est celle qui permet de faire avancer le plus les lois et les institutions. Or, il faut en changer certains aspects.

Ainsi, il faut revoir le découpage des circonscriptions – la 10ème est un exemple de logiques indifférentes à l’intérêt des habitants. Il faut également réduire le nombre de députés à 400 et penser la représentativité en fonction des territoires, et non du nombre global d’électeurs.
Par ailleurs, je suis pour un retour au septennat, peu importent les cohabitations ! 5 ans, c’est trop court. 7 ans, avec l’impossibilité d’enchaîner deux mandats consécutifs, me semble mieux adapté. Un jeune président pourrait ainsi faire plusieurs mandats, mais à travers le temps…
Enfin, on ne peut plus passer sous silence ces millions de Français qui votent blanc. Ils se déplacent aux urnes pour dire quelque chose, il faut reconnaître le vote blanc, et lui donner un caractère invalidant. Ceci est très possible à organiser, à condition de l’assortir d’une charte et d’un véritable statut de l’élu.

L’ancrage territorial

e-bb : Quel député serez-vous ?

Bertrand Soubelet : Comme chacun le sait, je suis issu de la société civile. Je n’ai pas besoin de la politique pour vivre, et vais renoncer à 50 % de mon indemnité parlementaire pour rémunérer des collaborateurs de qualité : on ne fait pas de bon travail en payant ses collaborateurs au lance-pierre.

Je serai en outre un député fort de ses valeurs de transparence et de sincérité, et de son ancrage local.
J’habite Issy-les-Moulineaux depuis vingt ans, ma femme est engagée dans la vie associative, nos enfants y ont grandi et ont fait une partie de leurs études à Issy et à Vanves. Je n’ai évidemment aucun programme pour la circonscription : je ne suis pas le maire, et ne m’immiscerai pas dans les affaires des maires. Mais je me tiens au courant, et j’ai le souci d’être auprès des élus locaux, parce qu’avec la suppression du cumul des mandats, il faut donner un caractère de territorialité à la circonscription.

Réunion publique de Bertrand Soubelet le 8 juin à l’école élémentaire Pierre Grenier, 18 av. Pierre Grenier.
Le candidat sur Twitter : BSoubelet1