Dans le cadre de la concertation sur l’aménagement de l’Île Seguin, l’e-bb a demandé à trois élus du conseil municipal de commenter le projet de Jean Nouvel. Après Gauthier Mougin, maire-adjoint à l’Urbanisme, c’est Dorothée Pineau, conseillère municipale du groupe UPBB, qui nous présente sa vision du projet de Jean Nouvel.

Dorothée Pineau devant la passerelle Barani en construction en 2007

Qui est-elle :

Maître des requêtes au Conseil d’Etat, directrice déléguée de l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie (ACFCI), Dorothée Pineau a été adjointe à l’Urbanisme de Boulogne Billancourt de 1995 à 2008. Elle est actuellement conseillère municipale d’opposition dans le groupe UPBB.

Sa vision du projet Nouvel pour l’Île Seguin :

« Vingt ans en vain.

Le projet de Jean Nouvel s’inscrit dans une histoire. L’histoire de la citadelle ouvrière de Renault bien sûr. Mais aussi l’histoire des projets architecturaux qui se sont succédés depuis les premières consultations lancées par Renault et la ville de Boulogne-Billancourt en 1994.

On y retrouve tous les principes qui, après avoir été largement débattus par les politiques comme par les architectes, font consensus aujourd’hui : le « paquebot », une île bâtie, une ouverture sur le fleuve, une mixité des utilisations.

Et il est difficile de ne pas souscrire à ces fondamentaux que nous avions soutenus bien avant 2008 : une île durable ; une île accessible, un projet partagé.

Pourtant qu’en penser ?

« Je fais de l’architecture avec le sérieux d’un enfant qui s’amuse » a déclaré Jean Nouvel le 30 avril 1994.

Effectivement, son projet pour l’île Seguin est un projet sérieux. Sans doute trop sérieux. Obstiné dans sa volonté de concrétiser les prescriptions de sa tribune du Monde en 1999 : « créer une nouvelle île d’utopie…donner une nouvelle vie au krak des ouvriers ».

Du coup, on y retrouve tout : des immeubles-terrasses verdoyants, des grands murs avec des volumes en surplomb sur la Seine ; des restaurants ; des magasins ; des bureaux, un cirque, une école de commerce, des tours, deux salles de musique pour être sûr de toucher tous les publics, le conservatoire, 18 salles de cinéma en hauteur… L’ouvrier d’hier, et le citoyen d’aujourd’hui, ont envie de dire : « Arrêtez. Laissez-nous respirer »

Qu’en retient-on ?

Une impression d’accumulation. Plus de transparence. Un jardin enfermé entre deux galeries commerçantes. Des vues sur les coteaux, mais se faufilant à travers les immeubles. Des promenades sur berge, mais sous un surplomb. Une île durable, mais avec des parkings et des voitures. Une programmation hétéroclite. Une densité accrue.

Tout ceci manque un peu de poésie, de respiration. La loi sur la gravité n’a pas été oubliée : les bâtiments sont là, bien présents, bien pesants.

Comme le dit Renzo Piano, un des illustres prédécesseurs de Jean Nouvel sur l’Ile Seguin, « être architecte, c’est écouter non seulement les gens, mais aussi les lieux ». Je ne crois pas que les gens aient été beaucoup écoutés. Ni les anciens ouvriers de Renault réunis dans les deux associations ATRIS et AMETIS, qui retrouvent peu de « mémoire ouvrière » dans ce projet. Ni les riverains, ni les associations qui ont participé à l’élaboration du projet depuis 2002, ni certains électeurs boulonnais qui ont cru à « une île Seguin dédensifiée à 110.000 m², une île verte et ouverte ».

Ni en fait vraiment les lieux : les coteaux, la perspective sur le parc de Saint Cloud, la Seine.

Le projet de Jean Nouvel est un beau projet dans l’absolu, mais c’est un projet « hors-sol ».

En dehors de son impact sur la vallée de la Seine, plus prosaïquement, ce projet – mais là, Jean Nouvel n’y est pour rien !-, a aussi un impact sur l’évolution de l’aménagement des terrains Renault. Certains ignorent peut-être qu’en 2008, avant les élections municipales, 6 permis de construire avaient déjà été délivrés, et étaient devenus définitifs : université américaine, hôtel, salle de musique, résidence pour chercheurs et artistes, façade-enveloppe. 6 projets prêts à poser la première pierre sur l’île, dont 4 entièrement financés par des partenaires de la ville, mais pas par la ville.

Or aujourd’hui, le lancement par la nouvelle municipalité d’un nouveau projet fait que ces équipements n’ont pas vu le jour, et les procédures administratives qui s’annoncent (révision inutile du PADD et du PLU si ce n’est pour renforcer la densité de l’île et la hauteur des bâtiments) font qu’en 2014, rien ne sera encore construit sur l’île Seguin.

1992-2014 : une génération a passé devant une île déserte. Triste constat.« 

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steph

Boulonnais depuis bientôt 35 ans, j'y ai fait venir ma femme qui ne quitterait plus la ville pour un empire. Avec elle nous avons déménagé deux fois à BB et donné le jour à deux enfants, eux aussi boulonnais. et nous venons d'y prendre notre retraite. Conseiller de mon quartier depuis 2003, j'essaye de participer le plus possible à la vie de BB. La rencontre avec mes complices de l'e-bb me permet de vous faire bénéficier de tous nos bons plans et de notre passion pour cette ville. Si vous croisez un homme aux cheveux blancs tiré par un chien encore plus blanc, il y a de forte chance pour que ce soit moi.