Ambiance festive dimanche 22 septembre au Centre National du Jeu dans le Trapèze. Depuis samedi matin, les auteurs des jeux de société sélectionnés par le CNJ faisaient découvrir leurs créations au public nombreux venu en simple amateur ou en professionnel. En effet plusieurs éditeurs étaient là pour flairer les succès de demain. Trois d’entre eux, Days of Wonder, Grosso Modo et Funforge, présentaient leurs nouveautés. Nous y reviendrons.

les équipes finalistes de Créagames 2013

les équipes finalistes de Créagames 2013

Les 10 jeux en lice, qu’on peut découvrir ici, sont les rescapés d’un processus de sélection impitoyable qui en a éliminé près de 90 % ! C’est donc une prouesse d’être présent aujourd’hui. Et même si seulement 4 d’entre eux recevront le prix du CNJ, tous seront représentés dans un mois par le CNJ au Festival du jeu de Essen, en Allemagne, le plus grand au monde.

Prototype du jeu Relics Runners primé en 2012 sous le nom de Wandering Monks

Prototype du jeu Relics Runners primé en 2012 sous le nom de Wandering Monks

Revenons un peu en arrière. La première phase du concours a eu lieu entre le 1er et le 28 février. 83 jeux ont été soumis par des auteurs en majorité français mais également canadiens, brésiliens, italiens, belges et espagnols. Pour cette première étape, pas de boîte de jeu, pas de partie, juste des photos et des règles qui ont permis aux membres du CNJ de retenir 30 jeux dont les auteurs ont été invités à soumettre un prototype.
Ensuite les choses se compliquent pour les évaluateurs car il s’agit de tester ces 30 prototypes et de rédiger un compte-rendu détaillé. Des bénévoles sont appelés en renfort ! Il ne faudra pas moins de 800 heures sur 3 mois et onze bénévoles pour venir à bout de cette mission !
Parmi les dix jeux finalistes, signalons qu’il y a un jeu brésilien, un jeu italien et un jeu belge.

Nous sommes dimanche 22, 16h00, c’est l’heure de la remise des prix ! En fait les choses ne se sont pas jouées ici, dans les locaux inaugurés il y a tout juste un an, mais à huis clos, rue Yves Kermen, dans un autre local. Le jury a pris sa décision ce matin, non sans débats animés nous dit-on, mais le suspense est encore entier. Tous les auteurs, de 26 à 75 ans, sont là, tenus en haleine.

La V1 de Daysofwonder, avec toujours les moines du proto d'origine

La V1 de Daysofwonder, avec toujours les moines du proto d’origine

La cérémonie commence à l’initiative du président du CNJ, Antoine Sarrazin. Qui nous rappelle le processus et nous présente les 8 membres du jury international : un journaliste, un auteur de jeux, un écrivain, un scénariste de BD, une chef d’entreprise passionnée, etc. venant de France, de Belgique ou d’Espagne.  Mais aucun membre du CNJ par souci de neutralité.

Puis il donne la parole à Michèle Lecreux, auteure de livres de jeux pour enfants et adultes, pour annoncer un des lauréats. Ce que Michèle attend d’un jeu de société tient en 3 points :
– un dépaysement total, corps et âme, un transport loin des réalités, dans un monde autre pour y jouer un rôle autre.
– un mécanisme menant à la victoire de ceux qui en  saisissent le mieux le fonctionnement et les subtilités.
– et enfin, en fin de partie, … de la frustration ! C’est-à-dire l’envie d’en faire une autre encore et encore !
Et le lauréat est « Les maîtres de la 6eme dimension » d’Olivier Grégoire, dont elle nous dit qu’il est particulièrement frustrant !
C’est Delphine Regalasti-Multon, directrice des affaires culturelles de la ville qui remet les prix aux lauréats.

La v4 de Days of Wonder avec maintenant des aventuriers à la place des moines

La v4 de Days of Wonder avec maintenant des aventuriers à la place des moines

Puis Nadine Bogner, chef d’entreprise et membre du Festival du jeu de Granollers, en Espagne, prend la parole avec un charmant accent qui trahit ses origines ibériques (ce que ne fait pas son nom).
Pour Nadine, la société nous sollicite tous azimuts, ce qui affole nos boussoles et nous conduit au zapping (libre interprétation de ses propos). Bref, Nous ne savons plus où donner de la tête et elle a donc tenu à récompenser la simplicité dans un jeu où le hasard joue un rôle, aux côtés de la mémoire et de la stratégie pour le plus grand plaisir des joueurs novices ou experts. Il s’agit de Revermind de Jean Georges.
Et Nadine de conclure par ces mots de George Bernard Shaw : « On n’arrête pas de jouer parce qu’on vieillit, on vieillit parce qu’on ne joue plus »

Le 3ème jeu nous est annoncé par un journaliste belge : Nicolas Boseret.
Jouer à un jeu de rôle est une expérience immersive passionnante nous dit Nicolas, mais elle est aussi chronophage et donc inaccessible à la plupart.
Mais ça, c’était avant «  Shieldwall » de Fabiano et José Onça (Brésil) !

Enfin, Manuel Rozoy (qui conçoit des jeux pour Ubisoft et qui est un ancien du CNJ) nous décrit avec enthousiasme le jeu « Tetopia » dont les mécanismes, maîtrisés « de A à Z » ont « bluffé tout le monde » et ce, d’autant plus que le lauréat est le benjamin de la bande, Matthieu Lanvin, 26 ans.

Avec un peu de chance, certains des jeux primés ou finalistes seront édités. C’est ce que nous leur souhaitons et c’est le cas de « Relic Runners » et «  30 Carats » qui sont exposés aujourd’hui, dans leur version commerciale, et qui ont été respectivement finaliste et primé en 2012.

Relics Runner - version commerciale de Days of Wonder

Relics Runner – version commerciale de Days of Wonder

Les différentes étapes du développement de « Relic Runners » qui pourrait se traduire par « à la recherche de la relique perdue » sont exposées par son éditeur. Le jeu primé s’appelait « Wandering monks » (les moines errants) et nous plongeait dans l’univers de Confucius et dans la peau d’un moine. Le prototype V1 de l’éditeur est toujours dans cet univers, avec un épicentre à Shangri-Le dans l’Himalaya et des illustrations puisées dans internet. Il y a toujours des temples dans les versions suivantes (il y en aura 4) mais nous sommes maintenant dans la jungle avec des aventuriers : on reconnaît « Lara Croft » et « Indiana Jones » parmi d’autres. La version définitive du jeu est toujours dans cet univers mais les personnages sont inédits : les illustrations définitives ont été réalisées par Julien Delval et sont exposées dans la salle derrière les tables où le jeu peut-être essayé avec l’assistance du personnel de l’éditeur « Days of Wonder » Leur responsable, Adrien, me dit que les premiers contacts avec le créateur ont eu lieu au Festival d’Essen. Cinq mois de développement ont ensuite été nécessaires pour arriver à la version définitive. Puis la fabrication a été négociée avec différents fournisseurs en Allemagne et en Chine. Pour les pièces plastiques, généralement réalisées en Chine, le fournisseur retenu sculpte des échantillons qui, après approbation, servent à réaliser les moules. Idem pour les impressions à coller sur les cartons. Tout ceci aura pris environ 11 mois puisque le jeu arrive sur le marché ce mois-ci.

Enfin, il me dit que Days Of Wonder dispose de bureaux à Paris et San Francisco, emploie 15 personnes et édite des jeux de société au format traditionnel et pour tablettes numériques. Il tient à préciser, pour justifier le prix de leurs « apps, » que contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la version tablette d’un jeu nécessite beaucoup plus de travail pour l’éditeur que la version traditionnelle !

C’était le 32ème concours international de créateurs de jeux de société de Boulogne-Billancourt. Le 33ème est lancé !

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Eric Trochon

Eric Trochon

Boulogne à pied, à vélo, en trottinette et en bateau depuis 2011