« Je donne un AVIS FAVORABLE au projet de demande de permis de construire PC 075116 13 V 1050 à titre précaire sur la parcelle A dite du « triangle historique » concernant le projet de modernisation du stade Roland Garros, déposé par la Fédération Française de Tennis représentée par M Gilles Jourdan, tel que présenté dans le dossier soumis à l’enquête publique. »  

Ce sont les termes des conclusions remises par la commissaire enquêtrice sur l’extension du stade de Roland Garros, empiétant sur le site du jardin des Serres d’Auteuil. Or ces dernières sont protégées au titre des Monuments historiques, et ce projet porte atteinte à l’intégrité du lieu.

Extension de Roland-Garros/serres d'Auteuil     doc. FFT

Extension de Roland-Garros/serres d’Auteuil doc. FFT

A la suite de ce rapport, les associations de défense du patrimoine et de l’environnement, Vieilles Maisons Françaises (VMF) Sites et Monument-( SPPEF ) et Ile-de-France Environnement : (IDFE) ont rédigé ce communiqué :

EXTENSION DE ROLAND GARROS : OU EST LE « CHOC DE DÉMOCRATIE » ANNONCE PAR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ?

Les associations de défense du patrimoine et de l’environnement, tant nationales que locales, ainsi que les citoyens mobilisés (plus de 60000 signataires de la pétition pour la défense du jardin botanique des serres d’Auteuil) ont pris connaissance avec consternation du rapport remis par la commissaire-enquêtrice, Mme Eustache, sur l’extension du stade de Roland-Garros.

vue de l'ensemble des 14  serres condamnées depuis serres Formigé - CR. J. Popelin

vue de l’ensemble des 14 serres condamnées depuis serres Formigé – CR. J. Popelin

Ce rapport est entièrement favorable au projet de la FFT soutenu par la Ville de Paris et n’émet qu’une réserve, si marginale qu’elle en est ridicule. Il passe ainsi délibérément sous silence les très nombreuses questions soulevées lors de l’enquête, quand il ne profère par de graves contre-vérités, par exemple sur les questions de circulation et de parking dans le site classé du Bois de Boulogne. Quant au jugement sur les destructions (court n° 1), les constructions neuves (nouveau court dans le jardin des serres) et les surélévations (court Philippe Chatrier), il est assumé avec franchise : tout est formidable ! Le contre-projet présenté par les associations nationales (NDLR –  et soutenu par la mairie de Boulogne-Billancourt) – couverture de la bretelle de l’autoroute A13 – est écarté après une analyse confiée… aux services de l’État et de la Ville, qui n’ont cessé de soutenir le projet de la FFT ! Seules des études indépendantes et contradictoires permettraient un débat objectif.

Une fois de plus, l’enquête publique consacre l’utilisation du Bois de Boulogne par la Ville de Paris comme une réserve foncière au service d’intérêts mercantiles et comme une variable d’ajustement de sa politique urbaine.

A l’évidence, il s’agit d’une parodie de consultation publique, destinée à faciliter à tout prix la réalisation d’un projet absurde économiquement, néfaste écologiquement et désastreux pour un jardin botanique doublement protégé.

Ce rapport démontre ainsi, avec une cruelle ironie, combien est grand le retard français en matière de prise en compte des avis des citoyens et des associations dans le processus de décision démocratique, comme l’actualité ne cesse, hélas, de le démontrer.

Où est le choc de démocratie annoncé il y a quelques  jours par le Président de la République ?

Les 9 chapelles des serres chaudes enfoncées dans la terre comme les serres chinoises - CR Julie Popelin

Les 9 chapelles des serres chaudes enfoncées dans la terre comme les serres chinoises – CR Julie Popelin

La décision de poursuivre est maintenant suspendue à l’avis favorable du Ministère de l’Environnement, du Développement durable et de l’Énergie. La Ministre Ségolène Royal connait bien les Serres d’Auteuil et ne serait pas favorable à ce projet. Mais saura-t-elle résister aux pressions ?…
Les associations, de leur côté, ne désarment pas et sont décidées à aller jusqu’au bout de la bataille juridique. Elles ont d’ores et déjà fait savoir qu’elles déposeraient des recours contre plusieurs permis de démolir, permis de construire et permis d’aménager, et n’hésiteraient pas à engager un référé en suspension dès le début des travaux. Autant d’actions qui retarderaient le chantier, au point qu’en 2020, le nouveau Roland Garros occuperait au mieux sur 11,5 hectares. Un peu « court » face aux géants du grand Chelem.

« En 2020,dit Agnès Popelin, secrétaire générale adjointe d’Ile de France environnement, le nouveau stade parisien à peine inauguré sera alors déjà dépassé et obsolète par rapport à trois autres stades du grand Chelem, plus vastes (leur superficie va de 18,5 à plus de 20 hectares), et tous dotés de 3 stades couverts avec des réserves foncières pour s’agrandir. Le montant des travaux est l’autre grande inconnue, précise-t-elle. Estimé à 340 millions d’euros valeur 2012, quel en sera le coût final valeur 2020 ou 2021 ? »
Et de conclure : « Tout ceci est bien consternant, un beau gâchis se prépare. »