Lors du conseil municipal du 30 mai 2013, on a appris qu’un nouveau projet d’aménagement du parc des Glacières était sur le point d’être lancé. Un projet qui ne fait pas l’unanimité.

La délibération n°7 du conseil était consacrée au versement exceptionnel d’un fonds de concours de 11 millions d’euros à GPSO. Celui-ci doit financer en partie un certain nombre de lourdes opérations de voiries et d’aménagement d’espaces verts. Parmi elles, la rénovation du parc des Glacières.

Le projet

Le descriptif du projet est le suivant :

Les riverains profitent des fleurs et du soleil du parc des Glacières

Les riverains profitent des fleurs et du soleil du parc des Glacières

  • Installation d’une aire de jeux de 1 000m² « en creux » (prévue dans les actuels bassins, le long de la patinoire) ;
  • Réaménagement du terrain de sport : extension, pose d’un gazon synthétique et de paniers de basket. Il doit servir aux jeux de ballons et à l’entraînement du rugby ;
  • Installation de terrains de pétanque et d’un local pour l’ACBB pétanque ;
  • Aménagement d’un espace canin ;
  • Installation de clôtures pour fermer le parc la nuit ;
  • Installation de toilettes ;
  • Réaménagement des abords en « espaces de transition. »

Le document insiste sur le fait que le caractère vallonné du parc, qui fait son originalité et avait été farouchement défendu par les riverains à l’époque, sera conservé. Il précise également que « l’ambiance paysagère » sera améliorée, notamment en diversifiant les essences implantées.
Les travaux débuteront le 3 juin 2013, pour s’achever en mars 2014. Le parc sera inaccessible durant toute cette période.

A première vue, on est à la recherche d’un équilibre entre équipements sportifs (l’installation de terrains de pétanque était déjà en projet sous la mandature précédente, le projet de tennis semi-enterrés et superposés est abandonné) et espaces verts, et d’une optimisation de l’espace (les bassins, vides, offrent leur béance aux passants depuis des années). La surprise vient des clôtures, qui avaient été massivement rejetées il y a deux ans, les Glacières étant l’un des rares parcs ouverts en continu. Le maire a expliqué au conseil que l’installation de clôture ne signifiait pas la fermeture du parc : « Simplement, si un jour on le décidait, c’est moins cher de le prévoir d’ores et déjà que d’avoir à refaire des travaux ultérieurement » a-t-il justifié.

Les réserves des oppositions

Ce projet est cependant loin de faire l’unanimité.

jean-pierre fourcade

jean-pierre fourcade

Jean-Pierre Fourcade (UPBB) a souligné le coût de l’ensemble (4,7 millions d’euros HT, à 50 % financé par GPSO et 50 % par la Ville), qu’il a considéré comme « le prototype d’une idée de modernisation qui créera beaucoup de difficultés dans le quartier. » Et de citer, entre autres, la modification juridique d’une voie de passage (l’allée Émile Pouget, le long de la patinoire, devrait accueillir 8 terrains de pétanque), et l’extension du terrain de sport au prix de l’écrasement de certaines buttes, élevées notamment pour leurs vertus anti-bruit.
Pour lui, l’ensemble forme « une opération mal préparée » avec plusieurs points négatifs : l’abattage de nombreux arbres (plus de 50), l’éclairage nocturne des terrains de boules, et la réduction d’un espace vert au profit du sport. Il a estimé que l’enquête avait été menée sur un projet peu clair, et a demandé la constitution d’un groupe de travail sur le sujet. Ceci a eu le don de faire hurler la majorité, le maire rappelant à Monsieur Fourcade que le projet avait été adopté à l’unanimité à GPSO, où il siège. N’en démordant pas, Monsieur Fourcade a répété que le projet présenté à GPSO n’était pas clair.

Judith Shan

Judith Shan

Judith Shan (@lternance) a renchéri sur le manque de clarté, regrettant que, fait insolite, la délibération n’ait pas été présentée lors de la commission de l’Urbanisme quelques jours plus tôt. Cette commission, qui se réunit à huis-clos avant chaque conseil, est en général l’occasion d’étudier plus en détail les délibérations soumises au vote du conseil le jeudi soir. « Les dix lignes du point d’actualité communautaire ne suffisent pas à détailler un projet précis » a-t-elle jugé, annonçant l’abstention de son groupe sur le sujet des Glacières. Malgré la position de son groupe, Marc Fusina, qui avait adopté le projet à GPSO, a décidé de voter pour.
Agnès Bauche (indépendante), enfin, s’est emportée sur l’abattage programmé des arbres, s’étonnant de « l’épidémie épouvantable » qui les frappe depuis quelques mois à travers la ville.

Le maire, Pierre-Christophe Baguet, a balayé ces critiques en expliquant que deux réunions spécifiques avaient été organisées dans le quartier sur ce sujet, qui représentait « un très beau compromis entre le sport et les espaces verts. » Agacé des protestations, il a ajouté qu’il ne fallait pas « aller agiter les gens une fois qu’ils ont donné leur accord. » Quant aux arbres, si 55 sont abattus, 125 seront plantés. Comme la question revient à chaque conseil ces derniers temps, il a ajouté : « il faut arrêter, un arbre, ça vit et ça meurt. » S’enflammant, il a énuméré les arbres tombés dans la ville, mais aussi à Meudon et à Issy-les-Moulineaux pour conclure au nécessaire abattage des arbres en question. Dans la salle, on a entendu un ironique « Il faut couper tous les arbres ! »

Les protestations des riverains

C’est que dans la salle ce soir-là, trois riverains s’étaient déplacés. En pointe dans l’opposition au projet précédent, ils ne sont pas convaincus par le projet actuel, d’autant moins que sa conduite est, d’après eux, critiquable.

En blanc, les arbres qui devraient être abattus.

En blanc, les arbres qui devraient être abattus.

« Il y a eu 25 personnes à la réunion publique, explique l’une, et pour cause, sciemment, personne n’avait été mis au courant ! » « Nous n’avons pas eu accès aux documents, enrage une autre, et tous les arbres qui seront abattus sont loin d’être malades, ils étaient distingués d’une couleur différente sur le plan ! Un agent de GPSO a même déclaré en notre présence : ‘Si j’avais su que ça ferait autant de bruit, j’aurais fait marquer les arbres après la pose des palissades.' » Elles ont refait les comptes et estiment à près de 80 le nombre d’arbres menacés, qu’elles ont marqué sur une carte. Pour elles, ils sont sains, mais gênent l’opération d’aménagement. « Certains étaient déjà rayés des documents de préfiguration du projet précédent » ajoute un riverain, « par exemple, tous les arbres à la pointe du parc, en bordure de la place Guesde, vont être abattus. Étaient-ils tous malades ? En tout cas, il dégagent l’espace pour les terrasses de cafés ! »
Par ailleurs, les riverains présents ce soir-là critiquent les choix d’aménagement : pourquoi installer la pétanque sur l’allée Pouget, et non en contre-bas de la patinoire, sur un terrain en friche ? Pourquoi installer en creux le terrain de jeux, pêle-mêle avec des tables de ping-pong destinées à un public plus âgé ? A quelle profondeur creusera-t-on dans ce terrain pollué par la présence des anciennes glacières ?
Autant de questions auxquelles ils n’ont pas obtenu de réponse, alors que les travaux débutent demain.

Dès le 30 mai, le président de Val de Seine Vert, Alain Mathioudakis, avait écrit au maire pour lui demander le report de la délibération, afin « d’ouvrir une véritable consultation auprès des élus et des riverains. » Cette association avait déposé un recours contre le précédent projet.
Sébastien Scognamiglio, responsable d’EELV également présent jeudi soir, a écrit au maire pour lui demander de recevoir les riverains, qui ont réuni une pétition de 500 signatures en quelques jours, et de publier les arrêtés autorisant l’abattage des arbres.