Avant le premier tour, l’e-bb va à la rencontre des candidats aux législatives. Voici Messaoud Zazoun, candidat Allons enfants sur la 10ème circonscription.

e-bb : Pourriez-vous vous présenter ?

Messaoud Zazoun

Messaoud Zazoun

Messaoud Zazoun : J’ai 20 ans et je vis à Boulogne-Billancourt depuis toujours, où j’ai accompli toute ma scolarité. Je suis aujourd’hui étudiant en droit à Nanterre et je travaille en parallèle : je suis agent d’accueil dans un lieu de séminaire. Il m’arrive aussi de faire des extras dans la restauration, comme ce soir.

La sous-représentation des jeunes en politique

e-bb : Qu’est-ce qu’Allons enfants, le parti que vous représentez ?

Messaoud Zazoun : C’est une jeune formation politique qui a pour origine les municipales de 2014. A Saint Cloud, des jeunes de 18-25 ans ont fait le pari de monter leur propre liste, et ils sont arrivés au second tour ! Ils ont fait 15 % des voix, et ont aujourd’hui deux élus au conseil municipal. Certains de mes amis de collège et de lycée ont pris part à cette aventure, que j’ai suivie sur Facebook avec intérêt.

e-bb : C’est ce qui marque les débuts de votre engagement ?

Messaoud Zazoun : Oui. En 2014, j’étais trop jeune, je ne votais pas encore. Mais Allons enfants a poursuivi sur sa lancée, avec l’objectif de présenter 100 candidats de 18-25 ans aux législatives. Je me suis rendu à une réunion d’information début 2016, et j’ai rejoint leur think tank. C’est une formidable expérience de débat et de démocratie telle que je la conçois : les membres d’Allons enfants sont issus de toutes les sensibilités politiques, et il a fallu s’accorder sur nos propositions pour avoir le programme le plus solide possible. Il m’est arrivé d’animer des débats de 8 à 10 heures sur un sujet pour aboutir à un accord ; c’était passionnant !

e-bb : Pourquoi d’après-vous une si faible représentation des jeunes en politique ?

Messaoud Zazoun : Il y a plusieurs raisons, mais la principale relève du cercle vicieux : la vie politique française aujourd’hui est animée par des acteurs engagés depuis des décennies. Les jeunes voient que ce sont toujours les mêmes et qu’ils ne leur ressemblent pas. Partant, ils se désintéressent de la politique en pensant que ce n’est pas fait pour eux. C’est bien sûr absolument faux, la politique concerne tout le monde, et les mesures votées engagent tout le monde. Mais pour en convaincre les jeunes citoyens, qui sont actuellement les premiers abstentionnistes et les premiers à voter pour les extrêmes, il est impératif d’avoir plus de jeunes dans le personnel politique.

e-bb : Quel est votre objectif pour ces élections ?

Messaoud Zazoun : Nous ne sommes pas présomptueux : finalement, nous sommes parvenus à présenter 58 candidats à travers la France. Notre objectif est que 50 d’entre eux au moins dépasse 1 % des voix, afin d’accéder au financement des partis. Cela nous donnera les moyens de viser notre objectif suivant : présenter des listes de jeunes aux prochaines municipales dans tout le pays. Notre expérience à Saint Cloud prouve que les jeunes ont toute leur place dans ces instances, et peuvent réellement peser dans le débat.

Un programme sur quatre piliers

e-bb : Quelles sont les 3 principales propositions de votre programme ?

Messaoud Zazoun : En fait, notre programme est bâti sur quatre piliers : l’écologie, l’éducation, la digitalisation, et l’Europe.

L’éducation, bien sûr, parce que c’est là que tout commence, et que l’on n’a pas fini de mesurer, ni de payer, les conséquences de l’échec scolaire. Il faut renforcer les classes en ZEP, renouer avec les quartiers abandonnés, et développer de nouveaux moyens d’apprendre, notamment par le canal du numérique.

La digitalisation est un sujet transversal, que l’on peut décliner dans tous les domaines : il y a un enjeu économique, une dimension d’influence, et bien sûr un terrain d’action à l’école. Je crois qu’il faut développer l’éducation digitale, intégrer des cours de codage et renforcer le numérique dans les programmes scolaires. On peut également lier digital et écologie, sur le principe de Qwant, ce moteur de recherche français dont les animateurs plantent un arbre à chaque recherche lancée. Enfin, au plan économique et de l’influence internationale, il y a tout lieu d’encourager la création et le développement de GAFA européens (acronyme désignant les actuels géants du web, ndlr).

Ceci m’amène à ma dernière priorité, qui est l’instauration d’une véritable citoyenneté européenne : l’Europe va mal aujourd’hui, il n’est que de voir les scores de Mélenchon et Le Pen qui conspuent l’Europe. Pour inverser la tendance, il faut rendre la gouvernance européenne plus participative, renforcer la diplomatie européenne, et développer une véritable identité européenne. Pour ce faire, nous prévoyons de faire étudier chaque année, à chaque niveau scolaire, l’un des Etats-membres, et d’organiser de mini-Erasmus dès le lycée. Au niveau citoyen, on pourrait développer des supports de consultation comme celui que nous avons mis en place à Saint Cloud, la Ruche. C’est une mélange d’articles d’opinion, de consultation des citoyens et de boîte à idées ouverte à tous.

e-bb : Si on vous avait donné 5000€ à 18 ans, qu’en auriez-vous fait ?

Messaoud Zazoun : Vous faites allusion à l’une de nos propositions. Je précise qu’il ne s’agit pas de « donner » 5000 euros. Ce serait une dotation, conditionnée à la défense d’un projet, et intégrée au compte personnel d’activité afin de pouvoir l’utiliser tout au long de la vie. Elle serait financée en la réintégrant progressivement au revenu fiscal des parents pour assurer l’équité de la mesure, en redéployant une partie des ressources destinées à la formation professionnelle et en supprimant de niches fiscales liées à l’enseignement supérieur.

Si j’en avais bénéficié à 18 ans, je l’aurais mise de côté pour contribuer, à terme, à l’ouverture de mon entreprise.

Parler à tout le monde

e-bb : Les jeunes sont donc votre première cible, vous avez adapté vos supports de campagne en conséquence, non ?

Messaoud Zazoun : On ne veut pas tomber dans le jeunisme, on veut parler à tout le monde !

Nous avons de petits moyens, et nous nous y adaptons : ainsi, nous avons lancé une campagne de financement par crowdfunding. En théorie, c’est illégal car les dons ne sont pas traçables, alors nous avons développé notre propre plateforme, validée par la commission nationale des comptes de campagne. Ceci nous a permis de collecter 16 000 euros, répartis entre les candidats. Cela ne nous a pas permis d’imprimer des professions de foi, mais elles seront consultables en ligne. Je dispose par ailleurs de 2000 tracts et de 250 affiches. Je vais financer sur mes deniers personnels un autre tract, pour aller au contact des gens sur l’espace public.

Dans le même temps, il est vrai que nous promouvons de nouvelles « recettes » de communication politique. J’emploie le terme à dessein, car les métaphores culinaires illustrent toutes nos propositions… Ce décalage est sans doute plus « jeune », si vous voulez, et est bien adapté aux réseaux sociaux.

On compte aussi avec le temps des gens : sur notre site, vous pouvez avoir un aperçu de notre programme en 3 minutes, en 12 ou en 30, selon le temps dont vous disposez.

e-bb : Quel député serez-vous ?

Messaoud Zazoun : Il faut être lucide : même si nous étions tous élus, nous n’aurions pas la majorité. Pour ma part, je chercherai à prendre place dans le débat, sans rejoindre un groupe pour autant. Je rejoindrai la commission du développement durable, pour pousser notre objectif d’un parc énergétique 100 % vert en 2050. On ne sait pas trop quelle est la majorité actuelle. Pour l’instant, je trouve que c’est un bon gouvernement, même si la suppression de la Jeunesse dans l’organigramme des ministères est regrettable. D’autant plus qu’avec leur moyenne d’âge, ils devraient l’incarner.

Le candidat sur Twitter : @MessaoudZazoun – et sur Facebook.

François et Anne-Sophie

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