Avant le premier tour des législatives, nous avons rencontré le député sortant, Thierry Solère, candidat à sa réélection dans la 9ème circonscription et investi par LR/UDI.

Cinq années mouvementées

e-bb : Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat ?

Thierry Solère

Thierry Solère

Thierry Solère : Il y aurait tant de choses à dire ! Je concentrerai mes remarques sur le mode de fonctionnement de l’Assemblée. Tout d’abord, les députés sont beaucoup trop nombreux. Ensuite, certains protocoles sont d’un autre temps, vous vous en rendez compte dès le premier jour. Je pense par exemple à l’élection, étalée sur plusieurs semaines, du président et des questeurs.

Le fonctionnement des groupes, lui aussi, est à revoir, parce qu’il conduit à des postures. En gros, « quand on est opposant, on s’oppose, » et c’est tout à fait désolant. La pression du groupe est forte sur les individus, j’en ai fait l’expérience lorsque je me suis affranchi de la ligne en votant, entre autres, la loi sur le non-cumul des mandats, ou celle sur l’indépendance des magistrats.

Enfin, la première année, je voulais refuser la réserve parlementaire car, si elle peut rendre de réels services sur le terrain, sur le principe il n’est pas bon que de l’argent public soit administré par un seul individu. Mais quand j’ai appris qu’en cas de refus, le montant de ma réserve serait réparti entre les autres élus, je l’ai acceptée. Aujourd’hui (l’entretien a eu lieu le 1er juin, ndlr) je suis ravi que le projet de loi de François Bayrou prévoie de la supprimer.

e-bb : Vous avez été très sollicité, mais aussi très exposé en cinq ans. Quelles sont les dates clés ?

Thierry Solère : Après mon élection contre Claude Guéant en 2012, je me suis fait discret et je me suis intégré à la vie parlementaire. Cela correspondait à une période de grandes difficultés dans ma famille politique, qui a même conduit à la scission du groupe parlementaire. Lors de la campagne interne de l’UMP, j’ai choisi de soutenir Bruno Le Maire, qui correspondait d’après moi aux attentes des Français et des militants. C’était un visage neuf.

Auparavant je m’étais rapproché des jeunes députés de mon parti. Nous avons tout de suite formé une petite équipe, et chacun est devenu le représentant de son candidat aux primaires. Ça ne s’est pas vu, mais cette bonne entente entre nous a vraiment contribué au succès de la primaire.
C’est en 2014 qu’on m’a sollicité pour la préfigurer. La question à l’époque était : comment réussir la primaire, qui n’était pas dans la culture de la droite ? Puis s’en sont suivies la mise en oeuvre, et la présidentielle proprement dite, avec l’élimination de François Fillon.

Etre utile au pays

e-bb : Vous êtes investi par les Républicains et l’UDI, et portez le programme « Une majorité pour la France. » Dans le même temps, vous êtes considéré comme « Marcon-compatible » : qu’est-ce à dire ?

Thierry Solère : Je porte mon projet à moi, je suis député de Boulogne-Billancourt ! Un député de la droite et du centre, attaché à l’autorité de l’Etat, à la liberté économique, et au pragmatisme des décisions. J’ai été atterré que des cadres de mon parti hésitent sur la position à adopter, au soir du premier tour, alors que François Fillon le premier avait été si clair.
A l’issue de ce scrutin, si le groupe LR n’est pas majoritaire, je ne serai pas là pour m’opposer, ni pour préparer la présidentielle de 2022. Ces postures ont vécu. Ce que je veux, c’est être utile à mon pays, et c’est la raison pour laquelle je ne voterai pas la censure de ce gouvernement.

e-bb : L’aviez-vous fait pour les précédents gouvernements ?

Thierry Solère : Oui, j’ai voté les motions de censure contre tous les gouvernements de la précédente mandature, mais j’ai évolué depuis. En conséquence de la loi sur le non cumul, cette élection a vocation à profondément remanier le fonctionnement du Parlement. Les élus seront députés à plein temps, et il ne faut pas oublier que 90 % des textes sont d’origine gouvernementale. Je voterai donc les décisions qui vont dans le bon sens., et je suis loin d’être un cas isolé parmi les Républicains.

Pourquoi m’opposerais-je aux projets de Jean-Michel Blanquer, qui a tant contribué au programme d’Alain Juppé ? Pourquoi s’opposer au projet de loi présenté aujourd’hui par François Bayrou ? On peut avoir des réserves, et j’en ai, sur le non-cumul dans le temps, ou sur l’adéquation constitutionnelle des dispositions. Mais c’est justement le travail parlementaire de faire évoluer un texte. Sans pour autant le détricoter, comme ça a été fait pour la loi travail, dont le texte initial me convenait. Demain, a priori, je ratifierai les ordonnances sur ce sujet.

e-bb : D’après vous, quelles doivent être les priorités de la prochaine mandature ?

Thierry Solère : Il faut réduire les déficits publics et recentrer l’Etat sur ses missions régaliennes. Nous sommes le pays le plus administré d’Europe, et ce n’est pas le plus efficace.
Il y a des budgets à renforcer, comme celui de la Justice, qui dans le même temps doit être réorganisée : pensez que 50 % du temps d’audience au TGI de Chartres est accaparé par des contentieux routiers ! Il faut aussi donner plus d’autonomie aux collectivités locales, et effectuer des économies de structures. On pourrait supprimer les départements.

Ensuite, il est impératif d’améliorer la compétitivité des entreprises, en réduisant les charges, et en réformant réellement le code du Travail. Je me suis beaucoup déplacé au cours de mon mandat, les difficultés des entreprises sautent aux yeux. Nous devons aussi renforcer les politiques européennes et internationales, mises à mal par la crise financière, la crise migratoire, et le Brexit.

La guerre des droites, nième épisode

e-bb : Vous êtes élu à Boulogne-Billancourt depuis 2001 : comment expliquez vous la sempiternelle guerre des droites ?

Thierry Solère : Elle ne date pas de 2001…  On peut remonter aux années 80 ! Et tous les épisodes ont un point commun : on y retrouve Pierre-Christophe Baguet tout le temps ! (rires).
Mes relations personnelles avec lui se sont détériorées depuis 2012. Aujourd’hui la candidature dissidente d’une de ses adjointes ne me surprend pas. Il y a un mois, Pierre-Christophe Baguet m’a téléphoné : il voulait que je cesse de m’opposer à la fusion entre Issy et Boulogne en échange de son soutien aux législatives. J’ai refusé, et il m’a annoncé qu’il enverrait quelqu’un contre moi. J’ai refusé parce que je n’y suis pas favorable : le maire n’a pas de mandat pour ça, et il est bien en peine de nous démontrer l’intérêt financier de la manœuvre. Les arrangements particuliers de Pierre-Christophe Baguet et André Santini n’intéressent pas les Boulonnais !

Pour terminer sur ce sujet, je regrette profondément que ma compétitrice refuse tout débat avec moi, comme elle refuse de répondre aux questions des médias locaux (le blog de Boulogne et l’e-bb ont essuyé une fin de non recevoir, ndlr). Elle usurpe les logos des Républicains et de l’UDI et reste coite, c’est un peu court !

e-bb : Au-delà de ces querelles de personnes que vous décrivez, n’y a-t-il pas deux droites à Boulogne ?

Thierry Solère : Il existe certainement une différence de fond, sur les valeurs et dans la façon de faire de la politique.
D’une part, je n’ai jamais joué sur les peurs, et je n’aime pas les discours manichéens. D’autre part, le quinquennat écoulé a posé des questions de société, et nous ne les appréhendons pas tous de la même façon. Nous nous retrouvons cependant sur certains sujets, tels que la GPA par exemple : c’est la marchandisation du corps de la femme, et rien ne peut la légitimer ! Le président Hollande a été en l’occurrence de la pire hypocrisie, abandonnant le sort des enfants nés à l’étranger à la jurisprudence. Pour ma part, j’ai beaucoup travaillé sur ce sujet, et je pense que la France s’honorerait de prendre des initiatives fermes contre la GPA.

e-bb : Vous avez demandé à Jean-Michel Cohen d’être votre suppléant, pourquoi ?

Thierry Solère : Parce que c’est un élu municipal, très impliqué à Boulogne-Billancourt, et qui en apprécie les besoins. Je connais Jean-Michel Cohen depuis près de vingt ans, et nous entretenons une relation de confiance. De plus, il partage comme moi les valeurs d’efficacité et d’ouverture des Boulonnais : à l’heure de la violence sous toutes ses formes et des incertitudes qu’elle engendre pour l’avenir, les Boulonnais ne sont pas dans une logique de revanche. Ils veulent que ça marche.

Le candidat sur Twitter : @solere92 – son site : http://solere.blogs.com/.

Gilbert et Anne-Sophie

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