Avant le premier tour des législatives 2017, rencontre avec Gabriel Attal, candidat En Marche sur la 10ème circonscription des Hauts de Seine.

La révélation En Marche

e-bb : Quel est votre parcours d’engagement ?

Gabriel Attal

Gabriel Attal

Gabriel Attal : Lorsque j’étais étudiant, j’ai lu La rage au cœur, d’Ingrid Bétancourt, qui m’a bouleversé. A l’époque, elle était l’otage des FARC. Je me suis engagé dans une association de soutien à sa libération, qui embrassait en fait l’ensemble des otages, avec des initiatives variées sur le territoire. Par la suite, dans le cadre de Sciences Po, je me suis impliqué dans le programme « Agir dans les lycées. » Il s’agissait de former des étudiants de l’IEP pour qu’ils se rendent dans les ZEP et y fassent la promotion de la convention ZEP. On faisait connaître Sciences Po, on motivait les lycéens et on luttait contre leur auto-censure.

J’ai ensuite adhéré au Parti socialiste, qui était le plus proche de mes idées. J’appartenais à cette ligne minoritaire et ancienne, d’inspiration rocardienne, selon laquelle il fallait dépasser l’étiquette pour travailler avec l’ensemble des progressistes. Les problématiques du monde d’aujourd’hui sont d’après moi trop larges et trop complexes pour que persistent les clivages anciens. C’est d’ailleurs dans cette logique que j’ai rejoint en 2014 une liste mixte aux municipales, qui laissait une place importante à la société civile.

Lorsqu’Emmanuel Macron a lancé En Marche, j’y ai trouvé l’incarnation de mes idées. En fait, il avait attiré mon attention avec sa loi pour la croissance. Sa proposition sur le travail dominical m’a particulièrement parlé. Quand on a dû comme moi travailler à plein temps pour payer ses études, on connaît l’intérêt du travail le dimanche ! Le discours du parti socialiste à cette époque m’a ulcéré, il servait des dogmes et défendait des tabous, au lieu de regarder la réalité. Quand Emmanuel Macron a déclaré sa candidature à la présidentielle, j’ai quitté le parti socialiste sans regret et j’ai fait campagne à fond !

e-bb : Comment représenter un mouvement comme En Marche, à la progression fulgurante ?

Gabriel Attal : C’est plus facile qu’on ne pourrait le penser car En Marche correspond à une attente. La Grande Marche, les 100 000 portes auxquelles nous avons frappé, les comités locaux – dont celui de Boulogne Sud est un exemple dynamique – représentent une nouvelle manière de faire de la politique. Celle-ci s’articule à un programme de fond.
En Marche a été fondé en avril 2016, et il a fallu quelques mois pour que le mouvement s’incarne. Le meeting de Versailles, en décembre dernier, a donné la véritable impulsion et fait apparaître En Marche comme une force politique. Aujourd’hui, ce parti est doué d’une identité forte, que sous-tend l’enjeu d’une majorité présidentielle. Les Français en sont très conscients, personne n’a envie que le pays reste bloqué cinq ans. Nombre d’électeurs du second tour me font part de leur soutien dans cette logique.

L’articulation du local et du national

e-bb : : Vous avez soin sur votre site de décliner le programme d’En Marche sur le territoire : la relation à la circonscription est-elle si importante pour vous ?

Gabriel Attal : Il l’est pour moi comme pour les électeurs. Chacun sait qu’il s’agit d’un mandat national, mais il s’appuie sur une représentation locale. La circonscription est une chambre d’écho : j’ai parlé hier trois heures avec les jeunes du square de l’Avre à Boulogne, et c’était hyper-intéressant. A partir de leur expérience les questions des perspectives pour les jeunes, de leur insertion dans la société, de leur logement aussi, prennent un nouveau relief. On voit comment l’articuler avec la proposition d’En Marche de construire des logements fléchés « jeunes », avec un bail spécifique.

De même, ce sont les électeurs qui m’interpellent sur la fusion entre Boulogne et Issy. Par principe, je suis favorable à la mutualisation des moyens et à la suppression de strates administratives, à commencer par les départements. Pour autant, quand on touche à l’identité de nos communes, j’estime nécessaire de consulter les électeurs. Je ne parle pas d’une sanction par référendum, mais d’une consultation, bien plus simple à mettre en oeuvre. Sur un tel sujet, il faut réussir à emmener les habitants. Et pour ce faire, il faut leur permettre de comprendre le projet et de donner leur avis. On voit que ce débat dépasse largement le territoire.

e-bb : Quels projets locaux nécessitent d’après vous un soutien politique national ?

Gabriel Attal : On peut penser au schéma de transport à redessiner avec l’arrivée du Grand Paris Express, aux gros projets d’aménagement comme au sud de Boulogne… Dans tous les cas, il faut garantir que ces projets améliorent la qualité de vie et ne détériorent pas les services et activités de proximité. Le quartier d’Issy Val de Seine par exemple, a été transformé par l’arrivée des grandes entreprises. On peut s’en féliciter, tout en soulignant l’impact sur la vie du quartier. Ainsi, la vie commerciale s’est calquée sur l’activité économique, ce dont les résidents souffrent.

C’est pourquoi le député a un rôle à jouer sur les projets locaux. Je crois à la « démocratie interpellative » et à la fonction d’un député-passerelle.

Un député-passerelle

e-bb : Comment le concevez-vous ?

Gabriel Attal : Il faut être une voie d’entrée au débat pour les électeurs, tout en apportant la vision transversale du parlementaire, qui agit en concertation avec les élus locaux. J’aurai également une attention particulière pour les entreprises et les réseaux d’entrepreneurs comme le Boss Club ou le Challenger Club. Il faut le reconnaître à André Santini, nous avons grâce à lui un territoire très fertile en entreprises innovantes. Elles manquent malheureusement pour l’instant d’une voix politique à l’échelon national pour se faire connaître, se développer, et inspirer d’autres territoires.

Je compte m’appuyer sur la e-démocratie, peut-être en développant mon propre outil, qui se déclinerait en un site et une application. Ce support sera doublé par des ateliers citoyens, que j’animerai tous les deux mois dans chaque quartier de la circonscription. La difficulté sera de conserver la valeur représentative de ces initiatives : tout le monde n’aura pas le temps, ni l’envie de participer.

Je ne prétends pas réinventer la démocratie, mais ce que je propose correspond à l’identité d’En Marche. La campagne présidentielle a été extraordinaire, et vraiment collaborative. Pour m’aider actuellement, je peux compter sur 600 militants, c’est une force énorme à l’échelle locale. Et elle est composée de gens qui veulent continuer après ces élections et rester force de proposition, notamment via les comités locaux. Quand on a connu le parti socialiste, on vit ce mode de fonctionnement comme une libération !

e-bb : Quelles sont d’après vous les priorités de la prochaine mandature ?

Gabriel Attal : J’en vois quatre. Tout d’abord, et si je suis élu, je serai très fier d’avoir à voter ce premier texte, la moralisation de la vie politique. Il s’agit autant de s’assurer de la probité des responsables, que d’assurer la régénération de la vie démocratique, avec le non-cumul des mandats dans le temps. Cette disposition permet de maintenir l’équilibre entre un élu sortant et ses concurrents, alors qu’un élu installé dans son mandat depuis 15 ans déséquilibre de fait l’élection.

Ensuite vient la nécessité de fluidifier le droit du Travail, tout en apportant des protections au salarié. L’idée est de conserver le cadre légal des 35 heures, tout en prévoyant des modulations, notamment en fonction de l’âge du salarié. Il est également prévu de revenir aux heures supplémentaires totalement défiscalisées.

La troisième priorité porte sur l’Education. Les mesures annoncées pour les Rep et les Rep +,  avec entre autres 12 élèves par classe dans les petits niveaux, sont très positives.

Enfin, il est important de redonner à la France une voix dans le monde. C’est concrètement ce qui est en train de se passer, et Emmanuel Macron a levé en quelques semaines tous les doutes de ceux qui ne croyaient pas en sa capacité d’assumer cette mission.

e-bb : Si vous êtes élu, dans quelle commission siégerez-vous ?

Gabriel Attal : La commission des Affaires économiques aurait ma préférence, car je suis très intéressé par les start-ups et entrepreneuriat en général.
De grands chantiers nous attendent, comme la réforme de l’assurance chômage. Il ne s’agit pas de rapatrier tout le monde dans le régime général, mais par exemple de supprimer le RSI, qui s’apparente à un véritable accident industriel. Et, contrairement à ce que l’on dit, il avait été décidé sous Sarkozy. Je suis également sensible au dossier du droit à l’erreur, qu’il faut réformer en rendant sa place à la bonne foi.

Pour ces sujets comme pour bien d’autres, je crois en la détermination d’Emmanuel Macron. Il saura résister aux blocages, et il a un atout : contrairement à ses prédécesseurs, lui, il a tout annoncé durant sa campagne, et il a donné du sens à ses propositions.

Meeting à Boulogne le 7 juin à 19h45 à l’école Castéja.
Le candidat sur Twitter :
@GabrielAttal

Guy et Anne-Sophie

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