« L’Homme d’à côté » raconte les déboires relationnels entre un designer de meubles à succès, propriétaire de la seule maison Le Corbusier en Amérique du Sud, et son voisin passablement beauf qui décide de percer une fenêtre qui donnera sur la maison du premier.

« L’Homme d’à côté » est donc avant tout une histoire de fenêtre. La fenêtre était déjà un accessoire cinématographique utilisé par Jim Jarmush dans « Down by Law ». Dans ce film, il ne s’agissait que d’un dessin que Roberto Benigni crayonnait sur le mur de la prison qu’il occupait avec Tom Waits et John Lurie pour qu’il puisse s’évader en pensée. Dans « L’ Homme d’à côté », la fenêtre est bien réelle, et même multi-forme : annoncée œil de bœuf, elle se révèlera classique parallélépipède encadré de bois, avant de se transformer en une fente digne d’un blockhaus de la seconde guerre mondiale. Mais c’est aussi ici un symbole, celui de l’instauration d’une communication entre deux voisins entre lesquels on comprend qu’aucun contact n’a eu lieu jusqu’à présent. Quand bien même cette communication se met en place autour d’un désaccord de voisinage, la fenêtre constitue parfois aussi un signe d’espoir, qui se cristallise notamment quand le voisin, se révélant aussi poète par son petit théâtre en charcuterie, fait échapper à la fille du designer un rire et son seul mot de tout le film : « génial ».

« L’Homme d’à côté » est donc aussi un film sur les relations entre voisins, et sur la difficulté qu’ont ces relations a se mettre en place, à exister de manière harmonieuse lorsqu’elles concernent deux individus séparés par leur classe sociale, et encore plus lorsqu’elles se déroulent dans ce contexte de très haute dangerosité que constitue la réalisation de travaux. Comme on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas ses voisins. Et dans son style trouble, oscillant entre l’indélicat tendance Preskovitch du « Père Noël est une Ordure » lorsqu’il vient offrir une hideuse sculpture faite-maison a partir de cartouches de fusils collées entre elles et peinturlurées de rouge sang représentant le vagin de sa mère, et le psychopathe tendance Harry dans « Harry, un ami qui vous veut du bien », l’homme « d’à côté » fait clairement partie des voisins qu’on apprécie d’autant plus qu’on n’a que peu de relations avec eux.

« L’Homme d’à côté » est enfin un film sur l’un des traits de caractère les plus abjects, à savoir la bassesse. Cette bassesse qui n’a rien à voir avec le milieu social, puisque, des deux protagonistes, c’est clairement le designer qui en est affublé. Le spectateur l’envisage dès la première rencontre entre les deux hommes, quand il se rend compte que, jamais le designer ne demande à son voisin la raison de la création de la fenêtre alors que celui-ci ne lui demande qu’à avoir accès à quelques rayons de soleil pour un projet dans lequel il a beaucoup investi. Sa fille ne s’y est pas trompée non plus, puisqu’elle ne lui adresse plus la parole. Sa femme, qui le perçoit sous la forme d’un accès de vantardise au début du film, s’en rendra compte de manière bien plus avérée quand elle prendra conscience que son mari l’a instrumentalisée dans les raisons qu’il met en avant pour demander au voisin de reboucher sa fenêtre. S’il était encore possible d’en douter, la fin la révèlera dans sa plus grande cruauté.

Bref, « L’Homme d’à côté », film argentin mélangeant architecture, voisinage, relations maritales et parentales, meubles de design et statues improbables, est un film multiple et sans doute l’une des propositions cinématographiques actuelles les plus recommandables du moment.

Au cinéma Landowski dimanche 22 mai à 18h30.