Vous ne pouvez pas ne pas les avoir remarquées : dans la ville, en quelques mois, ce sont pas moins de 3 officines qui ont ouvert. Comment expliquer l’épiphanie soudaine des marchands d’or ?

On en recense actuellement cinq dans tout Boulogne, trois boulevard Jean Jaurès, un rue du Château* et un avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny : en quelques mois, les marchands d’or et autres matières précieuses se sont multipliés. Sans oublier les ventes éclair, comme celle programmée à la maison Walewska ce mardi. Dans le même temps, cela n’a échappé à personne, les réclames dans les médias ne cessent de vous rappeler que vous détenez des trésors au fond de vos tiroirs. Pour comprendre ce phénomène, nous sommes allés rencontrer ces nouveaux commerçants.

Direction le passage du boulevard Jean Jaurès, où Antoine G. vient d’ouvrir le Comptoir des Passages. Lui s’intéresse également aux pierres, aux pièces anciennes et aux beaux bijoux, il nous explique les dessous d’une profession qui a mauvaise presse et dont il souhaiterait « redorer l’image » (sic).

Ce qu’il faut savoir

Le livre de police, délivré par le commissariat à chaque marchand d’or.

Le livre de police, délivré par le commissariat à chaque marchand d’or.

Longtemps livrée à elle-même, la profession est de plus en plus encadrée : « Depuis le premier septembre 2011, nous n’avons plus le droit de payer en espèces, explique Antoine. Nous pouvons régler par chèque, par virement ou bien en créditant une carte. Cependant, nombre d’officines tardent à se soumettre. Récemment encore, un reportage en caméra cachée à Paris montrait que la proportion des pratiques illégales reste très importante. » Une mesure qui, tout comme la tenue obligatoire d’un livre de police où sont consignés le détail des achats et la matricule d’identité du vendeur, sont censées décourager les receleurs. « De toute façon, les bandes organisées préfèrent revendre leur larcin en Belgique, où le paiement se fait en cash sans registre » estime Antoine. Il prend également en photo tous les bijoux qu’il achète.
Par ailleurs, l’affichage des tarifs d’achat est obligatoire dans les boutiques. Le cours de l’or est très variable. Pour sa part, Antoine G. le consulte deux fois par jour et a choisi d’afficher un montant minimal d’achat. Actuellement, l’or à 24 carats (qualité du lingot) vous serait achetée chez lui au minimum 35 euros le gramme, le taux officiel étant à 40 euros. « Nous payons une taxe de 8 %, la TMP, et je prélève 2 % de commission » explique Antoine.

Le circuit

Au comptoir des Passages, comme chez Or and Co, un peu plus haut dans le boulevard, l’or ne fait pas long feu. Pour des raisons de sécurité autant que de trésorerie (« je ne suis pas un spéculateur« ), Antoine le revend très rapidement à un fondeur, qui tient lui aussi un registre. De son stock, il distrait les plus beaux bijoux, qu’il rachète à une valeur supérieure au prix de l’or et restaure avant de les revendre. Dans sa vitrine actuellement, de beaux colliers à plus de 900 euros brillent de tout leur éclat.
« Ceux qui achètent l’or au-dessus de son cours en imaginant qu’il finira par atteindre cette valeur sont de mauvais spéculateurs » juge-t-on chez Or and Co, « il est évident, compte-tenu des frais et de la réalité du cours, qu’on doit acheter l’or en-dessous de sa cote. » Dans cette officine, le circuit est encore plus court, puisque c’est un fondeur qui l’a ouverte.

Les clients

Mais qui vend son or aujourd’hui ? Antoine G. rappelle que les particuliers détiennent en France une masse d’or considérable (en 2012, on estimait la propriété privée à 1 500 tonnes, soit 60 % du stock de la Banque de France).
A Bourg la Reine où il tint sa première boutique, Antoine comptait 20 à 30 % de personnes en difficulté parmi ses clients, qui vendaient leur or par nécessité. Depuis qu’il a ouvert à Boulogne, le profil est un peu différent, et d’énumérer :

  • Les personnes âgées qui ne savent que faire de bijoux dont leurs enfants ne veulent pas. A ceci s’ajoute, précise une source bien informée, la peur de l’agression : du vol à l’arrachée au cambriolage (on se rappelle la vague de cet automne !), les personnes âgées ont peur de tout perdre et préfèrent convertir leurs valeurs en argent.
  • Les personnes en pleine rupture amoureuse, qui revendent des objets jadis chers. Une alliance de trois grammes peut ainsi être rachetée près de 80 euros.
  • Des héritiers qui liquident une succession.

La plupart des officines proposent une estimation gratuite « et nous ne forçons personne à vendre ! » juge-t-on utile de préciser chez Or and Co.

Un Eldorado ?

Reste à comprendre cette soudaine floraison, pour l’instant bien achalandée (postez-vous devant l’entrée de l’un d’eux une après-midi de semaine, c’est impressionnant).
Si R.M.P-Or est installé depuis 2 ans av. de Lattre de Tassigny, tous les autres ont ouvert dans les derniers mois, voire les dernières semaines. Les marchands le reconnaissent : la crise est pour beaucoup dans la mobilisation autour de cette valeur refuge. Au-delà, la concurrence est rude et chacun fait valoir ses arguments. Ici, on s’autorisera de 40 d’expérience, là, on n’en aura que 25 mais sous l’égide d’un fondeur. Là encore, l’antériorité sera à tout le moins dans l’intention : cela faisait deux ans qu’Antoine, Boulonnais depuis toujours, cherchait un local dans la ville pour poursuivre son activité…
Si on les interroge sur leur pérennité, tous répondent avec assurance qu’ils sont là pour longtemps, mais n’en diraient pas autant de leur concurrent : trop de charges, des tarifs excessifs, un manque d’expérience… tout est invoqué et il ressort souvent de ces échanges que nombre d’amateurs se sont lancés dans l’aventure, à leurs dépens sans doute mais surtout aux vôtres !

*Sitôt ouvert, sitôt fermé, le magasin de la rue du Château cède la place.

Avant de vendre

Le prix d’achat varie considérablement d’une officine à l’autre, consultez les cours avant toute démarche et n’hésitez pas à vous rendre chez plusieurs marchands avant de vous séparer de votre or.
En théorie les tarifs doivent être affichés, même si l’on a entendu « Comment vous répondre ? Le cours varie en permanence. »
A noter également que, bien qu’il appartienne aux marchands d’acquitter directement la taxe sur les métaux précieux, certains s’y refusent. Il n’est peut-être pas inutile de poser la question avant la transaction afin de ne pas avoir de mauvaise surprise.
Ne pas confondre expertise et estimation : bien que les vitrines affichent souvent « expertise, » n’oubliez jamais que seules des personnes disposant d’un titre certifié par l’État (et en général diplômées de l’ING) sont habilitées à vous délivrer un certificat d’expertise.