Avant le premier tour, rencontre avec Isabelle Goïtia et Sandra Talbot, candidates Front de Gauche aux législatives dans la 9ème circonscription des Hauts de Seine.

e-bb : Pouvez-vous vous présenter ?

Isabelle Goïtia : J’ai 51 ans, je suis conseillère commerciale dans un groupe d’assurance. Boulonnaise depuis toujours, je suis très attachée à ma commune et je désire partager, avec les Boulonnais, mon projet de société essentiellement centré au cœur de l’humain qui privilégie donc d’abord l’humain. C’est apporter un autre son de cloche dans cette circonscription très marquée à droite. Mieux partager les richesses, développer les services publics du bien commun.

Sandra Talbot : J’ai 40 ans, je suis Boulonnaise depuis 10 ans. Je suis cadre dans la fonction publique territoriale, à la mairie de Paris. Mes combats sont le logement accessible pour tous, les services publics, et le statut de la fonction publique. En effet, pour rendre un bon service public, il faut avoir un statut protégé pour éviter l’interpellation des élus et éviter le clientélisme et garantir une égalité d’accès pour cet emploi.

Isabelle Goïtia

Isabelle Goitia et Sandra Talbot – DR

Des quartiers à l’Assemblée

e-bb : Que pensez-vous pouvoir apporter aux Boulonnais ?

Isabelle Goïtia et Sandra Talbot : Le Front de Gauche n’attend pas les élections pour faire de la politique. Toute l’année et en toutes circonstances nous militons. En ce moment à Boulogne, nous nous mobilisons beaucoup pour la défense du service public. Ces batailles nous les prolongeons dans la campagne électorale et nous nous saisissons des problèmes locaux pour faire des propositions à l’Assemblée Nationale. C’est d’ailleurs notre slogan, De nos quartiers à l’Assemblée.

Par exemple, ces derniers temps nous nous sommes battus pour la réouverture de la PMI dans le sud de Boulogne. Celle du Pont de Sèvres a été fermée. Nous avons été voir Madame Godin à plusieurs reprises et malheureusement nous n’avons toujours aucune réponse sur ce sujet de sa part.

Nous nous battons également pour le logement social, tant au niveau de la construction que de la réhabilitation de bureaux en logements sociaux. Par exemple, la gendarmerie qui est désaffectée pourrait permettre une transformation en 50 logements sociaux jadis occupés par les familles des gendarmes. De tels projets peuvent être aussi envisagés pour les locaux de la sous-préfecture de Boulogne dont certaines prérogatives pourraient être transférées à Antony. Cela dit la fermeture de cet établissement nous interpelle lorsque l’on voit les files d’attentes monstrueuses à la préfecture de Nanterre. Et que dire des facilités d’accès de ces 2 centres en transport en commun pour les Boulonnais ? Ce sont donc encore les personnes qui sont le plus dans la précarité et qui ont besoin de ces services pour s’en sortir qui vont être le plus pénalisées.

 

Je vais vous livrer une anecdote qui illustre parfaitement le recul du service public : il y a quelques jours j’étais à la Fnac de Boulogne et une vieille dame demandait à ce que quelqu’un lui imprime un formulaire pour renouveler sa carte d’identité car à la Mairie, personne ne le lui donnait sous prétexte qu’il fallait le télécharger sur Internet et l’imprimer ! Le vendeur de la Fnac lui a gentiment rendu ce service. Mais franchement est-ce son rôle ? Voilà un exemple qui illustre parfaitement le recul et la déshumanisation du service public pour tous dans notre ville, et plus particulièrement pour les personnes âgées.

A Boulogne, nous nous battons aussi contre la fermeture du château de Benais qui a été programmée sous prétexte de non rentabilité. GPSO pourrait aider à la préservation de ce site qui est un outil d’accès aux loisirs pour tous et principalement pour les enfants de familles défavorisées, et donc de rompre l’isolement dans lequel on veut les cantonner. Mais la Ville n’a pas la volonté politique de conserver ce site. Nous, nous prônons une politique du partage du bien commun et la construction d’une société pour mieux vivre ensemble.

La place du PCF dans le paysage politique français

e-bb : Quel est votre objectif pour ces élections, sachant que vous aviez obtenu 2,07 % des suffrages aux précédentes élections législatives et 3,4 % aux dernières municipales ?

Isabelle Goïtia et Sandra Talbot : Nous sommes dans un contexte assez favorable, puisque le PS ne propose pas de candidat sur cette 9ème circonscription, pas plus que la France Insoumise et le mouvement En Marche. Nous pourrions donc espérer une progression de notre résultat. Si nous franchissons la barre symbolique des 5 %, nous serons très contentes, d’autant plus que monsieur Mélenchon a fait un score d’environ 11 % du suffrage au premier tour de l’élection présidentielle, dans une ville qui est très marquée à droite ! Il y existe donc bien une sensibilité de gauche à Boulogne Billancourt.

e-bb : On comprend bien l’intérêt d’une candidature du PCF-Front de Gauche au niveau local, mais que représente aujourd’hui le PCF au niveau national ?

Isabelle Goïtia et Sandra Talbot : Le PCF représente toujours une forte implantation locale partout au niveau national. Tout au long de l’année, nos militants sont à l’écoute et aux côtés de nos concitoyens pour les aider. Nous ne sommes pas présents, comme beaucoup d’autres, seulement en période électorale ! En conséquence toutes les voix qui se porteront sur nous à Boulogne-Billancourt compteront pour notre représentativité au niveau national.

e-bb : Quel est votre positionnement par rapport à la France Insoumise ?

Isabelle Goïtia et Sandra Talbot : La campagne présidentielle a permis à un très grand nombre de personnes dégoûtées de la politique de s’ y intéresser à nouveau. Et cela est un événement politique très important. Au sein de notre parti, nous connaissons nos structures, nos responsables aux différents échelons et nous avons un fonctionnement démocratique. Quand une décision est prise, nous savons comment elle est prise et pour quelle raison. Ce n’est pas forcément le cas pour le mouvement France Insoumise.

Au parti communiste, nous avons fait notre auto-critique et abandonné le centralisme démocratique, ce n’est pas pour le retrouver avec le mouvement France Insoumise. Nous sommes d’accord avec eux sur le fond, mais nous avons de profondes divergences sur la forme et sur le fonctionnement démocratique.

Lorsque l’on prône la 6ème République et donc la fin du fonctionnement monarchique de la 5ème, nous ne comprenons pas que monsieur Mélenchon puisse se présenter comme le sauveur suprême de la Gauche ! La Gauche est plurielle et il faut la respecter.

Pour une 6ème République

e-bb : Puisque vous soutenez le principe de la 6ème République, pouvez-vous nous expliquer ce que cela changerait par rapport au fonctionnement de la 5ème ?

Isabelle Goïtia et Sandra Talbot : En finir avec le Présidentialisme. C’est le Parlement, donc la représentation nationale, qui décidera du devenir de la France. Le fonctionnement par ordonnance illustre un véritable souci du fonctionnement démocratique. Nous souhaitons donc un renforcement significatif du pouvoir du Parlement.

Dans cet esprit, nous sommes favorables au non-cumul des mandats, et à la révocation des élus. Les élus font des promesses, donc à eux de tenir leurs engagements et de rendre des comptes. A défaut, il faut pouvoir les révoquer.

Le changement vers la 6ème République s’accompagne aussi d’un changement de société qui luttera contre l’individualisme. C’est lutter contre le capitalisme, contre les pleins pouvoirs de la Finance. C’est rénover le fonctionnement de nos institutions et redonner du pouvoir aux salariés dans les entreprises. C’est donc un changement de paradigme qui veut remettre le citoyen au cœur de la décision, au cœur de sa vie et de la société.

Concrètement , nous sommes contre les modifications du code du travail qui diminuent les droits des salariés et retirent du pouvoir aux instances représentatives du personnel. Dans les entreprises aussi on a besoin de transparence et de démocratie.

L’opposition à la majorité gouvernementale

e-bb : Que pensez-vous de la recomposition politique actuelle ?

Isabelle Goïtia et Sandra Talbot : Monsieur Macron est un homme extrêmement intelligent qui a manœuvré habilement pour casser le PS. Aujourd’hui il s’attaque au parti Les Républicains pour le faire exploser. Beaucoup de personnes parmi les élus locaux sont opportunistes et ne pensent qu’à leur carrière personnelle, se raccrochent aux branches d’En Marche parce qu’ils sentent le vent tourner. Et puis il y a d’autres élus qui restent intègres et qui continuent à porter et défendre leurs valeurs.

e-bb : Que pensez-vous de la composition de ce gouvernement ?

Isabelle Goïtia et Sandra Talbot : C’est très clair, c’est un gouvernement de droite. Macron est un produit marketing qui a profité du contexte particulier de la droite et d’une gauche divisée. Il prêche le changement, le renouveau et paradoxalement il se dote de ministres que nous avons déjà vus, et qui, récemment encore, pouvaient le contester, comme Edouard Philippe. Un premier ministre, on le rappelle, qui n’a pas voté la loi du Mariage pour Tous ni celle de l’égalité de la femme.On ne peut pas dire que ce gouvernement soit marqué du sceau du renouveau ! Tout comme les affaires ! En fait, ils sont comme les autres, quel renouveau ! !

Au premier tour, on ne peut pas dire qu’il a eu une très forte majorité. Les 4 premiers candidats, rappelez-vous, sont dans un mouchoir de poche. Il a très nettement gagné le second tour et nous ne le contestons pas. Nous mêmes, comme beaucoup d’autres, nous avons voté Macron pour faire barrage au Front National. Il est élu dans ces conditions-là, il ne faut pas l’oublier. Au premier tour, il n’a pas fait 35 % de voix, donc on ne peut pas dire qu’il existe un plébiscite Macon. Alors gouverner par ordonnance ! !

e-bb : Si vous êtes élue, quelles sont les 3 premières mesures phares pour lesquelles vous vous engagerez à fond ?

Isabelle Goïtia : La moralisation et la démocratisation de la vie politique.
Une nouvelle réforme fiscale et la lutte contre la fraude fiscale (entreprise comme particulier), avec une augmentation du pouvoir d’achat.
La transition énergétique qui représente un énorme gisement d’emplois

Les candidates sur Facebook : GoitiaTalbot2017