Jeudi 11 juillet 2013, le président du Conseil Général, Patrick Devedjian, a signé le PPP ouvrant à la construction de la cité musicale de l’île Seguin, et dévoilé la maquette du projet.

C’est dans une ambiance de sereine satisfaction que les détails du partenariat qui lie pour trente ans le Conseil Général des Hauts de Seine et le groupement Bouygues Bâtiment Ile de France/Sodexo/TF1/OFI Infra Via ont été dévoilés jeudi matin, quelques minutes avant la signature du contrat.

La signature du PPP entre Philippe Fabié et Patrick Devedjian

La signature du PPP entre Philippe Fabié et Patrick Devedjian

Celui-ci intègre tous les coûts, de la construction à la maintenance en passant par la gestion des spectacles et l’entretien, et inclut une garantie des délais, des performances, et des recettes minimales pour le Conseil Général de 4 millions d’euros par an. Par ailleurs, le groupement s’engage à faire travailler des PME du département et à œuvrer pour l’insertion sociale, conformément au cahier des charges. En retour, le Conseil Général, outre le paiement de la construction (170 M€), versera une redevance annuelle de 13 M€ net, « au plus » a insisté M. Devedjian, ce chiffre pouvant diminuer en cas de recettes supérieures à l’estimation initiale. Soit environ 520 M€ en tout, sur 30 ans, au terme desquels l’équipement devra être rendu à la collectivité, en parfait état.
Ce projet ambitieux devrait permettre de dynamiser d’autres structures : ainsi de la Maîtrise des Hauts de Seine, que Patrick Devedjian souhaite voir s’élever au niveau du King’s College de Cambridge, ou bien encore d’Insula Orchestra, qui devrait s’installer en résidence sur l’île. Dans le souci de proposer « l’excellence pour chacun, » le programme prévoit la promotion des artistes émergents et de la musique contemporaine, l’accueil de créations, l’ouverture aux jeunes artistes et lauréats internationaux, l’accessibilité aux publics en situation de handicap et des actions de sensibilisation auprès de nouveaux publics.
Cette question touche particulièrement Pierre Lescure, qui ne manque pas d’idées pour animer l’île et la faire vivre au rythme de la cité musicale. « Il y a une forte portée symbolique à ce projet : l’île Seguin était le lieu de départ de milliers de voitures pour le monde, elle devient la destination de tous les désirs de musique du monde » a-t-il déclaré, saluant par ailleurs un partenariat « créatif, à l’heure où le financement public est fragilisé. »

"Décloisonner les publics" : le lieu comportera un auditorium de 1100 places et une salle de concert de 4000 à 6000 places

« Décloisonner les publics » : le lieu comportera un auditorium de 1100 places et une salle de concert de 4000 à 6000 places

Philippe Fabié, le représentant du groupement, a quant à lui salué « un grand jour, » l’aboutissement de trois ans de travail sur un projet baptisé Tempo. Il a rendu hommage aux « personnalités talentueuses » qui ont concouru au projet : les architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines, les acousticiens Yasuhisa Toyota et Jean-Paul Lamoureux, le scénographe Michel Cova, Olivier Mantei, qui visera la programmation de l’auditorium, et Pierre Lescure, futur président du Comité de Direction Artistique. Surtout, il a rappelé la démarche de Bouygues, qui consiste en la proposition d’une offre globale, de la conception du projet à son exploitation. C’est pourquoi le constructeur s’est associé à TF1 – « premier producteur, co-producteur et producteur délégué de spectacle en France, » a-t-il insisté -, à Sodexo pour garantir aux usagers une qualité de service, et à OFI InfraVia, dont la vocation est d’investir dans des actifs d’utilité publique. Le cahier des charges fixait comme objectif de décloisonner les publics, et d’émouvoir par la qualité architecturale, l’excellence acoustique et la variété de la programmation. « Tout, dans le projet Tempo, doit concourir à cet enjeu. » a conclu M Fabié.

Intégrer la cité musicale au paysage

Intégrer la cité musicale au paysage

 

Shigeru Ban et Jean de Gastines

Shigeru Ban et Jean de Gastines

Shigeru Ban et son associé français Jean de Gastines ont ensuite expliqué comment ils avaient abordé le projet. Pour l’architecte japonais, il s’agit de la première salle de musique permanente, après la réalisation notamment d’une salle de concert temporaire en papier à l’Aquila, en Italie. C’est que, dans son parcours éclectique, Shigeru Ban s’est fait une spécialité de l’architecture en milieu sinistré, qu’il appuie sur des matériaux renouvelables (bois, papier) et un savoir-faire local. Quand on lui demande si son expérience en des lieux sinistrés lui a servi pour son travail sur l’île Seguin, la réponse est oui : « Quand on travaille dans des zones dévastées, on travaille pour des personnes sous le choc, dans l’urgence. Il est essentiel que ces personnes particulièrement recouvrent un peu de bien-être dans l’architecture que je leur propose. » Il existe donc un lien invisible mais puissant entre ces constructions provisoires dans les endroits sinistrés et la Cité musicale, sur une île qu’il connaît déjà pour l’avoir parcourue il y a quelques années pour un projet avorté. Ce lien, c’est le souci d’un confort pour les personnes qui vivront son architecture.

Nid de pouillot, figure de proue : une inspiration mixte pour marquer l'entrée dans la vallée de la Culture

Nid de pouillot, figure de proue : une inspiration mixte pour marquer l’entrée dans la vallée de la Culture

D’où, dans le projet Tempo, une attention aiguë à servir au mieux toutes les fonctionnalités du lieu. D’où, aussi, une conception très personnelle de la durée et de la durabilité : « Je ne construis pas pour dix ans. La durée d’une architecture ne dépend pas des matériaux, mais dépend de l’affection que les gens portent à ce bâtiment. Construit soit en papier soit en béton, une fois qu’un bâtiment est accepté et aimé par les gens locaux, il peut exister longtemps. J’ai vu des bâtiments conçus au début comme construction provisoire se convertir en bâtiments permanents par la demande fervente des habitants. »
C’est l’harmonie avec l’environnement, avec le projet existant et avec les gens qui y viennent passer leur temps que son projet veut réaliser avec la future « coque en bois » flottant sur la Seine.
Fort de ce principe, M. Ban a travaillé à servir les deux exigences architecturales du projet :

  • La « recherche de l’excellence », exigée par le Conseil général des Hauts-de-Seine, c’est-à-dire la création d’une architecture qui marque une porte d’entrée symbolique à Paris du côté ouest. C’est la courbe qui épouse la pointe de l’île comme une proue, prenant en compte la base bâtie existante. Sur une nappe d’eau qui fait écho au fleuve, un gigantesque nid de bois tressé sera « posé. » D’aspect, il n’est pas sans évoquer le nid du pouillot siffleur, n’était la voilure qui s’élance sur la paroi sud. Cette voile métallique de 1000m² n’a pas qu’une fonction esthétique : héliotrope, elle supportera des panneaux solaires tout en donnant du mouvement au bâtiment entier.
  • Yasuhisa Toyota

    Yasuhisa Toyota

    L’autre exigence tenait à l’intégration de l’édifice dans son environnement et dans le paysage.  L’architecte japonais montre son respect du schéma directeur tracé par Jean Nouvel pour l’ensemble de l’île, en installant de longues allées qui prolongent l’image du chemin à travers l’île, et en dotant son bâtiment principal de murs blancs et lumineux dont le toit est largement couvert de verdure.

Il souhaite également assurer un lien entre l’intérieur des salles de concert et l’extérieur. En divulguant un souvenir de l’enfance – être passé devant l’Opéra de Vienne mais sans y mettre le pied ni savoir ce qui se passait dedans, faute d’argent pour entrer, il a conclu sa conférence en évoquant la présence d’un grand écran qui permettra au public d’accéder aux images du spectacle alors en scène.

Au plan fonctionnel, comment articuler le matériau de prédilection de Shigeru Ban, le papier, avec l’exigence acoustique associée à la musique ? Quand on l’interroge, Yasuhisa Toyota sourit : la difficulté ne lui fait pas peur. Ce spécialiste du design acoustique, également consultant pour la Philharmonie de Paris, explique qu’il a eu la chance de travailler sur le projet dès son origine, bénéficiant de conditions idéales puisqu’il s’attache particulièrement à la forme intérieure du bâti. Il réfléchit actuellement à la possibilité de tapisser le plafond de l’auditorium de cylindres de papier massif, qui semblent produire un effet intéressant. Son ambition est que cette salle compte parmi les plus belles acoustiques du monde.

Le partenariat signé jeudi matin ouvre l’ère active du projet : le permis de construire sera déposé en août prochain, et les travaux devraient débuter en mars 2014. En juin 2016, la cité musicale devrait être pratiquement achevée et entrer en fonction.


Projet de cité musicale sur l’île Seguin par e-bb

Kazuko et Anne-Sophie

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